Arrivée ce matin dans ma boîte mail de la dernière encyclique vaquettienne qui m’en apprend un peu plus sur l’annulation de la date de l’IndispensablE à Toulouse… Et qui définitivement m’amène à penser que si la censure qu’on impose aux artistes, aux intermittents et autres « saltimbanques » est plus que pénible, il n’y a sans rien de plus pénible que la censure qui arrive de votre propre camp. Le « qu’on impose » de la première partie de ma phrase vise bien sûr la loi, les autorités etc. Je disais donc c’est plus que pénible quand ça vient d’un milieu artistique qui se veut alternatif, subversif, pas mainstream quoi et qui entre dans les mêmes travers que ceux qu’ils prétendent pourfendre.
Je ne pense pas vous avoir raconté le nouveau spectacle de Vaquette « Crevez tous » vu en décembre dernier à Bordeaux avec mon père. En fait il m’est assez difficile d’en parler correctement étant donné que ce spectacle s’est joué dans les pires conditions qui soient. En gros, Pérav Prod où se tenait le tout est un espace mi-appartement transformé en salle de concerts/spectacles, mi-squat amélioré. Ca ce n’est pas le problème. Le problème, c’est que les organisateurs et responsables du lieu n’ont pas jugé bon de fermer le bar une fois que le spectacle était commencé – trop heureux d’écouler le stock de bières à 2€ et de faire la causette avec les habitués – dans un mépris total de l’artiste sur scène et du public qui était venu le voir. Ces mêmes responsables qui n’avaient aucun scrupule à faire entrer tout un tas d’autres habitués en plein cours de spectacle sans les faire payer bien entendu, et surtout sans les foutre dehors quand ils foutaient ouvertement le bordel ! Séquence mémorable d’une zonarde comme en compte chaque concert, soirée, bar qui se respecte, qui s’amuse à monter sur scène pour danser autour de Vaquette alors qu’il termine de chanter un des passages du spectacle et qu’on ne vire pas, parce que oh c’est pas cool, et puis c’est une habituée du lieu, et puis boh c’est pas grave. Affligeant.
En bonne toulousaine qui se respecte, je pouvais toujours me dire que c’est parce que de toutes façons les bordelais sont tous des cons et qu’on pouvait pas s’attendre à mieux de leur part. Aujourd’hui, je vais juste rectifier en disant que c’est ce milieu pseudo-alternatif de mes deux qui est incroyable. Il était prévu que Vaquette fasse une date à Toulouse le 2 avril. J’avais pris contact avec l’organisateur (pour éventuellement aider à la street team) qui prend sur lui de mettre du blé pour payer Vaquette et des flyers et de passer par (très mauvais calcul, vous allez le voir) Les Musicophages pour avoir une salle. Au dernier moment, la date est annulée. Pourquoi ? Pour la faire courte, il suffit que lisiez l’encyclique dans son intégralité pour avoir tout le nectar mais je résume : Vaquette assiste à Paris à la projection du film Choron dernière ! de Pierre Carles, qui est suivie d’un débat en présence du réalisateur et de l’équipe du film, mais aussi de membres de Siné Hebdo. Vaquette intervient en manifestant son profond désaccord au fait que l’on puisse considérer Siné Hebdo comme un quelconque transfuge du Professeur Choron, le débat s’enflamme, il est bien expliqué sur l’encyclique. Et quelques jours plus tard, voici ce qui se passe :
« je reçois un mail de l’adorateur du Grand Mythe Vaquettien chargé d’organiser la venue de mon spectacle à Toulouse début avril m’apprenant que la salle qu’il avait trouvé sur place et qui avait accepté de me programmer, les Musicophages (aka la Médiathèque associative) pour ne pas la citer, lui faisait faux bond arguant, outre des désaccords ridicules et fastidieux à expliquer quant au rapport au poignon (Ah ! Les pseudo-alternatifs, dès qu’on parle de fric sans complexe, on croirait des pucelles qui ne rêvent que de se faire fourrer mais qui s’offusquent à la moindre évocation en public d’une bite en érection ! – Voilà, c’est exactement ça, je ne pouvais pas mieux résumer leur position que par cette allégorie empreinte d’une grâce toute poétique), cet argument à leurs yeux rédhibitoire que je vous livre in extenso, du moins ne m’accusera-t-on pas de mentir (déjà que j’ose livrer à la vue de tous et sans scrupules un extrait d’une correspondance professionnelle – définitivement Pierre Carles a une mauvaise influence sur moi) :
“Comme je te l’ai dit dés le début, les autres personnes de l’asso qui s’occupent habituellement de la prog des rencontres musicales aux musicophages étaient bcp + réservées sur cette proposition de faire passer Vaquette ici… Moi comme je te l’avais dit, j’étais curieux… mais j’ai eut récemment de mauvais échos des interventions de Vaquette lors de la projection-débat du film sur Choron à Paris il y a peu… Bref, j’ai pas envie de me prendre la tête et plutot que d’aller vers un plantage, je préfère te dire que ça nous branche plus.”
Voilà c’est comme ça. Je ne suis pas toujours absolument d’accord avec ce que raconte Vaquette, c’est le propre de sa personnalité pamphlétaire et iconoclaste, on ne peut pas adhérer à tout. Pour autant, c’est quelqu’un qui me bouscule, me fait réfléchir m’ouvre les écoutilles à l’occasion, tout ce qui peut enrichir la pensée même si ce n’est pas pour penser exactement comme lui. Ce mail des Musicophages ne fait qu’illustrer pleinement ce que dit Vaquette dans « Crevez tous » sur le fameux fantasme aberrant du fait qu’on pourrait arriver au risque zéro : « Si tu fais rien, ben tu risques rien. ». Et je repense aussi à cet extrait d’une longue interview de Jacques Brel diffusée durant le spectacle sur la frustration et le malheur (au sens de malheureux) qu’engendrent le fait de jamais rien oser qu’il conclue en disant : « Il est urgent de ne pas être prudent ».
« Crevez tous » est une baffe dans la gueule (croyez-moi, on ne ressort pas tout à fait indemne du fait de voir un retroprojecteur vous diffuser une liste des lois liberticides et qui incitent à la délation passées en France depuis 2001), une vraie. Parce que le spectacle de Vaquette n’est pas là pour faire plaisir ou caresser dans le sens du poil, on en prend tous pour notre grade. On est tous chatouillés dans nos convictions parfois même ébranlés dans nos certitudes. Pourtant… Ca fait plutôt du bien. Je ne sais pas quelle sera la suite de la tournée de « Crevez tous », mais ce qui est sûr c’est qu’on fera tout ce qu’on peut pour le faire passer à Toulouse !