De la critique en-veux-tu-en-voilà
Une fois n’est pas coutume, voici un post deux-en-un concernant mes dernières pérégrinations littéraires. Au programme, deux livres que vous pouvez éviter sans problèmes et un qui vaut le coup de passer à la caisse de sa librairie préférée.
Alors dans le style, attention on essaie de vous fourguer un faux prodige littéraire, La physique des catastrophes de Marisha Pessl paru en France en septembre 2007, gagne haut la main. On nous le présente presque comme un petit cousin du chef-d’oeuvre absolu de Donna Tartt Le Maître des illusions, avec pour thématique, des étudiants brillants, super brillants qui deviennent les disciples d’un professeur charismatique dont le meurtre mystérieux plonge les jeunes gens dans la perplexité et le désarroi. Bleue Van Meer, l’héroine (à noter que dans la version originale, elle s’appelle Blue, à se demander si le traducteur prend les lecteurs pour des crétins pour aller jusqu’à traduire le prénom de la narratrice) est super brillante, super cultivée, super intelligente et super attentive à ce qui l’entoure. Et à l’écriture, ça se traduit par une incroyable pédanterie: des références et des notes à toutes les pages, des petits dessins (assez affreux) pour illustrer certains propos, et assez curieusement pas d’atmosphère, pas d’ambiance, pas de souffle romanesque. Les personnages? Du carton-pâte sans âme, sans épaisseur. J’ai péniblement tenu cent pages avant de lâcher le livre, qu’heureusement on m’avait prêté. Pour la peine, je vais bientôt relire Le Maître des illusions.
J’ai lâché Marisha et j’ai pris Un homme accidentel de Philippe Besson. Qu’on pourrait résumer par poncif-cliché-lieu commun. La trame? Los Angeles, un flic marié et père de famille enquête sur un meurtre qui implique Jack Bell, un acteur sublime. Bien sûr, le flic va tomber amoureux. Bien sûr, sa femme ne va se douter de rien. Bien sûr, lui et Jack Bell vont baiser comme des fous dans des motels. Bien sûr, il est supra-impliqué dans le meurtre. Bien sûr, il va se suicider et plonger le narrateur dans la tristesse la plus noire. Oups, j’ai raconté la fin. En même temps, je viens de vous épargner trois heures de lecture (230 pages avec une grosse typo, ça s’avale très vite surtout que la qualité d’écriture ne vise pas trop à faire réfléchir) d’un livre cousu de fil blanc, dont le décor est si peu exploité qu’il en evient purement anecdotique et dont les personnages sont tout sauf habités. Pour l’anecdote, Un homme accidentel est sorti en même temps que l’excellent Mérovée – que j’avais chroniqué ici-même – et sur une trame qui semble similaire, le livre de Nicolas Jones-Gorlin est en tous poins supérieur.
Je commençais à désespérer, mais j’ai terminé Blue angel de Francine Prose. Blue angel comme le film de Josef Von Sternberg auquel le livre fait de multiples références. Là, il ne s’agit pas d’un professeur qui se perd pour une chanteuse de cabaret pouilleux, mais de Ted Swenson, professeur de creative writing en fac qui a toujours mené une existence sans histoires. En clair, il n’a jamais couché avec ses étudiantes et encore moins trompé sa femme. Alors qu’il n’avait encore jamais réellement remarqué Angelo Argo, étudiante piercée, tatouée et dont les remarques acerbes et pertinentes sur le travail de ses camarades-étudiants le ravissent, celle-ci fait irruption dans son bureau pour lui demander de lire les premières pages du roman qu’elle écrit. Swenson est ébahi par le talent de la jeune femme et noue peu à peu une relation ambigue avec elle. La peinture du milieu universitaire américain brossée par Francine Prose est particulièrement plaisante, notamment dans la description des personnages, profs, élèves ou collaborateurs éducatifs. Sans être d’une folle originalité, ce roman est particulièrement ironique sur le processus de création littéraire avec ce prof, qui n’est pas fichu de finir son propre manuscrit et qui se pâme devant celui d’une de ses élèves (à ce sujet, c’est sans doute le passage le moins convaincant, la qualité du roman d’Angela dont les extraits ne sont pas à tomber par terre) et les discussions à la limite de la branlette intellectuelle des étudiants sur la qualité de leurs nouvelles. Et en cela, c’est assez réussi et jouissif pour mériter d’être lu.
Bon à part ça, je suis en train de lire un pavé assez génial et là ça sera pour le coup une bonne grosse chronique des familles pour en parler. Promis.


