Les Invincibles

In: Cinoche and dividi - Wednesday 28 April 2010 @ 14:03 - Comments (2)

Ca parait presque incroyable, mais il y a quelques temps de cela, Arte a diffusé une série. Une série qu’elle co-produite, sur une idée de base rachetée aux canadiens qui savent parfois créer de sacrés succès du genre (Le coeur a ses raisons ou Un gars, une fille) nommée Les Invincibles. Le but avoué était de rajeunir quelque peu l’image de la chaîne, conquérir de nouvelles parts de marché, surfer sur l’intérêt que représente une bonne série télé en tant qu’identité forte. Comme me l’ont dit les filles du stand Arte au Salon du Livre “C’est tout ce qui est à l’opposé de l’image d’Arte.” Louable envie que de se dire qu’on va réussir à séduire un public trentenaire accro aux séries américaines, mais avec les moyens du bord. Ce genre d’initiative est toujours salutaire, la circonspection n’empêche en rien d’applaudir et d’avoir envie d’y regarder de plus près.

Les invincibles sont quatre garçons de Strasbourg (co-production Arte oblige). A l’initiative du plus casse-couilles des quatre (François-Xavier dit FX), ils décident de faire un pacte. Le soir même à 21h (pour l’occase, ils se voient remettre d’horribles montres digitales en plastique bleu électrique, mais on n’a pas droit à une réplique du genre “Synchronisons nos montres!” à la Mission impossible), ils doivent tous les quatre quitter leur copine du moment et ainsi redécouvrir les joies du célibat, faire des trucs de oufs, profiter de leur jeunesse et ne rien regretter quand ils seront devenus des vieux cons. Bien entendu rien ne se passe comme prévu. Hassan, le gentil ramasseur de couches-culottes usagées en crèches et maisons de retraite est en couple avec une emmerdeuse qu’on a envie de passer par la fenêtre dès les premières minutes (d’autant qu’elle a un côté flippant avec ses yeux exhorbités pour surjouer l’hystérique) et il n’ose pas la quitter. Mano, le rockeur raté qui bosse chez un disquaire (un VRAI disquaire avec des bacs en bois, des CD et des vyniles tout ça) est tellement connard qu’il trouve le moyen de se faire devancer par sa copine (Lou Doillon qui décidément bénéficie super bien de la profession de ses parents) qui le jette avant même qu’il ne puisse lui dire quoi que ce soit. Vince, c’est le beau gosse libidineux pété d’oseille qui bosse au parlement européen et trouve le moyen de jeter sa nana quand elle apprend que sa grand-mère est dans le coma. Et enfin FX, le cerveau de l’affaire, le fils à papa qui justement vit toujours chez son père dans son grand pavillon et termine ses études tout en s’occupant de louveteaux (les Scouts de France, pas les animaux) qui quitte sa blonde au prénom allemand en pleine séance de cinéma. S’ensuivent la revanche des exs qui s’accrochent ou veulent se venger, les parents dépassés par les évènements, les plan culs plus ou moins foireux et les clauses du pacte à respecter totalement délirantes (réunions du quatuor toutes les semaines à quatre heures du mat’, ramener la brosse à dents de la fille qu’on a levé pour prouver qu’on se l’est faite chez elle sans s’engager etc.)…

Tout ça fleure bon la virile camaraderie, saupoudré d’esprit geek qui existe par un deuxième niveau de narration visuel. Hassan, qui collectionne les figurines des Chevaliers du Zodiaque et de Dragon Ball est aussi dessinateur de mangas à ses heures perdues. Du coup, le récit est sans cesse coupé par les planches dudit manga qui se résume à des dessins pourris et une animation flash dégueulasse où nos quatre héros sont des héros qui évoluent dans un monde heroic-fantasy d’opérette raconté par une voix off pas très inspirée. Là déjà ça coince. Plutôt que de payer de bons dessinateurs, voire de se fendre d’animation 3D, de dessins animés, ils ont préféré ça. Soit. Après ce n’est pas là que se situe l’histoire, donc penchons-nous sur la structure narrative. Le format pour ce qui se veut une série de comédie est un réel problème: 52 minutes par épisode quand les meilleures sitcom n’excèdent jamais 25. Une durée qui convient beaucoup mieux à des séries dites à suspense ou dramatiques mais pas vraiment à ce qui exige du ressort comique. Par conséquent la première saison compte 8 épisodes. De fait, le démarrage des Invincibles se révèle incroyablement lent et pénible: il faut attendre l’épisode quatre (la moitié de la première saison!) pour commencer à se prendre un minimum à l’intrigue avec des personnages dans l’ensemble pas très attachants ni très charismatiques. Et quand on n’a pas la prétention de faire une série “à intrigue”, il faut travailler les dialogues et les gimmicks de ses personnages…

Ce qui manque aux Invincibles, c’est du punch et du fun et ce malgré la présence de la fine équipe de La chanson du dimanche à l’écriture de l’adaptation française qui en profite pour signer le générique de la série. Pourtant les archétypes sont là: la minorité visible qui bosse dans le nettoyage, le rockeur cynique, le business-man qui découvre les joies de l’échangisme et de la bisexualité, et l’étudiant en psycho égocentré insupportable. Quant aux filles, ce ne sont plus des archétypes mais carrément des caricatures qui représentent ce qui peut se faire de pire dans le genre féminin, voire humain: hystériques, calculatrices, menteuses, chiantes… Ou maladroites, lourdes… Très vite, la série passe du ressort comique à celui du drame, tout ce petit monde se ment, pleure, se pique les exs et se fâchent à tout jamais, notamment Hassan qui est incapable de dire à sa copine qu’il doit la larguer et finit par se faire renier par ses potes qui découvrent qu’ils vont carrément se marier. Le problème principal de la série, c’est sans doute le fait qu’elle copie à l’identique la série originale dans les moindres détails: caractères des personnages, déroulement des situations, rebondissements etc etc.

Quelque part, ça m’emmerde de me dire qu’il faut qu’Arte adapte au détail près le concept pour se sentir capable de tenir la route. Et à part ça, ce qui me gonfle dans Les Invincibles, c’est que ça correspond à tous points à des vies de trentenaires merdiques, pas drôles, la vie de mecs qui sont obligés de se fixer un pacte complètement crétins pour avoir l’impression qu’ils vont se libérer pour vivre des choses extraordinaires et qui au final vivent des trucs encore plus merdiques tout en faisant du surplace absolu. Sans doute, suis-je pervertie par le fait que tous les trentenaires que je fréquente ne ressemblent pas à ça. Même ceux qui sont en couple depuis longtemps et en ont en apparence une vie rangée sont mille fois plus heureux que les connards qu’on nous montre là-dedans (Marshall et Lily, au passage, ça leur dit quelque chose à tous ces scénaristes?). Les trentenaires que je vois autour se déchirent à des concerts, cuisinent des bouffes monstrueuses entre potes, peuvent avoir autant de discussions pour savoir si Jim Profit est un personnage mille fois plus pervers et inquiétant que Dexter Morgan que de débats passionnés pour savoir si les mairies de gauche sont encore plus chiantes que les mairies de droite quand il s’agit de lâcher des subventions pour la culture, sont capables de ne pas tout sacrifier à leur boulot tout en gagnant leurs vies décemment, j’en passe et des meilleures. Bizarrement j’ai tenu jusqu’à l’épisode 8. Puis entre-temps, j’ai fait plein d’autres trucs et… j’ai jamais eu envie de regarder l’épisode 8. Et ça ne m’a pas manqué. Et sans doute quelque part, tout est dit…

[Ciné] Critiques express #4

In: Cinoche and dividi - Thursday 15 April 2010 @ 18:44 - Comments (0)

Maléfique

Quatre détenus dans une cellule d’une prison imaginaire. Marcus, le transsexuel aux nibards qui tombent et qui fait consciensieusement sa muscu avant d’enfiler sa perruque bon marché (Clovis Cornillac avant qu’il devienne bankable!). Lassalle, le prof de philo qui a trucidé sa femme au petit dèj un beau matin. Pâquerette, le cinglé adepte de la torture pour pouvoir faire des petits séjours réguliers à l’infirmerie. Et Carrère, chef d’entreprise inculpé pour malversations, le dernier arrivé au moment où débute Maléfique. Tous apprennent à cohabiter avec le nouveau détenu entre regards noirs et menaces de troc forcé, avant de trouver un étrange livre caché derrière une pierre branlante du mur de la cellule. Un livre bien entendu… maléfique. Pour son premier film, Eric Valette mise sur les références à Lovecraft et au Necronomicon dans un univers carcéral crapoteux, crasseux et franchement déglingué. Plus grindhouse que Maléfique tu meurs : personnages dégénérés ou carrément pleutres, image poussiéreuse, dialogues cash, bonne dose de fantastique bien saucée de gore (c’est simple, ça gicle, ça suinte, les membres sont tordus, tranchés…). Série B. fauchée mais pas si mal troussée, Maléfique réussit surtout la prouesse d’être un film d’horreur prenant alors qu’il ne s’y passe presque rien (allez quelques scènes-choc), que les dialogues restent très réduits et qu’on ne quitte jamais l’univers carcéral. Assez pour qu’on se dise, qu’est-ce qui a manqué à ce film? Plus de budget? Un scénario plus consistant? Une société de production qui n’a pas le mauvais goût de lâcher son réa après s’être gaufrée sur des films super nanardesques? Peut-être tout ça à la fois. En attendant, sans être réussi, on ne peut pas dire que Maléfique soit un film raté.

Le roi de l’évasion

Inclassable, insaisissable Roi de l’évasion! Hallucinant ce film qui dynamite tous les codes, toutes les situations, c’est un joyeux n’importe quoi rural et hédoniste! Armand, pédé quadra qui vend des tracteurs dans la campagne du Tarn est un gros nounours sympa qui veut seulement qu’on le laisse avoir des avantures avec des hommes, de surcroit plus vieux que lui et mariés. Manque de bol, il croise la route de Curly (comme les gâteaux apéro), 16 ans, qui manque de se faire vraiment emmerder par une bande de jeunes. Refusant de se battre, il y va pour 200€ de sa poche pour qu’on fiche la paix à la gamine, qui se prend d’amour pour lui et le poursuit envers et contre tout pour batifoler joyeusement dans les herbes… Armand finit par se dire que ça serait bien finalement qu’il essaie au moins une fois. Mais le père de Curly, c’est son concurrent direct à la vente de tracteurs, celui qui lui casse les pieds qu’il ne dépasse pas son territoire, il se met donc à le courser, aidé par les gendarmes du coin. Armand décide donc de prendre la clé des champs avec Curly… Un pitch improbable, un film entièrement tourné dans la campagne noyée de soleil de Midi-Pyrénées, une frénésie sexuelle des plus politiquement incorrectes (les corps sont fripés, gras, vieux, blancs ou bronzés, et suprême sacrilège, tous les pédés du film sont loin d’être de jeunes éphèbes!), où l’on apprend que le lubrifiant “Sensation fraicheur” de Durex (6€ à Intermarché) c’est vraiment trop bon et que la Dourougne est une racine qui fait super vite, rend super malin et donne une putain de libido. La première moitié du film peine à trouver son rythme, difficile de savoir où cette histoire veut aller (Armand qui traque les hommes mariés, qui fait du vélo sur les routes de campagne, Curly qui râle parce qu’elle a plus le droit de sortir) et enfin vient l’évasion tant attendue qui donne sacrément envie de faire la même chose et d’aller baiser tranquille sous les arbres en mangeant des tomates croque-sel! Jusqu’à un final touchant et néanmoins très drôle impossible à raconter pour ne pas gâcher l’effet euphorisant qu’il procure. C’est pas un immense film, mais c’est cochon, inattendu, gourmand et très marrant.

L’arnacoeur

Oh le film qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une comédie romantique française de merde! Vanessa Paradis, Romain Duris, un scénario cousu de fil blanc (en apparence)… Et pourtant. Alex Lippi est briseur de couples. Un pro secondé par sa soeur et son beau-frère, ils font en sorte de casser les romances où les femmes sont malheureuses sans s’en rendre compte et restent avec un beauf, un crétin, ou un type qui s’occupe mal d’elles. La fine équipe est toujours engagé par un proche qui n’en peut plus de voir ce gâchis. Les méthodes sont bien rodées et infaillibles, tant grâce aux talents de comédien d’Alex qu’à l’ingéniosité de ses acolytes. Mais là, la mission est de taille: il doit briser le couple de Juliette Van Der Beck, une riche héritière parfaitement heureuse et épanouie avec un anglais richissime et bien sous tous rapports. C’est contre son éthique, mais il a une dette énorme à honorer, donc il accepte le contrat. Sauf que Juliette a du caractère et elle semble décidée à se débarasser de lui. Dans L’arnacoeur, tout est improbable, rien n’est crédible. Et pourtant, tout fonctionne, tout surprend, tout est drôle. Très proche des comédies américaines des années 50 où toutes les situations pétillent et rebondissent jamais là où on les attend, une comédie dont les gags et les éclats de rire surgissent avec une spontanéité dévastatrice, c’est déjà beaucoup, c’est même énorme. Les hommages détournés aux maitres-étalon de la comédie romantique (les scènes géniales ou intervient Dirty dancing, la façon dont les deux héros se cachent contre la vitre de la voiture pour faire du play-back sur George Michael et garder leur dignité) sont des plus réussis mais la grande force de L’arnacoeur, c’est qu’il sait s’éloigner des codes et de la parodie pour construire sa propre dynamique séduisante en diable. Et que dire des rôles secondaires, si bien écrits et interprétés qu’ils feraient totalement capoter la qualité de l’ensemble s’ils n’y étaient pas? Julie Ferrier et François Damiens, le second couple du film craquants, touchants, drôles, Helena Noguerra, la copine rock’n'roll petit diable sur l’épaule qui catapulte le petit ange pour s’y mettre, même le petit ami de Juliette irréprochable, au point qu’on aurait presque de la peine pour lui… Une vraie réussite qui donne envie d’espérer une nouvelle école de réalisateurs français de cette trempe!

L’enfer d’Henri-Georges Clouzot

In: Cinoche and dividi - Sunday 4 April 2010 @ 20:28 - Comments (0)

L’enfer, le film qui a sonné le glas de la carrière de Clouzot. Il ne fit que deux films après ce naufrage absolu. Il faillit mourir d’une crise cardiaque sur le tournage. Il ne survivra que treize ans à cet échec personnel. L’enfer, LE film maudit du cinéma français, presque l’égal du Don Quichotte de Welles, celui sur lequel tous les cinéphiles ont fantasmé pendant des dizaines d’années, qui a nourri d’immenses regrets, de nombreux mythes, alimenté par le souvenir de la personnalité tyrannique et obsessionelle de Clouzot et l’immense talent de Romy Schneider. Les bobines que la veuve du cinéaste gardait précieusement allaient-elles définitivement pourrir au fond d’une cave, perdues pour l’éternité? Grâce à une rencontre qu’on croirait presque fabriqué tant elle est romanesque et fortuite (Serge Bromberg, le réalisateur du documentaire a réussi à arracher le morceau en restant par hasard coincé trois heures dans un ascenseur avec Inès Clouzot!), L’enfer est sauvé pour un documentaire qui compile souvenirs de tournage et reconstitution des rushes (sans le son original malheureusement), et fait réinterpréter quelques scènes manquantes par Jacques Gamblin et Bérénice Béjo.

Ce qui est frappant quand se termine ce documentaire, c’est une étrange mise en abyme. Car il s’agit là d’un documentaire sur un film inachevé, parsemé de manques flagrants et qui à part les fameux rushes totalement inédits depuis plus de cinquante ans ne raconte presque rien que l’on ne sache déjà sur le tournage et le film. La faute à l’absence de la plupart des personnes impliquées dans l’aventure, parce qu’ils sont morts depuis trop longtemps (Romy Schneider et Serge Reggiani), parce qu’on n’a pas été les chercher (Dany Carrel, l’autre femme du casting entre autres, Jean-Louis Trintignant qui avait remplacé Reggiani au pied levé après le début de sa maladie) ou sans doute parce qu’ils ont refusé (pourquoi la veuve de Clouzot a-t’elle enfin accepté de donner les rushes? Mystère…). Résultat, tous ceux qui sont présents racontent ce que presque tous les cinéphiles qui se sont un peu documenté connaissent déjà: Clouzot cinéaste précis et pointilleux pousse ses acteurs à bout, exige trois équipes sur le tournage, filme et refilme à l’infini des scènes déjà tournées… Le scénario devient dans le documentaire pur prétexte et on insiste bien plus sur les prouesses plastiques et esthétiques que réalise Clouzot que sur l’écriture des dialogues et sa mise en scène alors qu’il a toujours réussi à allier à la perfection ces trois éléments.

Alors quoi, L’enfer était donc un film mineur dans la carrière du cinéaste qui ne valait que pour ses belles images quasi-expérimentales pour l’époque (1964)? Le scénario de Clouzot part d’un postulat simple: Marcel et Odette, couple marié et en apparence heureux sont gérants d’un hôtel au bord d’un lac entouré de montagnes et surplombé d’un viaduc où les trains passent plusieurs fois par jour. Marcel, fou amoureux de sa femme, s’enfonce dans une jalousie pathologique et violente: persuadé que sa femme le trompe, il la suit, la harcèle, soupçonne toutes les femmes et les hommes qui l’entourent d’être ses amants ou maitresses. Quand tout va bien, le film est noir et blanc, quand la jalousie ronge Marcel, ses visions fantasmatiques sont en couleurs et prennent l’allure de cauchemards malades et psychédéliques…

De ce côté-là, c’est plus que bluffant. Ces délires où la lumière tourne à l’infini sur les corps enduits d’huile ou de paillettes, les figures géométriques répondent aux miroirs, l’inversion des couleurs transforme un lac en étendue d’eau rouge sang pulsent le malaise et la névrose absolue du personnage et même du cinéaste. Clouzot travaillait même sur le son pour accompagner ces images en téléscopant les élucubrations de Marcel avec des bruits sifflants et crachotants, essais dont il reste une simple bobine. Le cinéaste de la vieille école tenait à montrer qu’il pouvait encore en remontrer à tous les petits jeunes de la Nouvelle Vague pressé de ringardiser le cinéma à la papa. C’est tout ce qui surnage de ce documentaire qui se permet même d’oublier totalement de parler de l’adaptation que Claude Chabrol tourna du scénario inachevé en 1994, et qui en fit un thriller de nature à glacer le sang. Peut-être même plus que la mise en scène parfois trop didactique de Clouzot (noir et blanc contre couleur, délires visuels contre extrême sobriété). Car L’enfer compte parmi les meilleurs films de Claude Chabrol. Il sut s’affranchir du matériau d’origine pour manipuler le spectateur avec une maestria et une perversité rarement retrouvée chez lui par la suite. Le couple est toujours gérant d’un hôtel, le mari est toujours persuadé que sa femme le trompe, mais le spectateur ne parvient jamais à déterminer si Nelly est une belle salope qui s’envoie tout ce qui bouge ou une femme fidèle victime d’un mari fou et violent. Même ces rires, ces voix que l’on entend parfois sont-ils seulement le fruit de l’imagination de Paul ou existent-ils vraiment?

Le documentaire de Serge Bromberg est un joli témoignage d’admiration un peu vide, qui permet au moins de sauver une partie de l’oeuvre d’un homme qui fut l’un des plus grands cinéastes français, mais accuse bien trop de manques et d’oublis pour en faire un objet d’études véritablement satisfaisant à la fois sur le film et le cinéaste dont il parle, ce qui est un comble quand on le titre L’enfer d’Henri-Georges Clouzot. C’est à voir par curiosité. Mais sans doute pas à conserver. Dommage.

Sable noir Vs Petits mythes urbains

In: Cinoche and dividi - Sunday 21 March 2010 @ 16:17 - Comments (0)

Sable noir est un village paisible et sans histoires, à l’image de milliers d’autres bourgades de la campagne française. Pourtant chaque année le 3 novembre, les habitants se claquemurent jusqu’au lendemain, laissant aux rares voyageurs de passage le soin de traverser le lieu à leurs risques et périls. Le 3 novembre est en effet une date maudite qui entraine crimes et disparitions mystérieuses… Ne cherchez pas Sable noir sur une carte de France, ce lieu n’existe pas. Il a été créé de toutes pièces en 2006 pour une oeuvre qui réunit deux supports: un recueil de nouvelles écrit par des auteurs de polars (Jean-Bernard Pouy, Maud Tabachnik, Xavier Mauméjean etc.) et les adaptations de ces mêmes nouvelles pour une série télé dont chaque épisode est réalisé par une personnalité du cinéma de genre (Eric Valette, Xavier Gens, Olivier Megaton…). Six auteurs de nouvelles, six réa différents, six épisodes indépendants de vingt minutes dans un même lieu et une ambiance macabre, le projet était plus qu’excitant. Bon ça, c’est sur le papier, parce que dans les faits, ce Sable noir est un beau ratage qui donne surtout envie de se refaire illico les deux saisons de Masters Of Horror pour voir ce dont sont capables les réalisateurs spécialisés dans le cinéma de genre quand on leur laisse les coudées franches.

La déception de Sable noir tient d’abord à son budget raboté à l’extrême qui se voit monstrueusement à l’écran. Images ternes pour ne pas dire grises (teinte “téléfilm”), effets numériques bricolos, décors branlants… Format court n’oblige pas forcément à tomber dans la médiocrité et c’est exactement le travers de Sable noir. On pense petit, ou disons moyen. Le choix même des réalisateurs a de quoi laisser perplexe: on y trouve même Samuel Le Bihan qui, hasard ou coïncidence, réalise le plus mauvais épisode de la série (une comédie noire assez casse-gueule). Il est talonné de près par Xavier Gens qui n’avait pas encore commis l’innénarrable Frontière(s) mais qui laisse déjà entrevoir tout le potentiel de crétinerie et d’hystérie dont il est capable, avec des dialogues d’une rare vulgarité pour une réalisation telle que les yes-men d’EuropaCorp la kiffent: montage épileptique et zéro subtilité. Eric Valette tire son épingle du jeu en adaptant Jean-Bernard Pouy, mais cette réussite tient essentiellement à la qualité de la nouvelle d’origine bien plus que la réalisation qui est comme le reste de la série assez plate. Sable noir pose en grand les limites de la fiction de genre française: on aimerait bien nous aussi s’aligner sur les américains et les asiatiques, mais on le fait à moitié. Avec de petits moyens. Des scénaristes et des dialoguistes qui semblent être payés au rabais. Un budget riquiqui. Ah qu’est-ce qu’on aimerait. Mais on n’ose pas. Pas étonnant qu’Alexandre Aja se soit tiré aux Etats-Unis après ça. Il est à noter qu’il n’existe aucune vidéo ou bande-annonce de Sable noir sur la toile, ce qui aurait été pratique pour illustrer au mieux mes propos (d’autant que les résumés de chaque épisode ne sont pas véritablement alléchants). Dépassant cet échec, l’équipe de Sable noir a récidivé en reprenant la structure initiale mais en se focalisant sur un créneau très porteur en ce moment: les vampyres (oui avec un “y”), à l’aide d’un arsenal encore plus complet (le recueil de nouvelles, la série et la BD).


Bande-annonce – Vampyres : sable noir
envoyé par confrerie-des-vampires. – Regardez plus de films, séries et bandes annonces.

Quid de Petits mythes urbains? Et pourquoi la mettre en concurrence avec Sable noir? Parce qu’elle a réussi sur le créneau de la série polar/fantastique à la française, là où Sable noir a échoué. Car bien qu’elle soit tournée en anglais pour faciliter les ventes internationales et soit une production française-allemande-britannique, Petits mythes urbains est absolument française dans son casting: Omar Sharif, Jean-Claude Dreyfus, Dominique Pinon, Claire Keim etc. Le principe? Une série d’épisodes de dix minutes chacun réalisés par des auteurs internationaux et qui mettent en scène des légendes urbaines. Chaque histoire est introduite par Omar Sharif, qui joue le rôle d’un chauffeur de taxi. Dès qu’un nouveau client lui indique sa profession ou sa destination, il a coutume de dire “Ah c’est drôle ça, ça me rappelle une histoire qu’un autre client m’a raconté il y a peu…” S’ensuit une légende urbaine populaire aux relents fantastiques, criminels ou paranoïaques…

La légende urbaine est une histoire par définition très courte dont la chute conduit généralement à un effroi doublé par l’effet de distance: elle s’appuient sur des peurs souvent très primitives et quasi-enfantines. Si on l’étire de trop, sa narration ne fonctionne plus. Petits mythes urbains est une excellente petite série d’épouvante car elle a bien compris ce principe: dix minutes suffisent à concentrer l’effroyable, tout est affaire de montage et de direction des comédiens. De côté-là, ceux qui ont été invités sont des pointures et la caution “bienveillante” d’Omar Sharif lie le tout avec beaucoup d’humour. Les films ont été réalisés dans une ville “imaginaire” et imprécise qui correspond à n’importe quelle grande mégalopole occidentale. Sable noir, c’est le contraire: la petite campagne tranquille et ses légendes de trésors cachés dans les sous-sols d’une église, de cadavres enfouis sous la terre battue de la cave et de fantômes qui réapparaissant quand on commençait enfin à les oublier. Pourtant ce folklore-là est bien trop mal exploité et c’est sans doute là que le bât blesse. On se demande ce qui est inutile dans Sable noir: le recueil de nouvelles? les épisodes eux-mêmes? le choix des réalisateurs? l’intégralité du projet? Il est toujours temps de visionner la saison 2 pour évaluer le bien-fondé d’une suite qui ajoute le mythe du vampirisme au côté maudit du lieu ou si le tout n’est qu’une réalisation profondément opportuniste… Ou choisir de savourer à nouveau les deux saisons de Petits mythes urbains

Enfoiré de président, passation des pouvoirs!

In: Cinoche and dividi - Thursday 18 March 2010 @ 17:52 - Comments (0)

Presque deux ans d’attente, beaucoup de retard, mais la diffusion est proche! Samedi dernier, Mix’Art Myrys a diffusé sur grand écran le montage final d’Enfoiré de président de Julien Fournet et Mathieu Sans. Le court-métrage s’est transformé en moyen métrage de 52 minutes au rythme d’enfer pour raconter ceci:

France, 1981. Coluche remporte les élections présidentielles. Ses réformes sont radicales : abolition de l’armée, du travail, de l’argent.
Face à la décadence du pays, un groupe de résistants tente un putsch. A leur tête : Thierry Leluron, ancien mari de Coluche…

Dans le rôle des résistants Devos, Desproges et une bande de scouts fou furieux (dont le regretté Sébastien Fauvarque à qui est dédié le film), des apparitions de Michel Leeb, Chevallier et Laspalès, Tatayet, le Professeur Choron… Comme si tout l’esprit Hara-Kiri avait été ressucité d’un coup, tout en dynamitant des icônes un peu trop récupérées à des fins bien-pensantes (avec des dialogues entièrement originaux!). Pour l’instant, une nouvelle bande-annonce, en attendant de partir à l’assaut des festivals et une diffusion intégrale sur le net comme c’était le cas pour Presque des hommes

Shortbus

In: Cinoche and dividi - Saturday 13 March 2010 @ 13:06 - Comments (0)

Shortbus: petit bus scolaire utilisé pour conduire les enfants ayant un handicap physique ou mental, les enfants caractériels ou surdoués et tous ceux qui ont besoin d’une attention particulière.
Shortbus: boite de nuit imaginée allégorie de la pansexualité par John Cameron Mitchell pour les besoins de son film du même nom.

Sofia est sexologue et vit à New York. Bien qu’elle fasse merveilleusement l’amour avec son mari Rob, elle n’a jamais connu l’orgasme (qu’il soit vaginal ou clitoridien), et se bloque à chaque fois qu’il vient. Elle est consultée par un couple de garçons, James et Jamie qui s’aiment mais où le deuxième a un mal à fou à communiquer avec le premier et reste “imperméable, impossible à pénétrer” au sens propre comme au sens figuré. Ils l’encouragent à se rendre au Shortbus, une boite tenue par Justin Bond, homosexuel transgenre et où se côtoient toutes sortes d’amours, de couples et de sexualités qui s’interpénètrent les unes les autres…

C’est peut-être LE film que j’ai longtemps attendu. Celui qui est capable de filmer le sexe de la façon la plus explicite possible sans succomber à la tentation du misérabilisme et de la tristesse, ni du toc et du provocateur. Et de fait, jamais il n’a été aussi bien filmé au cinéma surtout pour ce qui est avant tout un beau, un magnifique film d’amour. Car ce qui est au centre de Shortbus, c’est la rencontre de plusieurs personnages qui même cassés par des angoisses, des traumatismes ou des peurs ont ce besoin de prendre soin les uns des autres. Ils sont attentifs et débordants d’amour, sans naïveté mais avec une simplicité qui touche au plus juste de ce qu’est ce mélange de désir, de sentiments amoureux, de sexualité, de sensualité même. John Cameron Mitchell filme le sexe en l’inscrivant dans le quotidien et le noyau d’une relation sans artifices, ni pudeur; dans une certaine mesure, on peut rapprocher son film du Fraise et chocolat d’Aurélia Aurita: baiser très fort, c’est avant tout “faire l’amour”…

Le réalisateur a contourné tous les problèmes de budget qui l’ont empêché de filmer un New York de l’immensité pour le resserer sur une galerie de personnages en apparence marginaux mais universels dans leur quête de l’absolu et du bonheur. Il en ressort paradoxalement onirique (New York devient une gigantesque maquette fait de peintures colorées et de loupiotes, Sofia qui se masturbe dans un parc qui se transforme en marais, qui se transforme en bord de mer) et très réaliste, notamment et toujours grâce aux personnages. Qu’ils soient SM, bisexuels, hétéros ou homos, qu’ils découvrent les possibilités du ménage à trois ou de la domination tarifée, c’est avant tout d’amour, de plaisir et surtout d’humain dont il est question dans Shortbus. Jamie qui réalise un film sur sa vie car il est incapable de communiquer autrement avec l’homme qu’il aime et qui manque d’en mourir. Ceth l’amant de James et Jamie, mignon à croquer capable d’embrasser un vieil homme délaissé dans le Shortbus sans honte ni pour épater la galerie, seulement parce que sa détresse le touche. Justin Bond, “maitresse” des lieux bienveillante et lucide, si conforme en apparence à l’image de la “folle” et pourtant beaucoup ouverte qu’on ne le croit. Severin, la dominatrice brisée qui combat ses failles en comblant le désir des autres et s’abandonne enfin dans un moment où elle est le moins en droit de le faire. Caleb le voyeur qui observe James et Jamie du haut de sa fenêtre et reste fasciné par leur relation et qui jouera un rôle essentiel dedans. James fou d’amour pour son homme et qui ne sait plus comment faire pour “l’ouvrir”. Et bien sûr Sofia et Rob, qui se retrouveront dans un final sublime où un seul échange de regards entre eux suffit à exprimer pleinement que rien de ce qui a pu se passer précédemment n’entamera ce qu’ils ont. Tous ces personnages magnifiques sont réunis ici dans cet éclat de rire et cette joie qui restent toujours en filigrane de chaque plan de Shortbus.

C’est une merveille de sensibilité, d’humour et de grâce. Il était vraiment temps de rappeler que le sexe et l’amour, ça peut aussi être avant tout cela. A ceux qui souhaitent voir les bandes-annonces et les extraits non censurés, c’est .

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