La lecture de Requiem pour les trouillards de Jean Le Gall a été une vraie première en ce qui me concerne. En presque trois ans de bloguage intense, c’est la première fois que je reçois un mail d’un visiteur qui me lit tous les jours assez discrètement (sans jamais me commenter s’entend) et qui me demande si je peux lui donner mon adresse, car il souhaite m’envoyer un exemplaire de son premier roman. Et si je peux lui dire ce que j’en pense. Putain, bonjour la responsabilité, il est okay pour passer au crible de ma plume assassine *private joke*. En même temps… Comment résister à ce type de demande? Allez j’envoie mon adresse et reçoit Requiem pour les trouillards quelques jours plus tard. Un roman policier, où le noir se situe surtout dans l’humour apparemment. La quatrième de couverture est assez confuse donc je décide de m’y jeter direct.
Charles de Peretti est flic, plutôt le genre gratte-papier que cowboy urbain. Le samedi soir, il se tape des filles pas terribles et se réveille le lendemain avec la gueule de bois. Le reste de la semaine, il s’ennuie ferme dans les locaux de la police parisienne. En fait, il n’attend qu’une chose, ZE affaire qui le sortira de son quotidien. De l’action, que diable! Il ne croit pas si bien dire. Quand Alexandre Wagner, avocat controversé et du genre à ruer dans les brancards l’invite à déjeuner pour une affaire très confidentielle, il se retrouve au bout d’une demi-heure avec le cadavre de ce dernier dans les toilettes avec la balayette enfoncée dans la bouche. Bon alors quoi, quelle était cette enquête qu’on voulait lui confier?
Charles de Peretti ne sait pas encore qu’il embarque pour un voyage qui le mène ni plus ni moins qu’aux quatre coins de l’Europe avec au bout une molécule aux pouvoirs redoutables, la beta-carboline. Ni roman noir, ni roman réellement policier, Requiem pour les trouillards déconcerte car il n’entre dans aucune case. D’ailleurs les premières pages m’ont comment dire… Un peu emmerdé. Des effets de style horriblement pompeux, un humour pas toujours bien réglé… Le démarrage est très très laborieux. Ca tangue dans tous les sens, on commence à avoir un peu mal au coeur, pas facile à suivre quoi. Et puis au bout d’une soixantaine de pages, ça décolle. On ne rit plus du livre, on rit avec le livre. Charles de Peretti, c’est le héros qui adore prendre le lecteur à partie et lui distiller tout un tas de petites remarques ( “Inutile de vous reproduire in extenso cette conversation, je vous sens un peu lassés des dialogues à rallonge. Et vous avez raison, il vaut mieux profiter du paysage.” dit-il alors qu’il se trouve avec un ecclésiastique dans les jardins du Vatican). Du coup, il n’arrête pas! Et ça marche plutôt bien. L’enquête devient rocambolesque à souhait, le verbe est gouailleur et les dialogues claquent, si Charles de Peretti paraissait ennuyeux voire abominablement prétentieux au début de son enquête, il change du tout au tout en cours de route. Et il lui arrive de ces trucs: une espionne qui essaie de le tuer en lui faisant une pipe les lèvres enduites de baume à lèvres au cyanure, recevoir coup sur coup la visite du Ministre de l’Intérieur et du Président dans sa chambre alors qu’il a failli passer l’arme à gauche (une des scènes les plus hilarantes du livre)…
Si Jean Le Gall revendique, à raison d’ailleurs, l’héritage de Boris Vian pour ce premier roman, il sait toutefois s’en éloigner assez pour avoir sa voix propre et tenir le lecteur jusqu’à la fin. Ah par contre la fin. Pour apprécier pleinement Requiem pour les trouillards, et c’est un conseil de lectrice avisée que je vous donne, évitez de lire “Epilogue intello” qui clôture le roman. Il est plus que dispensable et gâche un peu l’effet diablement euphorisant de tout ce qui se passe avant. Mais une très très bonne surprise et un régal de lecture. Un dernier conseil! Ne vous laissez pas rebuter par la couverture un peu austère, elle ne reflète en rien le côté trépidant de ce livre plein de verve.

Requiem pour les trouillards, Jean Le Gall, Editions Séguier, 2008, 204 pages