Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street

In: Cinoche and dividi - Thursday 31 January 2008 @ 19:09 - Comments (3)

Un film de Tim Burton qui se passe à Londres période Jack L’Eventreur forcément ça fait envie. Avec des personnages complètement amoraux pour ne pas dire cinglés, l’esthétique gothique chère au réalisateur, une histoire de vengeance teintée de cannibalisme, alors là on a super super envie. Pourtant… Une désagréable intuition à la vision des trailers et premières images du film m’avait déjà un peu saisi.

Pourtant elle est plutôt bonne cette histoire de Sweeney Todd (Johnny Depp), barbier envoyé au bagne pendant quinze ans par Turpin, Juge sans états d’âme qui convoite sa femme jeune et belle. Et quinze ans plus tard, le voilà qui ressort le visage figé dans une implacable expression de haine, lèvres serrées, yeux fiévreux et cheveux en bataille. En rentrant chez lui, il tombe nez à nez avec Madame Lovett (Helena Bonham Carter), qui sert d’immangeables tourtes salées dans l’échoppe juste en-dessous de son ancien logis. Avec l’aide de cette complice, Sweeney Todd anciennement Benjamin Barker va laver sa vengeance dans le sang. Et surtout réfléchir à la façon de reprendre sa fille qui est sequestrée par le Juge Turpin. Ce qui laisse le temps à Madame Lovett de préparer de délicieuses tourtes avec la viande fraiche que lui fournit le barbier… Et tout cela en chansons, s’il-vous-plait.

Parce que ça chante dans Sweeney Todd. Ce film étant adapté d’une comédie musicale typiquement Broadway créée par le compositeur Stephen Sondheim (responsable entre autres de West Side Story et Cabaret), les parties chantées y abondent et elles représentent tout ce qu’il y a de plus horripilant dans la comédie musicale: pompeuses pour ne pas dire pompières, crispantes et inutiles. De plus, elles font cruellement regretter l’absence obligée des merveilleuses partitions que Danny Elfman compose habituellement pour Tim Burton, qui s’est tout naturellement désisté sur ce film. Pourtant, Sweeney Todd est une sorte de film-somme de Tim Burton qui est la résonnance de toutes ses oeuvres précédentes: le générique de début est une réplique quasi-identique de celui de Charlie et la chocolaterie, la coiffure de Johnny Depp et le grenier qu’il occupe sont les mêmes que dans Edward aux mains d’argent, Jayne Wisener qui interprète Johanna (la fille de Johnny Depp dans le film) a la même allure que Christina Ricci dans Sleepy Hollow… On peut vraiment s’amuser à comptabiliser toutes les références que Tim Burton se fait à lui-même dans Sweeney Todd. Et pourtant, la magie n’opère pas. Cette histoire aurait grandement mérité de laisser tomber la comédie musicale et de refaire un scenario plus fouillé, car le cache-misère des chansons ne dissimule pas son côté exsangue, sa façon expéditive de passer d’une scène à l’autre, alors oui les décors sont merveilleux de sordide, les costumes sont fabuleusement crasseux et mités, mais c’est trop peu. Seule consolation, les compositions de Johnny Depp et Helena Bonham Carter. Tout le film tient par eux et grâce à eux, même leurs parties chantées en deviennent séduisantes, et leur couple rappelle tout à fait les manières sournoises et intrigantes du chat de gouttière et du renard qui corrompent l’innocence du pantin de bois dans Pinnochio. Hélas, ils ne sauvent pas Sweeney Todd de l’ennui et même les égorgements au rasoir filmées sur le mode grand-guignol des vieux films d’horreur des années 50 font bailler. Dommage.

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street - Tim Burton

Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, Tim Burton, 2007

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Je gagne toujours à la fin

In: Bouillon de culture - Wednesday 30 January 2008 @ 15:49 - Comments (0)

Bon alors comment aborder le personnage Tristan-Edern Vaquette. Pas simple, car cet homme déroute autant qu’il séduit. Toujours vêtu de rouge, cultivant une allure de Méphistophèles déglingué et une manière de s’exprimer qui oscille entre la grossièreté et un raffinement extrême de la langue française. On ne peut pas passer à côté du personnage Vaquette tellement cette créature est indissociable de l’homme qui se trouve en-dessous. Car s’il a écrit le roman Je gagne toujours à la fin, Tristan-Edern Vaquette est avant tout performer avec une vie sur scène déjà assez remplie. Et à dire vrai, il est plus que conseillé de connaitre le personnage avant d’aborder Je gagne toujours à la fin.

En fait, dans une époque où on parle à tout bout de champ d’autofiction dans la littérature, on peut dire que Vaquette se la réapproprie avec panache. Il se met en scène dans un roman qu’il situe durant la Seconde Guerre Mondiale et plus précisemment la Résistance, truffer son récit d’anachronismes potaches, de digressions que ne renierait pas Pierre Desproges, écrit des dialogues qui sont franchement réjouissants et se déplace flanqué de deux acolytes assez improbables, Bixente – montagne de muscles au verbe gouailleur – et Artémise, caissière désabusée qui quitte son mari pour l’occase. Le verbe haut et le courage en bandoulière, Vaquette traverse la Résistance et impose à tous son implacable réthorique et philosophie de vie notamment dans un long procès qui clôt le roman… Ah non ce qui clôt le roman c’est ce “Je gagne toujours à la fin” qui claque!

Roman assez inclassable donc. Et pas toujours évident à appréhender. Les fameuses digressions et les ajouts (en gros là, il peut très bien s’amuser à dire “ami lecteur et si tu faisais le croquis du lieu dont je te parle pour mieux visualiser et si tu me l’envoyais ensuite à cette adresse mail” ou “merde on va encore dire que je suis misogyne à faire chialer comme mes personnages féminins” mais aussi des réflexions plus intelligentes que je préfère vous laisser découvrir par vous-même quand vous le lirez) dont Vaquette adore parsemer son texte sont parfois plombants parce qu’ils en freinent l’élan. Pourtant cet aspect foutraque s’il peut être parfois casse-pieds est absolument nécéssaire, sinon nul doute qu’on en ressentirait un manque. Car Vaquette a écrit un roman qui lui ressemble de bout en bout, un bouquin megalo, franchement attachant et jubilatoire. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un manuel de philosophie libertaire simplifié à l’usage des ignorants, mais tout de même. Il se dégage des axes de réflexion tout au long de la lecture qui, s’ils sont amenés par des situations complètement cocasses et des dialogues – là encore – complètement desprogiens, sont plus que percutants. Le genre de trucs qui ne se contente pas de vous faire marrer à la lecture, mais qui apporte un supplément d’âme, même si je sais, l’expression est un peu galvaudée. Comment conclure donc? Bah pour rester dans le desprogien, je dirai que Tristan-Edern Vaquette est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi !

Je gagne toujours à la fin - Tristan-Edern Vaquette

Je gagne toujours à la fin, Tristan-Edern Vaquette, Editions du Diable Vauvert, 2003, 356 pages

Un vrai post de faignante

In: Bouillon de culture - Monday 28 January 2008 @ 15:21 - Comments (0)

Parce que j’ai la flemme de faire mieux. Donc l’actualité littéraire du jour avec ces deux bons papiers choppés sur Rue89. Celui-ci concerne le fils de Vladimir Nabokov qui est face à un grand dilemne… Brûler un manuscrit inédit selon les dernières volontés de son père ou le publier quand même? Et aussi une criqtiue et une longue interview vidéo de Patrick Rambaud qui sort ces jours-ci le livre très satirique Chroniques du règne de Nicolas Ier sur les premiers mois de présidence de SarkoBoy.

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Lego Works, le retour

In: Arts Grafiques & Vidéos, Défonce-moi le tympan - Sunday 27 January 2008 @ 16:48 - Comments (3)

La semaine dernière, je m’étais penchée sur les scènes de films-cultes refaites entièrement en lego. Bon ben aujourd’hui, ça sera les clips refaits en lego. Et là encore, c’est du genre gratiné.

Comme Bohemian Rhapsody de Queen par exemple (comparaison ici avec l’originale)

Bon là aussi y a de quoi être fan, surtout que d’après mes recherches, il semble que ceci soit le clip original de Circle Dot Dot de Jamie Kennedy et Stu Stone:

Je ne pouvais bien sûr pas passer à côté de Feuer Frei! de Rammstein (qu’on peut comparer ici avec l’originale):

Bon et là, c’est la petite cerise sur le gateau. Un clip de jumpstyle (vous avez le cousin éloigné de la tecktonik) entièrement en lego!

No country for old men

In: Cinoche and dividi - Saturday 26 January 2008 @ 20:27 - Comments (3)

Bon vu que j’ai roupillé pendant une partie du film ce matin (et ce malgré la présence de Julien à côté de moi), je ne me rappelle pas de tout en ce qui concerne No country for old men des Frères Coen. Mais pour résumer, il s’agit d’un film sec, pour ne pas dire aride, qui rappelle presque les western-spaghettis crasseux des années 70. Ce qui marque dans No country for old men, c’est la façon dont sont filmés les paysages américains du Texas à la dimension quasi-fantasmatique que nous avons tous, ceux qui se déssèchent sous un ciel blanc de chaleur, où les autochtones sont du genre avares de paroles et prêts à dégainer leur colt pour la moindre broutille, ces montagnes et ces routes perdues où l’on doit sans arrêt se faire des sueurs froides à l’idée de tomber en panne d’essence, ou en panne tout court. Et bien sûr, le personnage incarné par Javier Bardem – qui vient surtout du cinéma espagnol – absolument glaçant avec son visage dont les expressions virent à la limite du mec demeuré et qui s’exprime avec une voix d’outre-tombe. Bon l’histoire, sinon? Bah le mieux est encore de regarder la bande-annonce, qui en dit long. A noter que les distributeurs français ont eu assez de nez pour diffuser le film avec le titre d’origine qui sonne bien mieux que l’horrible traduction française Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme du roman original de Cormac McMarty qui en plus trahit le sens d’origine. Bande de ploutres. Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur Cormac McCarty, je conseille la lecture de cet cet excellent post que lui a consacré Didier Jacobs.

No country for old men - Joel et Ethan Coen

No country for old men, Joel et Ethan Coen, 2007

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Je suis une légende

In: Cinoche and dividi - Friday 25 January 2008 @ 22:14 - Comments (6)

Non, je n’ai pas lu le livre de Richard Matheson, mais peut-être vais-je m’y mettre après le visionnage de Je suis une légende adapté au cinéma par Francis Lawrence. Pourtant on m’avait prédit le pire pour ce film, du genre putain déjà y a Will Swith, dans un film de science-fiction comme ça, hey ça doit être pourri. En ce qui me concerne, j’avais beaucoup aimé le comédien dans I, Robot, déjà un film de science-fiction où il jouait un personnage taciturne et où il arrêtait enfin son cabotinage coutumier.

Robert Neville (Will Smith) donc, est une légende. Ce scientifique renommé a assisté impuissant à la dévastation de l’espèce humaine à cause d’un virus apparenté à la rage particulièrement violent. Il est le dernier sur terre à n’avoir pas été infecté et ne peut sortir que le jour, car la nuit les humains contaminés qui sont devenus des sortes des créatures enragées qui ne supportent plus les UV sortent de leurs cachettes. C’est le moment où Robert se terre chez lui, barricade sa maison, fait des expériences dans son labo aménagé au sous-sol sur des rats pour tenter de trouver un vaccin au virus. Tous les jours depuis trois ans, il emet un message sur les ondes courtes pour signaler sa présence, parcourt les rues de New York en voiture pour chasser les animaux qui ont envahi la ville, pille les appartements et les supérettes laissées à l’abandon pour emmagasiner de la nourriture, et parle à sa chienne Sam, le dernier être vivant à qui il puisse se confier. Mais Robert Neville est-il vraiment le dernier humain non-infecté par le virus?

Film saisissant que ce Je suis une légende. Ces visions de New York inhabité, envahi par la végétation et où l’on voit des antilopes et des lions galoper sont proprement hallucinantes car elles représentent sans doute le pire cauchemar de la science-fiction tendance post-apocalytique, ce moment où toute trace d’humanité a disparu et qu’on s’y retrouve seul. C’est sans doute cela qui amène la fascination presque douloureuse qu’on a pour le personnage incarné par Will Smith, qui refait jour après jour les mêmes gestes mécaniques, se faire à manger, passer prendre et ramener des dvd au vidéo-club dans lequel il a installé des mannequins auxquels il dit bonjour, engueuler et bichonner sa chienne qui ne remplace cependant pas sa femme et sa fille disparues pendant la contamination. Ce qui paradoxalement rend les fameuses créatures enragées presque moins importantes, que ce combat intérieur du type confontré à sa solitude qui doit incessament lutter pour ne pas devenir complètement dingue et désespéré. Si on excepte la fin assez tiède par rapport à ce qui précède, Je suis une légende est sans conteste une expérience cinématographique d’une grande puissance.

Je suis une légende - Francis Lawrence

Je suis une légende (Francis Lawrence, 2007)

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