Ce sont donc les Editions Anabet qui auront l’honneur de publier en français – en mars 2009 – Zones humides, le premier roman de l’animatrice télé et chanteuse allemande Charlotte Roche qui approcherait le million d’exemplaires vendus dans son pays d’origine. Il semble que la presse française ait commencé à s’en faire l’écho dès l’été 2008, mais on se remet à en parler maintenant vu que la date de sortie française a été arrêtée pour ce livre, qui apparemment bat tous les records de pornographie trashouille. Je trouve notamment ceci pour m’éclairer sur le livre :
« Ecrit dans une langue simpliste, il décrit le séjour d’Helen, jeune fille de 18 ans, à l’hôpital. Allongée sur son lit à la suite d’une fissure anale, elle se remémore ses prouesses sexuelles et revient par le détail sur ses habitudes de vie. Comment elle s’amuse à s’enfoncer un noyau d’avocat dans le sexe, se triture les boutons d’acné pour manger ce qu’elle en extrait, s’abstient de se laver afin de décupler le fumet de ses odeurs corporelles ou se frotte le sexe le long de la cuvette de tous les WC qu’elle croise. » (Lepetitjournal.com)
Déjà je retiens un petit haut-le-cœur. Je ne suis pas bégueule, mais l’excès de manque d’hygiène, ça a vraiment du mal à passer. Mais surtout je lis les propos de la jeune romancière à propos de son livre :
« Les femmes sont obsédées par la propreté et par l’idée de se débarrasser de toutes les excrétions de leur corps et de leurs cheveux, explique Charlotte Roche. Alors j’ai voulu écrire sur les parties du corps humain qui dégoûtent. Les morceaux qui puent. Le jus du corps féminin. Pour raconter cette histoire, j’ai créé une héroïne qui a plein d’idées pour s’occuper de son corps – quelqu’un qui n’a même jamais entendu parler de cette idée qui veut qu’une femme est censée sentir bon entre les jambes. Un esprit libre…» (20minutes.fr)
Notez, elle ne dit pas « j’ai voulu écrire sur les parties du corps humain considérées comme dégoûtantes » mais bien « qui dégoûtent ». Notez aussi « Les morceaux », « le jus »… Bon la viande quoi. Mais surtout mettant en regard ce résumé et cet extrait d’interview, on ne m’ôtera pas de l’idée qu’il s’agit surtout des propos d’une grosse dégueulasse. Oui parfaitement une grosse dégueulasse. Et vous savez ce que ça donne masculin, grosse dégueulasse ? Ca donne ça :

Ah, de suite c’est moins cool, hein.
Si ça m’énerve c’est qu’il parait que ce bouquin, qui s’il était publié chez nous par La MusardineLa Musardine, Blanche ou Tabou ne serait jamais plus qu’un bouquin porno parmi d’autres (il n’est même dit qu’ils en voudraient) est carrément érigé en étendard « d’un nouveau féminisme qui refuse l’hygiénisme à outrance » ! C’est même écrit noir sur blanc :
« L ‘oeuvre a quelque chose de courageux, sincère, intelligent, engagé même, symbole pour certains d’un nouveau féminisme. Car, derrière ce grand déballage d’une indiscutable crudité, il y a une femme, victime de l’hygiénisme à outrance, prisonnière de sa condition, objet de consommation qu’on vend à coups de publicité, parfaitement rasée sous les aisselles et figée dans la voie obligatoire de la séduction. En cela, le livre de Charlotte Roche est un pamphlet: «Marre de ces corps de femmes aseptisés, on veut du poil, de l’apostrophe, des propos cochons.» » (Bibliobs.com)
Faut-il vraiment que la notion de féminisme soit galvaudée et appauvrie pour affirmer encore et toujours que se libérer du carcan d’être femme, c’est ne pas se laver entre les jambes, cesser de se raser les aisselles et multiplier les expériences sexuelles les plus ahurissantes ? (il parait que l’héroïne du livre aime aussi se faire prendre en levrette même quand elle a des crises hémorroïdaires…) Nan mais il faut vraiment être atrophié du bulbe pour ne pas comprendre qu’il s’agit plutôt là d’humanisme, et que l’un des premiers signes de respect pour soi-même en tant qu’être humain (remarque je dis ça, mais il y a des tas d’animaux qui sont très propres) est de se laver et d’être propre !
Ah j’ai l’air malin à enrager contre un roman que je n’ai pas encore eu entre les mains, je sais. Ce qui m’énerve, c’est pas tant le livre, après tout si cette minette veut se faire des frissons en écrivant ce genre de trucs pourquoi pas, c’est plutôt le discours intellectuel et libertaire (ou qui s’imagine comme tel) complètement crétin qu’on veut projeter dessus. Et puis libertaire c’est tout de même très très relatif quand on entend Charlotte Roche déclarer « qu’elle espère que sa fille ne lira jamais ce livre et qu’elle en a interdit la lecture à ses parents » (Lefigaro.fr)
Hé Charlotte, on t’a pas dit que refuser l’aliénation de la maternité, ça aurait été une belle preuve de féminisme couillu ? :D Allez c’est bon, je sors, mais bon quitte à taper dans les extrêmes hein…