Jennifer Lynch ou l’ombre du père Part.2 : Surveillance
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Jennifer travaille depuis toujours auprès de son père, les pleurs d’enfant si effrayants sur Eraserhead c’est elle. Petite, elle traînait sur le plateau de Dune. Et à 18 ans, elle a travaillé comme assistante de production sur Blue velvet. Baignant dans cet univers cinématographique étrange depuis son plus âge, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle ait souhaité se tourner vers une carrière artistique visuelle. Mais jusqu’à présent il semble qu’elle ne sache pas s’émanciper de l’image écrasante de son père, ou – et c’est sans doute pire encore – elle n’a aucune sensibilité artistique qui lui soit propre. D’ailleurs suite au fiasco de Boxing Helena on pouvait tout à fait imaginer que Jennifer Lynch allait abandonner le cinéma et suivre un parcours plus… conventionnel disons. En effet, quinze ans ont passé avant que la fille Lynch ne retouche une caméra.
En juillet 2008, cette absence est enfin rompue par la sortie de Surveillance. Nouveau départ ? En fait… Pas du tout. Dans ce nouveau film, Jennifer Lynch met en scène Bill Lost highway Pullman et Julia Inland empire Ormond qui jouent des agents du F.B.I qui viennent enquêter sur un meurtre très mystérieux survenu aux abords d’une petite bourgade perdue au fin fond des Etats-Unis et… Oh my fucking God, ça vous rappelle quelque chose vous aussi ? Et si je vous disais que par-dessus le marché c’est David Lynch qui produit le tout ?
Ce qui est frappant dans ce film, ce sont les nombreux gimmicks visuels que Jennifer emprunte à David. Les écrans vidéo de surveillance ne sont pas sans rappeler ceux déjà présents dans les bureaux du F.B.I de Twin Peaks : Fire walk with me où l’agent Dale Cooper apparaissait et disparaissait à volonté. Ce dernier a d’ailleurs du inspirer Bill Pullman qui surjoue une sorte de Dale Cooper complètement azimuté et caricatural, on en est presque gêné pour lui. S’appuyant sur une structure en puzzle – trois personnages (un flic, une petite fille, une toxico) racontent de leur point de vue une même séquence dont ils ont été les acteurs/témoins – Jennifer Lynch suit péniblement un scenario assez laborieux, jusque dans sa façon de filmer. Ah ces champs-contrechamps si propres, ces ralentis qu’elle aime au-delà du raisonnable, toujours aussi bonne élève y a pas à dire. Jusque dans les séquences qui voudraient se faire passer pour des moments d’une haute perversité malsaine, elle laisse tellement ses acteurs en roue libre qu’on étouffe pas mal de rires nerveux.
Dans ces conditions, le twist final assez marrant quoique franchement mal géré tant du point de vue scénaristique que du jeu d’acteurs (imaginez Pullman et Ormond qui passent du statut Mulder et Scully à celui de deux freaks sous acides) donne au film un côté série B un peu ratée mais sympathique. Notamment dans une scène de triolisme des plus amorales et sans doute pour cela d’autant plus frappante. Il ne faut pas croire que ça sauve le film pour autant, quoiqu’en visionnant la fin alternative contenue sur le dvd, on se rend compte qu’elle a quand même évité le désastre d’une conclusion beaucoup plus politiquement correcte. Sur le dvd on trouve également une scène coupée qui ne détonnerait pas dans une expo d’art contemporain bien conceptuelle : Bill Pullman et Julia Ormond nus, qui s’enduisent de saindoux (je ne sais pas si ça en est mais ça y ressemble fortement en tout cas) pendant cinq bonnes minutes dans une pièce sombre, le tout dans le silence le plus total et filmé avec des presque ralentis très étranges. Tentative de lynchéisme qui aurait échoué ?
Il reste peu de choses donc du film. Il y a peut-être aussi ces deux flics du comté complètement tarés qui profitent de leur autorité pour assouvir leurs pulsions dominantes voire sadiques… Pour le reste, c’est quand même léger. Surtout quand on a attendu plus de quinze ans pour se remettre à faire des films. Et surtout, Dieu qu’on voit que l’ombre du père n’en finit pas de planer sur Jennifer Lynch ! Et ce n’est pas l’image faussement sale et décadrée qui arrive à faire illusion bien au contraire… La seule différence entre le père et la fille réside peut-être que si le premier n’explique rien, quitte à plonger le spectateur dans des abimes d’incompréhension, la seconde aime expliquer, beaucoup expliquer même. Et ça, ça ne passe définitivement pas.

