Un webmail vous manque et c’est le bordel!

In: Bouillon de culture - Tuesday 24 February 2009 @ 19:57 - Comments (4)

Trois à quatre heures de panne sur Gmail ce matin, bonjour la crise quand on attendait des courriers importants. En parcourant quelques forums qui se posaient des questions, c’était assez fabuleux, on se serait cru dans un certain épisode de South Park mais à une plus petite échelle bien sûr. Affreux cet épisode hein, on voit toutes ses angoisses de geek(ettes) défiler devant ses yeux :D (Et j’avoue que de ne pas ouvrir ma boite mail une bonne partie de la journée m’a un peu fait fumer des oreilles). Ca m’a quand même laissé le temps de bookmarker un nouveau blog dans le plus pur style “Grâce à l’anonymat, je vais enfin tout révéler sur les coulisses du monde de l’édition alors même que j’y travaille, aha avec moi les têtes vont tomber”. Il y a presque deux ans, c’était Je résiste à tout (ils n’ont même pas tenu six mois, sur le point d’être découverts sans doute?). Entre-temps on a vu débarquer La vipère littéraire, qui elle ne travaille visiblement pas dans l’édition (du moins si c’est le cas, elle n’en fait pas étalage) mais lire ses posts de tatie flingueuse est digne des pires plaisirs coupables, à ranger juste à côté de regarder la télé-réalité made in TF1 et manger du Fluff à la fraise. Tout gâché, le dernier blog du genre en date me laisse plus dubitative (rien que la description “Le blog d’un éditeur qui a bradé son âme pour devenir ce qu’il est. Mais, à présent qu’il doit solder son compte, il demande une réduction...”). Condescendance, mépris, encore plus de jugements à l’emporte-pièce que chez Wrath… Sérieusement, je me demande qui est l’auteur de cette plaisanterie. D’autant que ce n’est même pas drôle. Et surtout que ça sonne assez faux. Wait and see… [EDIT] J’avais pas fait attention, les trois blogs sont tous chez le même hébergeur… [EDIT]

Junky

In: Bouillon de culture - Sunday 22 February 2009 @ 19:12 - Comments (7)

La dernière fois que j’ai lu un roman mettant en scène les affres et les vertiges de l’héro, c’était Candy de Luke Davies, plutôt avec plaisir d’ailleurs. Ce qui est une gageure parce qu’il en faut du talent pour tenir un lecteur pendant 400 pages avec des persos qui passent leur temps à se faire de bons gros shoots, souffrir du manque et vivre d’arnaques à la petite semaine. Ce qui on le sait, depuis Moi Christiane F. est le quotidien de presque tout junky qui se respecte, sauf quand on est dans le show-biz (la musique essentiellement), là on a pas trop à galérer pour en trouver. On pourrait donc dire que je savais où je mettais les pieds en lisant Junky de William S. Burroughs. Un auteur que l’on peut qualifier de “super-héroïnomane” comme Robert Flanagan se qualifiait de “super masochist”. Genre je suis né camé et je mourrai camé. Je n’ai pas l’impression que Burroughs cherchait spécialement à intellectualliser le fait de se camer, c’était juste sa vie, ce qui ne l’a pas empêché de vivre plus de quatre-vingt années sur cette terre si l’on en croit sa nécro.

En fait ce qui m’a frappé avec Junky c’est que sa qualité littéraire est quasi-inexistante. Aucun effet, aucun effort, ni drôlerie, ni froideur, le laconisme plutôt que le flegme. C’est souvent très barbant à lire. Vraiment. L’intérêt de ce livre tient donc surtout dans sa grande valeur documentaire sur ce qu’est le quotidien d’un junky dans les Etats-Unis des années 20-30. Ca va du prix d’une capsule d’héro aux rapports avec les dealers, la complaisance ou non des médecins à délivrer des ordonnances de produits de substitution avec lesquels les pharmaciens eux-mêmes choisiront d’être complaisants ou non, les courses-poursuites avec la police, les lois qui s’appliquent aux camés et les premiers centres et cures de désintoxication. Si Junky s’avère utile pour ces raisons, utile dans une certaine mesure également pour connaitre mieux encore qui a pu être William S. Burroughs, je doute qu’il soit absolument indispensable pour apprécier le romancier. Ce n’est pas un livre plaisant à lire. Non parce qu’on y parle de gens qui passent leur temps à se piquer et courir après leur dose, mais parce que sur la longueur c’est un livre très ennuyeux. “Culte !” clame le bandeau de la couverture de la nouvelle édition poche. Dans le cas présent, cette affirmation me laisse assez dubitative.

Junky, William S. Burroughs, Editions Gallimard, Collection Folio, 2008 pour la présente édition (1973 pour la première édition française, 1952 pour l’édition originale), 270 pages

Fake

In: Bouillon de culture - Friday 20 February 2009 @ 18:53 - Comments (6)

Il y a quelque chose qui titille fortement les romanciers trentenaires en ce moment, c’est de savoir lequel parlera le mieux des vies qu’on peut s’inventer dans les espaces virtuels, des sites de rencontres, tout en étant fun, pas cliché et malgré tout dans le vrai. Beaucoup s’y frottent, beaucoup s’y piquent aussi, jusqu’à présent, je n’ai pu en retenir un qui réunissait à la fois ces trois critères et se payait malgré tout le luxe d’être autre chose que juste marrant. Disons marrant qui te fait marrer jaune.

Giulio Minghini emporte le morceau haut la main avec Fake. Italien installé à Paris depuis plusieurs années, il ne supporte pas qu’on lui déverse dans l’oreille tous les clichés les plus attendus sur son pays qu’il voit comme « un hôpital psychiatrique en flammes » et qu’il décrit en ces termes : « Un pays gouverné par le pire. L’Avant-garde même du Pire : abolition de tout discours, vulgarité diffuse des mœurs, corruption généralisée et systématique, ignorance érigée en règle, culte éhonté de l’argent, mépris affiché pour l’intelligence et les idées, moralisme rance. » Si on poussait un peu, on pourrait dire que toutes ces caractéristiques ont eu tendance à franchir les Alpes mais c’est un autre sujet. Giulio est traducteur d’auteurs français pour une petite maison d’édition italienne, et sort avec Judith depuis trois ans. Date fatidique ? Ils n’ont plus rien à se dire, il ne tente pas de sauver le couple, elle le largue.

Giulio commence par déprimer, boire des litres de vodka, bouffer des lexomil et prozac par poignées… Jusqu’à ce qu’une de ses amies lui suggère de s’inscrire sur PointsCommuns. Un site de rencontres ? « Mais pas tout à fait comme les autres. Un site de rencontres basé sur les affinités culturelles, des goûts partagés. » Giulio sort donc sa CB et s’inscrit sur le site. Fake rend compte de ses rencontres, ses ahurissements, et toute la palette de sentiments à travers lesquelles il passe dès qu’il se lance dans la grande aventure du site. Accro à sa dose de rencontres pixellisées où s’ensuit le vertige inévitable de la rencontre réelle, « le moment où le pseudo quitte l’ordinateur pour prendre corps ». Lucide et vite désespéré (comme tout toxico qui se respecte), Giulio ne cesse néanmoins de scruter et utiliser le site pour combler sa dépression post-rupture. Il se met de facto à éviter toutes les filles qui ont Belle du seigneur comme livre de chevet, se rend compte à quel point « l’alibi culturel est un facteur érotisant » (il voit quel effet ça fait quand les filles voient ses étagères bourrées de livres), jongle avec les filles (et parfois traverse la ville à 3h du mat’ pour terminer un tchat bien chaud en réel).

Très vite, PoinsCommuns et sa population d’intellos-bobos ne suffit plus à Giulio, qui file sur Meetic, puis sur Netéchangisme, sur AdopteUnMec et consomme des rencontres et des fiches sans jamais atteindre l’overdose. Jusqu’au jour où il s’amuse à créer plusieurs fake, fiches masculines et féminines confondues pour manipuler ses conquêtes, voir comment les hommes abordent les autres femmes selon ce qu’elles affichent, aller au fond du fond des possibilités offertes par tous ces sites. Avec un cynisme d’autant plus violent, qu’il ne se fait plus aucune illusion alors qu’il brocarde toutes les névroses et solitudes de se conquêtes.

Fake est une plongée dans l’univers des sites de rencontres et de réseaux sociaux d’autant plus marquante qu’elle frappe par sa justesse et sa véracité. Entre le journal de bord et le carnet de notes littéraires (Giulio en prend régulièrement et les place au fil du texte en italique, ce qui donne souvent un effet-miroir assez désenchanté avec le récit d’une rencontre ou le détail d’une fiche lue sur un site), un texte où l’humour n’est jamais anodin ou simplement là pour faire joli. C’est si facile de faire un bon mot qu’on oublie en deux secondes… « [La] tendance de la plupart des membres du site à tout prendre au pied de la lettre me laisse interloqué. Comme si, pour eux tous, la première personne du singulier était synonyme de confession. Comme si j’avais vraiment envie de faire des aveux en public, de dévoiler les secrets de mon désastre. Ils semblent ignorer qu’à chaque fois qu’il fait son apparition dans le texte, le « je » n’est jamais autre chose qu’un tortionnaire de fantômes. » Sur le site sans doute. Mais Fake même s’il comporte certainement sa part de mystification, on ne peut que se le prendre en pleine poire tellement ce roman est vrai.

Fake, Giulio Minghini, Editions Allia, 2009, 138 pages

Bad behaviour?

In: Bouillon de culture - Thursday 19 February 2009 @ 20:34 - Comments (0)

Mauvais genre, transposition complètement à l’ouest de A blind man can see how much I love you est un recueil de nouvelles qui tourne autour de la mort, la maladie, le deuil, que ce soit de personnes disparues ou de son identité…
Amy Bloom les met en scène à travers une fille qui veut changer de sexe soutenu par sa mère, une femme qui perd son bébé à la naissance et décide de s’occuper d’un enfant handicapé pour redonner un sens à son existence, un couple dont l’homme est rongé par la maladie de Parkinson, l’histoire d’une même famille racontée de plusieurs points de vue…

Pour lire la suite de ma critique du livre d’Amy Bloom, rendez-vous sur Discordance !

YotangoR, King of the Universe

In: Défonce-moi le tympan - Wednesday 18 February 2009 @ 13:20 - Comments (8)

C’est marrant, ce titre sonne presque comme un émule de Conan le Barbare… Passons. :D YotangoR est un groupe toulousain. Un groupe-concept puisque leur album King of the Universe est je cite “un “opéra métal sympho” [...] qui retrace le parcours d’un dictateur des temps modernes, qui ne se rend pas compte des conséquences de ses actes“. Un concept-album qui va sans doute déboucher sur un spectacle (concept lui aussi) dans les mois à venir, puisque la sortie du double album est pour fin mars… Difficile de se faire vraiment une idée sur ce que ça va donner. Mais rien qu’à voir et écouter le clip du premier single, je me demande si ça va dépasser le Within Temptation et Nightwish-like tant le quota de clichés du genre est rempli: les étoiles qui explosent, la pleine lune, la nana qui chante en tournoyant dans une forêt enneigée, le groupe presque en retrait par rapport à elle (ce sont les plus dans l’ombre disons)… On sent que ça tient à rassurer l’amateur de metal des fjords. Ceci dit, vu comme ce truc reste en tête – vous l’écoutez une fois, elle vous tient la boite cranienne des heures – il est plus que probable qu’il pèterait les passages radios…

J’ai un faible pour les plans des deux gratteux qui jouent en parrallèle :D

Je vois rouge (décidemment…)

In: Dans ton cul, Défonce-moi le tympan - Tuesday 17 February 2009 @ 19:50 - Comments (14)

Arrivée ce matin dans ma boîte mail de la dernière encyclique vaquettienne qui m’en apprend un peu plus sur l’annulation de la date de l’IndispensablE à Toulouse… Et qui définitivement m’amène à penser que si la censure qu’on impose aux artistes, aux intermittents et autres « saltimbanques » est plus que pénible, il n’y a sans rien de plus pénible que la censure qui arrive de votre propre camp. Le « qu’on impose » de la première partie de ma phrase vise bien sûr la loi, les autorités etc. Je disais donc c’est plus que pénible quand ça vient d’un milieu artistique qui se veut alternatif, subversif, pas mainstream quoi et qui entre dans les mêmes travers que ceux qu’ils prétendent pourfendre.

Je ne pense pas vous avoir raconté le nouveau spectacle de Vaquette « Crevez tous » vu en décembre dernier à Bordeaux avec mon père. En fait il m’est assez difficile d’en parler correctement étant donné que ce spectacle s’est joué dans les pires conditions qui soient. En gros, Pérav Prod où se tenait le tout est un espace mi-appartement transformé en salle de concerts/spectacles, mi-squat amélioré. Ca ce n’est pas le problème. Le problème, c’est que les organisateurs et responsables du lieu n’ont pas jugé bon de fermer le bar une fois que le spectacle était commencé – trop heureux d’écouler le stock de bières à 2€ et de faire la causette avec les habitués – dans un mépris total de l’artiste sur scène et du public qui était venu le voir. Ces mêmes responsables qui n’avaient aucun scrupule à faire entrer tout un tas d’autres habitués en plein cours de spectacle sans les faire payer bien entendu, et surtout sans les foutre dehors quand ils foutaient ouvertement le bordel ! Séquence mémorable d’une zonarde comme en compte chaque concert, soirée, bar qui se respecte, qui s’amuse à monter sur scène pour danser autour de Vaquette alors qu’il termine de chanter un des passages du spectacle et qu’on ne vire pas, parce que oh c’est pas cool, et puis c’est une habituée du lieu, et puis boh c’est pas grave. Affligeant.

En bonne toulousaine qui se respecte, je pouvais toujours me dire que c’est parce que de toutes façons les bordelais sont tous des cons et qu’on pouvait pas s’attendre à mieux de leur part. Aujourd’hui, je vais juste rectifier en disant que c’est ce milieu pseudo-alternatif de mes deux qui est incroyable. Il était prévu que Vaquette fasse une date à Toulouse le 2 avril. J’avais pris contact avec l’organisateur (pour éventuellement aider à la street team) qui prend sur lui de mettre du blé pour payer Vaquette et des flyers et de passer par (très mauvais calcul, vous allez le voir) Les Musicophages pour avoir une salle. Au dernier moment, la date est annulée. Pourquoi ? Pour la faire courte, il suffit que lisiez l’encyclique dans son intégralité pour avoir tout le nectar mais je résume : Vaquette assiste à Paris à la projection du film Choron dernière ! de Pierre Carles, qui est suivie d’un débat en présence du réalisateur et de l’équipe du film, mais aussi de membres de Siné Hebdo. Vaquette intervient en manifestant son profond désaccord au fait que l’on puisse considérer Siné Hebdo comme un quelconque transfuge du Professeur Choron, le débat s’enflamme, il est bien expliqué sur l’encyclique. Et quelques jours plus tard, voici ce qui se passe :

« je reçois un mail de l’adorateur du Grand Mythe Vaquettien chargé d’organiser la venue de mon spectacle à Toulouse début avril m’apprenant que la salle qu’il avait trouvé sur place et qui avait accepté de me programmer, les Musicophages (aka la Médiathèque associative) pour ne pas la citer, lui faisait faux bond arguant, outre des désaccords ridicules et fastidieux à expliquer quant au rapport au poignon (Ah ! Les pseudo-alternatifs, dès qu’on parle de fric sans complexe, on croirait des pucelles qui ne rêvent que de se faire fourrer mais qui s’offusquent à la moindre évocation en public d’une bite en érection ! – Voilà, c’est exactement ça, je ne pouvais pas mieux résumer leur position que par cette allégorie empreinte d’une grâce toute poétique), cet argument à leurs yeux rédhibitoire que je vous livre in extenso, du moins ne m’accusera-t-on pas de mentir (déjà que j’ose livrer à la vue de tous et sans scrupules un extrait d’une correspondance professionnelle – définitivement Pierre Carles a une mauvaise influence sur moi) :
Comme je te l’ai dit dés le début, les autres personnes de l’asso qui s’occupent habituellement de la prog des rencontres musicales aux musicophages étaient bcp + réservées sur cette proposition de faire passer Vaquette ici… Moi comme je te l’avais dit, j’étais curieux… mais j’ai eut récemment de mauvais échos des interventions de Vaquette lors de la projection-débat du film sur Choron à Paris il y a peu… Bref, j’ai pas envie de me prendre la tête et plutot que d’aller vers un plantage, je préfère te dire que ça nous branche plus
.”

Voilà c’est comme ça. Je ne suis pas toujours absolument d’accord avec ce que raconte Vaquette, c’est le propre de sa personnalité pamphlétaire et iconoclaste, on ne peut pas adhérer à tout. Pour autant, c’est quelqu’un qui me bouscule, me fait réfléchir m’ouvre les écoutilles à l’occasion, tout ce qui peut enrichir la pensée même si ce n’est pas pour penser exactement comme lui. Ce mail des Musicophages ne fait qu’illustrer pleinement ce que dit Vaquette dans « Crevez tous » sur le fameux fantasme aberrant du fait qu’on pourrait arriver au risque zéro : « Si tu fais rien, ben tu risques rien. ». Et je repense aussi à cet extrait d’une longue interview de Jacques Brel diffusée durant le spectacle sur la frustration et le malheur (au sens de malheureux) qu’engendrent le fait de jamais rien oser qu’il conclue en disant : « Il est urgent de ne pas être prudent ».

« Crevez tous » est une baffe dans la gueule (croyez-moi, on ne ressort pas tout à fait indemne du fait de voir un retroprojecteur vous diffuser une liste des lois liberticides et qui incitent à la délation passées en France depuis 2001), une vraie. Parce que le spectacle de Vaquette n’est pas là pour faire plaisir ou caresser dans le sens du poil, on en prend tous pour notre grade. On est tous chatouillés dans nos convictions parfois même ébranlés dans nos certitudes. Pourtant… Ca fait plutôt du bien. Je ne sais pas quelle sera la suite de la tournée de « Crevez tous », mais ce qui est sûr c’est qu’on fera tout ce qu’on peut pour le faire passer à Toulouse !

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