J’imagine que vous êtes nombreux à penser que le fait de taper sur l’inanité des oeuvres que les Inrocks portent au pinacle est un sport facile. Pas du tout, j’adore également fustiger le copinage excessif qui pousse les gens d’Elegy à trouver que tout ce qu’on leur envoie est génialissime, rigoler des goûts désastreux des gens de Rock and Folk, nan vraiment, y a quoi de se fendre la gueule à ce niveau.
Depuis quelques temps, j’ai pris en grippe (et je ne suis pas la seule huhu) une certaine Micky Green. Ne faites pas les innocents, vous n’avez pas pu la louper, depuis quelques semaines, on nous la vend comme la révélation pop-folk de l’année, tellement cool et tellement charmante. Cependant, quand les Inrocks s’enflamment pour une ex-mannequin à la voix sussurante qui chante du pop-folk mou du genou (ce genre musical de base n’est pas un truc à vous étriller l’âme), vous avez toutes les raisons de vous méfier, voire de partir en courant.
En même temps, me basant sur le single et le clip, je me suis dit après coup, peut-être que tu passes à côté d’un truc extraordinaire et que l’album est génial. Donc, dans un élan bravache et curieux, j’ai écouté White T-Shirt EN ENTIER. Putain. Premier constat, on se demande ce que vaudrait Micky si les choeurs ne soutenaient pas sa voix au ras des paquerettes. Y a pas de souffle, c’est ahurissant. C’est evanescent, sans saveur, transparent, inoffensif, ça mérite même pas l’importance qu’on lui donne. Et c’est là que le bât blesse. Qu’on survende une chanteuse et un album d’une indigence incroyable, d’ailleurs le site que lui a concocté sa maison de disques n’est pas en reste. Sa bio notamment raconte que c’est incroyable qu’une fan de Snoop Dogg (et ils insistent sur le fait qu’elle a même a-do-ré son film porno) ait fait un album d’une telle fraicheur.
A priori, je n’ai rien contre le fait qu’un ex-mannequin chante. Vous allez rire, je fais même partie des hurluberlus qui ont aimé ce qu’avait fait Naomi Campbell quand elle s’y est mise. J’ai même son album chez moi, c’est dire. Mais là, nan c’est pas possible, je me demande ce qui fait bander les Inrocks, à part le concept même de l’ex-mannequin qui écrit elle-même ses chansons, déclare qu’elle adooore vivre à Paris et choisit de faire un truc assez inaudible et chiant. Ce qui prime pour eux, c’est le CONCEPT. Pourquoi croyez-vous qu’ils idolâtreraient une Carla Bruni? (enfin, maintenant je me demande, le concept de la social-traître étant plus dur à avaler). Alors puisqu’on en parle, je me suis même fadé son nouvel album, mais pas entier quand même, parce que ma propension à la curiosité a des limites. Je vous conseille juste La possibilité d’une île et l’inénarrable Tu es ma came. On dirait de la variétoche vaguement seventies sortie du formol.
Pour en revenir au sujet de départ… Ce qui est chiant et over-chiant, c’est l’enthousiasme en bois de toute cette presse, qui se doit d’encenser un nouveau truc tous les mois, voire toutes les semaines pour ensuite s’en désintéresser quand la plèbe se met à l’aimer à coups de forceps. Car qui peut imaginer en lisant les papiers de ces gens-là qu’ils aiment réellement ce dont ils parlent? On ne leur demande pas forcément d’écrire des trucs de fans benêts incapables de la moindre nuance, mais de sentir qu’ils sont réellement transportés ou touchés quand ils doivent écrire un papier. Chais pas, ça devrait être un minimum, non? Qu’est-ce qui mérite qu’on s’intéresse à une forme d’art si ce n’est qu’elle nous choque, nous remue, nous empoigne, nous donne envie de se battre pour elle?
Ce qui perd ce putain de monde, c’est le creux, le tiède, le lisse, le pas rugueux. J’ai toujours tendance à penser qu’on se doit d’avoir des passions comme des fureurs, empreintes de sincérité, voire de vérité. Pour appuyer cette merveilleuse conclusion, je vous invite à faire un tour sur cette tribune libre de la collection eXprim’ aux Editions Sarbacane qui fait suite à ce post d’il y a quinze jours. Bonne lecture!