Une si douce fureur

In: Bouillon de culture - Monday 30 June 2008 @ 11:50 - Comments (1)

Après la lecture du roman Les liens défaits, je m’étais dit que je ne lirai plus de bouquins de Christian Authier puisque j’en pense à peu près tout ce qu’en avait dit [Le Littéraire.com]. Mais consciente qu’il existe peu de personnes capables de réussir brillament tous leurs livres, j’ai eu envie de pousser un peu plus avant pour voir s’il en avait écrit un à même de me plaire. Et pourtant Stock est sans doute la maison d’éditions dont je me méfie le plus. Les spécialistes de quatrième de couv’ qui ne disent strictement rien sur ce qui se trouve à l’intérieur, et des histoires auto-centrées et un peu chiantes, ils sont très forts pour ça. Pour leurs essais, je ne dis pas, ils ont souvent du nez, mais les romans c’est souvent insoutenable. Pour mémoire, il faut quand même se rappeler que le premier éditeur de Christine Angot c’est eux…

Ce qui m’a attiré donc dans Une si douce fureur de Christian Authier, c’est l’histoire dont j’avais glané quelque échos sur la toile et que je vous restitue puisque ça-y-est je l’ai lue. Le narrateur a aimé Valentine, cette jeune femme qu’on lui a présenté un jour un peu par hasard et avec qui il a connu une romance platonique car dans la courte période où ils se sont vus, sa fiancée Emmanuelle était en vacances mais lui était d’une fidélité à toute épreuve. Puis il perd Valentine de vue pendant près de six ans et en lui grandit ce regret immense: il est sûr qu’elle était la femme de sa vie. Un jour, il reçoit un message à la rédaction du journal où il travaille: Valentine a lu son dernier livre et s’est reconnu entre les pages. Elle reprend contact avec lui et entre eux nait enfin la passion amoureuse qu’ils ont à peine effleuré six ans plus tôt. Mais le narrateur sent la félûre chez cette jeune femme et vit soudain dans la terreur de la perdre.

Tout le livre tourne autour de cette interrogation: est-il bon de vouloir vivre à tout prix ce qu’on a pas su saisir quand il le fallait? Vaste sujet qui peut amener de belles envolées passionées et une violence de sentiments. Bon sauf que Christian Authier, tout ce qui est le versant passioné, furieux et bouillonant de l’amour, c’est franchement pas son truc. Il faut que tout soit modéré, à l’intérieur et surtout que ça y reste. D’ailleurs, on peut aussi se demander si le roman c’est vraiment son truc puisqu’Une si douce fureur est un récit autobiographique sans saveur romanesque, ni véritable élan dans l’art de raconter. Ce qui ramène entre autres à cette insupportable manie qui m’agaçait déjà dans Les liens défaits: l’abus de name-dropping. Valentine lui transmet son goût pour la lecture de Technikart (qu’on se rassure, elle lit aussi Cioran), ils sont tout émoustillés de se rendre compte qu’ils aiment tous les deux New Order (et autres puisqu’il y a un nombre assez conséquent de disques et groupes cités dans le livre), un soir, ils dînent même dans une brasserie de Toulouse (je vous ai pas dit? Christian Authier est toulousain) non loin du comédien Lorant Deutsch et ce qui émeut le narrateur c’est de se dire qu’eux aussi, ils sont incognito puisque la plupart de leurs amis ne savent pas qu’ils sont ensemble. Voilà.

Quelques scènes touchantes sortent du lot – ce récit d’un dîner chez la maman de Valentine où le narrateur retrouve la petite fille en elle – mais c’est un récit sans dialogues ou presque, où les gens se croisent sans jamais produire d’impression durable, on mange dans des tas de restaurants (mais le lecteur ne sait jamais quoi), on a plein d’amis qu’on voit régulièrement (mais le lecteur ne sait pas ce qu’ils se racontent) et puis on aime fort et on est incapable d’empêcher la dépression aux tendances suicidaires de la fille qu’on retrouve six ans plus tard et avec qui on ne connaîtra jamais l’été, puisqu’on l’a aimé seulement le temps d’un hiver. Livre sur le deuil autant que le sentiment douloureux de regret, Une si douce fureur ne vaut que par son côté témoignage qui résonnera sans doute chez ceux qui ont vécu la même chose que l’auteur. Mais sur le plan strictement littéraire, pas d’originalité, peu d’audace et une plume de bon élève un peu fade pour un livre qui se lit en une heure, une heure et demie montre en main. Cette Valentine neurasthénique et diaphane, le narrateur devrait nous la rendre émouvante et il n’y parvient pas. Il devrait nous la rendre aussi inoubliable qu’elle l’a été pour lui et non et non, il n’y parvient pas. Une chose est sûre en tout cas, je suis encore moins sûre de vouloir lire le prochain roman de Christian Authier.

Une si douce fureur (Christian Authier)

Une si douce fureur, Christian Auhier, Editions Stock, 2006, 142 pages

A l’ouest rien de nouveau

In: Bouillon de culture, What's up today Dahlia? - Sunday 29 June 2008 @ 21:50 - Comments (0)

Décidément, j’ai parfois du mal à piger mes contemporains, enfin les gens du même âge que le mien surtout quand ils se trouvent être mes connards d’ex. Ou leur nouvelle nana. Et leurs hormones affolées tout ça quoi. Généralement quand je vais voir un verre dans un certain bar de la rue de Metz qui est depuis toujours le repère des goths et métalleux de cette ville, je croise donc un de mes exs. Celui qui est tellement accroché à ce bar comme une moule à son rocher que quel que soit le jour, l’heure, la semaine voire le mois où je décide d’y mettre les pieds – généralement avec Furet – je le croise. Il fait partie des meubles voyez. Tellement que hier soir, j’ai même été surprise de ne pas l’y trouver en train d’écluser un demi avec ses potes vêtus de noir dans un coin de la salle. Ce que je dis à Furet. “Aaaah mais tu n’es pas au courant! Attends deux secondes…

Il appelle une de ses copines, très au courant visiblement qui me narre à peu près cette histoire.
Ah mais il a mis sa copine enceinte et elle lui a annoncé après qu’il l’ait largué. (Nom de dieu!) Alors il a voulu revenir avec elle, la queue entre les jambes… (ah ouais, c’est le cas de le dire) Mais elle l’a jeté, elle veut faire son bébé toute seule quoi et elle veut même pas qu’il le reconnaisse. (Par curiosité, quel âge la fille?) Oh 21 ans. Et elle le garde parce qu’elle croyait qu’elle était stérile et que ça sera peut-être sa seule chance d’en voir un…”

Je crois que suis restée sur un “no comment” des familles. Que pouvais-je ajouter à ça sincèrement…

Ah sinon, je me suis rendue compte qu’on avait au moins une ministre bien dans ce foutu gouvernement.

Monster ou l’impossibilité des biopics de serial killers

In: Cinoche and dividi - Saturday 28 June 2008 @ 13:11 - Comments (0)

J’ai enfin visionné Monster de Patty Jenkins, ce film qui retrace le parcours d’Aileen Wuornos. Plus de quatre ans après sa sortie, je suis assez sidérée par la vacuité profonde de ce film qui a valu un oscar à Charlize Theron, principalement parce qu’elle a accepté de s’enlaidir pour le rôle (quinze kilos de plus sur la balance, lentilles sombres pour cacher ses beaux yeux clairs, prothèses dentaires et masque de latex pour imiter une peau légèrement brûlée).

Bien que spectatrice inconditionnelle de Faites entrer l’accusé, je reste persuadée qu’il n’est pas bon de vouloir porter à l’écran le parcours d’un serial killer ou plus simplement d’un tueur. S’inspirer de faits réels, d’accord (c’est régulièrement le cas pour la littérature), mais s’imaginer qu’on peut restituer la vérité de ce type de personnalité à l’écran me parait hautement difficile voire impossible. Car comment échapper à la tentation de justifier le parcours du tueur?

Dans le cas de Monster, il y a une certaine malhonnêteté dès le départ. Présenter Aileen Wuornos comme la première femme serial killer est assez abusif. C’est une tueuse certes, mais elle est de la race des tueuses à la Thierry Paulin, qui tue par nécessité, pour de l’argent ou des objets de valeur. En l’occurence, dans Monster, on veut démontrer qu’elle tue en grande partie car elle est folle amoureuse de Selby (jouée par Christina Ricci) et que cette jeune femme lui fait bien comprendre qu’il leur faut de l’argent pour continuer leur relation. La malhonnêteté se poursuit avec ce personnage de Selby puisque la femme dont Aileen Wuornos était amoureuse se prénomme en fait Tyria Moore et ne ressemble pas du tout physiquement au personnage du film. On a évoqué le parti pris de ne pas impliquer Tyria Moore puisqu’elle avait été innocentée pendant le procès. Louables intentions, mais assez hypocrites au final puisque la réalisatrice ne se prive pas de revisiter l’histoire d’Aileen à sa manière.

Aileen survit en se prostituant. Elle tue ses clients pour leur soutirer de l’argent. Et elle a bien raison, car dans le film ce sont presque tous d’affreux salopards ou de pauvres crétins. D’ailleurs il y en a même un qui tente de la violer, le connard (il sera prouvé dans le procès qu’Aileen Wuornos a menti à ce sujet). Bref il y a une tentative de réhabilitation du personnage assez grossière. En gros, elle a vraiment pas eu de chance, alors qu’elle ne voulait qu’un bout d’épaule, quelqu’un à aimer quoi. Dans la vraie vie, il apparait qu’elle était profondément colérique et bipolaire, voire misanthrope puisque plusieurs témoins disent qu’elle ne “détestait pas seulement les hommes, elle haïssait le monde entier“.

C’est dans la fascination qu’exerce le tueur ou le serial killer qu’il faut aller chercher l’impossibilité d’un biopic. Plus encore que pour toute autre “célébrité”. La fascination tend à “embellir” les choses. Dernièrement Jean-Paul Rouve s’y est fourvoyé, faisant d’Albert Spaggiari (qui n’est certes pas un tueur mais un criminel tout de même) un bandit génial et farceur par rapport à son casse du siècle et son évasion spectaculaire, mais occulte délibérément tout ce qui fait ombre à la construction du mythe: son passé dans l’OAS et ses relations étroites avec un réseau d’extrême-droite international.

C’est là que l’émission Faites entrer l’accusé a trouvé le ton juste: construire ses documentaires avec une “cinématographie” de l’image et une voix off travaillée pour augmenter l’effet polar et tension dramatique, sans que jamais le spectateur ne puisse oublier qu’il s’agit là de choses réelles et avérées. Il y a donc cet équilibre permanent du “la réalité dépasse la fiction”.

Les biopic de ce type de personnes ne peuvent marcher que dans la mesure où on s’écarte d’eux et on s’en inspire pour la construction de personnages fictifs. Dans le cas de Monster, seul survit le souvenir d’une Charlize Theron qui a été obligée d’en passer par là pour prouver qu’elle était “une vraie actrice” et pas seulement une belle fille. Et de là vient aussi la vacuité du propos.

Ah la midinette est de retour

In: Défonce-moi le tympan - Friday 27 June 2008 @ 22:02 - Comments (2)

Y a longtemps que je n’avais pas été fascinée par un bogoss’ qui chante tous muscles dehors mais là…

Bon même si je sais que je bloque avant tout sur la chorégraphie qui soulève des gerbes d’eau nimbées de vert nuance matrix et la réutilisation plutôt plaisante du tube de Rod Stewart. Et arrêtez de ricaner en disant que je me cherche des excuses. C’est un tout, le bogoss, plus tout le reste quoi.

Triomphe de la vulgarité

In: Bouillon de culture, Dahlia présidente - Wednesday 25 June 2008 @ 17:01 - Comments (3)

A quoi reconnait-on un bon essai? Dès que vous vous mettez à le lire, vous avez envie d’en photocopier des pages entières pour les coller dans la rue. D’engueuler votre libraire pour qu’il le mette en avant plus encore que les autres. Voire de voler des piles entières et les distribuer à qui mieux-mieux. Bref de le faire circuler tant que possible.

Il est plus que probable que je sois complètement passée à côté de Triomphe de la vulgarité de Marc-Vincent Howlett si je n’étais pas tombée sur ce long article que Rue89 a consacré à cet ouvrage et son auteur. D’autant que dans le monstrueux étalage d’ouvrages consacrés à SarkoBoy sur les tables des libraires au rayon politique, celui de Marc-Vincent Howlett est très discret. Pas de photo du président en couverture, pas de quatrième de couv’ outrancière… Mais du contenu, de la réflexion, une intelligence lumineuse qui emporte tout sur son passage.

Comment Marc-Vincent Howlett définit-il cette vulgarité dont il constate le triomphe?
Il existe une impudeur, plus sournoise et autrement plus dangereuse que les abandons aux plaisirs de la chair; c’est celle de la représentation glorieuse de soi. Elle voue l’individu à se centrer sur sa personne, à la glorifier et l’exhiber comme l’illustration de la réussite: il jouit de sa splendeur individuelle, meme si celle-ci se révèle le plus souvent d’une effroyable médiocrité.” Au-delà de cette constatation qui peut apparaître péremptoire, Marc-Vincent Howlett part donc de l’élection de Nicolas Sarkozy pour montrer qu’il cristallise cette nouvelle ère d’impudeur et donc de vulgarité où se concentrent la médiocrité, le mépris du peuple, la volonté d’imposer une Histoire sans aspérités ni épisodes gênants, le besoin d’imposer le travail comme une valeur morale et une pensée que plus que jamais consensuelle, sans véritable réflexion.

On croit que toutes ces critiques ont déjà été faites avant, mais en lisant Triomphe de la vulgarité, on réalise qu’il est fort dommage qu’on ne laisse pas plus souvent les universitaires s’exprimer sur des plateaux télé, des radios ou tout simplement dans des bouquins. Quand vous voulez les entendre, il faut au moins remonter aux soirées Thema d’Arte. Car les universitaires ont cette merveilleuse capacité à expliquer les choses sans esbrouffe, ni effets de style. Il suffit de lire Marc-Vincent Howlett pour avoir les écailles qui tombent des yeux. On pense qu’il énonce ce que nous sommes déjà censés savoir, alors qu’il pousse très loin sa réflexion en globant les mutations sociologiques, sociétales, culturelles autant que le politique.

Il est difficile de parler en profondeurde tous les aspects des mutations abordées par ce livre car ces 220 pages sont toutes d’une incroyable pertinence. Si j’en prend une au hasard qui aborde le sujet de la télévision, j’y lis ceci:
Si l’on fait abstraction de [quelques programmes], la télévision ne présente plus le moindre intérêt; elle est devenue un espace promotionnel et le rendez-vous de tous les copains. [...] C’est le règne de la bande. Toute émission tourne autour d’un chef de bande. On cause, on promotionne, on cajole, on abhorre à l’unisson, on désamorce toute forme de critique, en un mot: on rit. Et ce rire est l’expression [...] du bonheur fou d’être entre soi. L’impudeur est en fait à son comble. La télévision nous offre le spectacle de gens qui, avec des talents plus ou moins convaincants, parlent de tout et de rien, tout en s’amusant de tout (le monde) et en ne s’indigant de rien (leurs privilèges).

La mise en lumière de cette vulgarité et cette impudeur éclaire aussi ce qui en découle: la bêtise. Dans laquelle se complaisent – dans une certaine mesure – nos dirigeants politiques qui misent tout sur l’affect, l’émotion, la réaction plutôt qu’une vraie réflexion de fond quand il s’agit de pondre des lois à la va-vite et les passer en force au nom d’une empathocratie. Entre autres…

Triomphe de la vulgarité est sans doute le SEUL livre qui vaille la peine d’être acheté et lu pour réellement comprendre les ramifications de ce que nous vivons actuellement en France.

Triomphe de la vulgarité (Marc-Vincent Howlett)

Triomphe de la vulgarité, Marc-Vincent Howlett, Editions de L’Olivier, 2008, 220 pages

Mais bon sang de bois

In: Cinoche and dividi - Monday 23 June 2008 @ 21:21 - Comments (1)

Qu’est-ce qu’ils ont tous à sortir des trucs sur la séquestration et le parfum d’inceste en ce moment? *private joke*

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