Jennifer Lynch ou l’ombre du père Part.2 : Surveillance

In: Cinoche and dividi - Tuesday 31 March 2009 @ 20:07 - Comments (0)

[Pour lire ou relire la première partie, rendez-vous ici ]

Jennifer travaille depuis toujours auprès de son père, les pleurs d’enfant si effrayants sur Eraserhead c’est elle. Petite, elle traînait sur le plateau de Dune. Et à 18 ans, elle a travaillé comme assistante de production sur Blue velvet. Baignant dans cet univers cinématographique étrange depuis son plus âge, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle ait souhaité se tourner vers une carrière artistique visuelle. Mais jusqu’à présent il semble qu’elle ne sache pas s’émanciper de l’image écrasante de son père, ou – et c’est sans doute pire encore – elle n’a aucune sensibilité artistique qui lui soit propre. D’ailleurs suite au fiasco de Boxing Helena on pouvait tout à fait imaginer que Jennifer Lynch allait abandonner le cinéma et suivre un parcours plus… conventionnel disons. En effet, quinze ans ont passé avant que la fille Lynch ne retouche une caméra.

En juillet 2008, cette absence est enfin rompue par la sortie de Surveillance. Nouveau départ ? En fait… Pas du tout. Dans ce nouveau film, Jennifer Lynch met en scène Bill Lost highway Pullman et Julia Inland empire Ormond qui jouent des agents du F.B.I qui viennent enquêter sur un meurtre très mystérieux survenu aux abords d’une petite bourgade perdue au fin fond des Etats-Unis et… Oh my fucking God, ça vous rappelle quelque chose vous aussi ? Et si je vous disais que par-dessus le marché c’est David Lynch qui produit le tout ?

Plus d’infos sur ce film

Ce qui est frappant dans ce film, ce sont les nombreux gimmicks visuels que Jennifer emprunte à David. Les écrans vidéo de surveillance ne sont pas sans rappeler ceux déjà présents dans les bureaux du F.B.I de Twin Peaks : Fire walk with me où l’agent Dale Cooper apparaissait et disparaissait à volonté. Ce dernier a d’ailleurs du inspirer Bill Pullman qui surjoue une sorte de Dale Cooper complètement azimuté et caricatural, on en est presque gêné pour lui. S’appuyant sur une structure en puzzle – trois personnages (un flic, une petite fille, une toxico) racontent de leur point de vue une même séquence dont ils ont été les acteurs/témoins – Jennifer Lynch suit péniblement un scenario assez laborieux, jusque dans sa façon de filmer. Ah ces champs-contrechamps si propres, ces ralentis qu’elle aime au-delà du raisonnable, toujours aussi bonne élève y a pas à dire. Jusque dans les séquences qui voudraient se faire passer pour des moments d’une haute perversité malsaine, elle laisse tellement ses acteurs en roue libre qu’on étouffe pas mal de rires nerveux.

Dans ces conditions, le twist final assez marrant quoique franchement mal géré tant du point de vue scénaristique que du jeu d’acteurs (imaginez Pullman et Ormond qui passent du statut Mulder et Scully à celui de deux freaks sous acides) donne au film un côté série B un peu ratée mais sympathique. Notamment dans une scène de triolisme des plus amorales et sans doute pour cela d’autant plus frappante. Il ne faut pas croire que ça sauve le film pour autant, quoiqu’en visionnant la fin alternative contenue sur le dvd, on se rend compte qu’elle a quand même évité le désastre d’une conclusion beaucoup plus politiquement correcte. Sur le dvd on trouve également une scène coupée qui ne détonnerait pas dans une expo d’art contemporain bien conceptuelle : Bill Pullman et Julia Ormond nus, qui s’enduisent de saindoux (je ne sais pas si ça en est mais ça y ressemble fortement en tout cas) pendant cinq bonnes minutes dans une pièce sombre, le tout dans le silence le plus total et filmé avec des presque ralentis très étranges. Tentative de lynchéisme qui aurait échoué ?

Il reste peu de choses donc du film. Il y a peut-être aussi ces deux flics du comté complètement tarés qui profitent de leur autorité pour assouvir leurs pulsions dominantes voire sadiques… Pour le reste, c’est quand même léger. Surtout quand on a attendu plus de quinze ans pour se remettre à faire des films. Et surtout, Dieu qu’on voit que l’ombre du père n’en finit pas de planer sur Jennifer Lynch ! Et ce n’est pas l’image faussement sale et décadrée qui arrive à faire illusion bien au contraire… La seule différence entre le père et la fille réside peut-être que si le premier n’explique rien, quitte à plonger le spectateur dans des abimes d’incompréhension, la seconde aime expliquer, beaucoup expliquer même. Et ça, ça ne passe définitivement pas.

Principe de précaution

In: Bouillon de culture - Sunday 29 March 2009 @ 20:30 - Comments (3)

Le risque zéro n’existe pas. Quoi que l’on fasse, ce foutu risque zéro n’existe pas. Ce qui ne l’empêche pas depuis quelques années d’être devenu une sorte de fantasme sécuritaire absolu, un fantasme propagé lentement mais sûrement dans la plupart des consciences comme le graal d’une vie plus saine et tranquille. Qui contamine jusqu’aux propos que l’on tient, où l’on s’auto-vérouille par peur de choquer, blesser où l’on anticipe un risque potentiel sans être même sûr qu’il existe. Le fameux principe de précaution. Celui que démonte Matthieu Jung dans son second roman.

Pascal Ebodoire, quadra de la région parisienne cadre dans une société de crédit est de ceux-là. Marié depuis près de vingt à la même femme qu’il n’a jamais trompé, père d’un fils adolescent et d’une fille à cheval entre l’école primaire et le collège, il est très attentif à tout ce qui pourrait mettre son existence en péril. Pascal fait attention à ce qu’il mange pour ne pas avoir de cholestérol. Il surveille ses propos à la cantine de l’entreprise qui l’emploie surtout sur les sujets fâcheux qui pourraient entrainer racisme, homophobie et opinions trop marquées. Il lit les revues de psychologies pour mieux communiquer avec sa femme et ses enfants. Il fait bien attention à tout, jusqu’à cesser de lire les livres de Michel Houellebecq qui ont une influence néfaste sur son moral.

Tout ceci se passe dans la France des années 2004 et 2005. Une France observée d’une froideur quasi-chirurgicale par Matthieu Jung, avec une précision et une acuité d’autant plus grandes qu’elles ne se parent ni de l’explication, ni de la réflexion. A travers les yeux de Pascal Ebodoire, c’est un concentré de cet espace sociétal qui est le notre qui se déploie. La force la plus démente de Principe de précaution, c’est que concrètement il n’y a pas d’intrigue à tiroirs, pas de rebondissements outranciers, enfin rien qui puisse classer ce roman dans celui des page-turner. Pourtant on ne le lâche pas. Même si on y étouffe, et qu’on n’en peut plus de ces multiples restrictions qui ceinturent le quotidien non seulement de Pascal, celles qu’il s’impose mais aussi de toutes celles qui contraignent ceux qui l’entourent.

Matthieu Jung a par ailleurs un talent très rare, il sait doter chaque personnage qui dialogue avec Pascal d’une voix propre et les donne à voir avec une extraordinaire crédibilité. Que ce soit le fils lycéen ou Lionel, le collègue misogyne et à tendance xénophobe, les parents croisés en réunion de parents d’élèves ou les simples quidams qui gravitent dans son univers proche. Ils nous sautent tous à la gueule et plus on avance dans l’histoire plus ils nous agressent, tous autant qu’ils sont. Matthieu Jung restitue cette lente et progressive spirale de l’étouffement des consignes de sécurité ; voir comment les articles que lit régulièrement Pascal à propos d’émeutes dans les cités ou d’adolescents qui ont tué leur famille sans raison apparente prennent l’allure d’un inquiétant running-gag…

Jusqu’au dénouement qui constitue l’ultime et le plus monstrueux principe de précaution, on lit le roman de Matthieu Jung dans un état d’hypnose et presque d’horreur. En le refermant, on n’a qu’une envie, appliquer plutôt ce principe énoncé par Jacques Brel il y a bien longtemps dans une vieille interview: “Il est urgent de ne pas être prudent“.

Principe de précaution, Matthieu Jung, Editions Stock, 2009, 409 pages

La Revue Littéraire n°38 : Les écrivains d’internet

In: Publications & Star-system - Thursday 26 March 2009 @ 18:28 - Comments (10)

Et voilà, plus de deux semaines qu’elle est disponible en librairie ou commandable en ligne, et j’avais omis de le signaler. Une chose, ne me demandez pas ce que ça veut dire “écrivains d’internet”, j’ai – pour le moment du moins – cessé d’intellectualiser sur le sujet. Pour aller au plus vite, vous trouverez là-bas des gens qui écrivent (d’une part) et qui se sont servis d’internet (d’autre part), parce que ça allait plus vite, parce que c’était plus pratique, parce que c’était l’immédiateté etc etc. N’allons pas forcément chercher plus loin que ça. On trouve dans cette revue une préface de Florent Georgesco à propos de “la littérature verte”, des extraits de romans à paraitre (dont un sur le monde de la photographie plus que dément et prometteur), des textes isolés (dont un sur l’art de la défonce même sans pognon) et puis un commentaire pour conclure à propos de la rétropublication.

Ah oui, et puis je suis un peu dedans quoi. :)

Un premier roman est-il toujours à la hauteur du second?

In: Bouillon de culture - Tuesday 24 March 2009 @ 18:44 - Comments (2)

En 2007, les Éditions Héloïse D’Ormesson ont eu le nez creux en publiant Torturez l’artiste ! de Joey Goebel, un roman-culte qui revisite la figure de l’artiste maudit et des affres de la création avec un regard acide, drôle et d’une fantastique pertinence sur l’industrie du spectacle à l’américaine.
Un texte hallucinant de maitrise romanesque, à la structure narrative imparable, plutôt rare pour un auteur âgé de tout juste 24 ans au moment de la sortie du livre. Suite logique, la sortie des autres romans de Joey Goebel aux Editions Héloïse D’Ormesson, et The Anomalies qui prend le relais.

Pour lire la suite de ma critique du roman The Anomalies de Joey Goebel, rendez-vous sur Discordance !

Jennifer Lynch ou l’ombre du père Part. 1 : Twin Peaks et Boxing Helena

In: Cinoche and dividi - Monday 23 March 2009 @ 19:32 - Comments (2)

« Ah bon David Lynch a une fille. Ah bon, elle est cinéaste elle aussi ». Aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a quelques temps encore, quand je parlais de Jennifer Lynch aux fans inconditionnels de Lynch père, ils étaient souvent interloqués d’apprendre que la progéniture du réalisateur qu’ils adulent d’une part, existe et d’autre part a aussi une œuvre artistique. Pourtant, Jennifer Lynch n’a cessé de travailler dans l’ombre de son père, quitte à s’effacer derrière lui et perdre toute identité artistique propre. En l’espace d’un roman et deux films, il est difficile de ne pas voir une carrière sans cesse parasitée par le père, laissant une impression de pâle imitation et d’un oedipe jamais résolu.

En 1990, la série TV Twin Peaks créée par David Lynch et Mark Frost triomphe partout dans le monde. « Qui a tué Laura Palmer ?» devient une obsession pour des milliers de téléspectateurs qui deviennent rapidement des fans absolus des habitants de cette petite ville tranquille coincée dans un décor automnal où Laura Palmer (Sheryl Lee) figée pour l’éternité dans son sourire de prom queen ou son sarcophage de plastique devient une icône de l’imaginaire collectif. Le succès de la série est tel que ses créateurs imaginent donc des produits dérivés pour satisfaire la boulimie des fans toujours avides de comprendre, connaître, analyser les personnages et les intrigues qui se nouent et dénouent sur l’écran. David Lynch confie la responsabilité d’un de ces fameux produits dérivés à sa fille Jennifer qui rédige à tout juste 22 ans un roman au titre équivoque Le journal secret de Laura Palmer. Elle rédige ce vrai-faux journal avec l’aide de Mark Frost l’autre créateur de la série qui est un témoin de l’évolution de Laura Palmer de l’âge de ses 12 ans jusqu’à la veille de sa mort qui détermine le point de départ de la série. Le journal secret de Laura Palmer connaît un énorme succès, plutôt bien écrit, dans un style à la fois naïf et poétique et qui offre un éclairage fascinant sur la série car passant en revue tour à tour tous les personnages qui gravitent autour de Laura Palmer. Où l’on découvre comment l’adolescente convenable devient cocainomane et adepte de partouzes à tendance SM, ainsi que ses tourments et démons intérieurs. Cependant, on note que quelle que soit l’édition du livre (originale, française ou autre), le nom de Jennifer Lynch n’est jamais visible sur la première ou quatrième de couverture, ni même sur la tranche. Il faut ouvrir le volume pour y trouver le nom de la fille Lynch. Volonté de renforcer la crédibilité du produit dérivé au détriment de son auteur ? Peu importe, Le journal de Laura Palmer qui est un réel succès de librairie – et dont Lynch père se servira beaucoup pour élaborer le scenario de Twin Peaks – Fire walk with me en 1992 – pousse Jennifer Lynch à se tourner vers la caméra et réaliser son premier film.

Jennifer Lynch à propos du Journal secret de Laura Palmer :

Une première réalisation peut souvent s’avérer bancale, mais peu atteignent le niveau de ratage qui caractérise Boxing Helena qui sort en salles en 1993 alors que Jennifer fête ses 25 ans. Aucun élément de ce film n’est à sauver, pas même le scenario si mal traité que son dénouement pourrait faire hurler à l’escroquerie cinématographique. D’ailleurs le parcours pour mener le projet à terme prend des allures de parcours du combattant. Jennifer Lynch veut Madonna pour jouer le rôle d’Helena qui refuse. Kim Basinger signe un contrat pour le rôle mais revient sur sa décision quatre semaines avant le début du tournage, poussant les studios de la MGM qui produit le film à un long procès pour non-respect du contrat où l’actrice perd des millions de dollars. Mais qu’est-ce qui effraie tant les comédiennes pressenties pour le rôle-titre de Boxing Helena ? Une histoire d’amour fou, passionné que Nick Cavanaugh (Julian Sands) chirurgien renommé, porte à Helena, femme fatale avec qui il a eu une aventure d’un soir mais ne peut oublier. Elle, hostile, moqueuse, sûre de son charme s’amuse à éconduire continuellement et avec méchanceté cet encombrant admirateur. Un jour, alors qu’elle se rend chez Nick pour mettre fin à ses assiduités, Helena est victime d’un accident de la circulation juste quand elle ressort de chez lui. Le chirurgien profitant de l’occasion l’installe à demeure et pour qu’elle ne lui échappe pas – sous couvert de lui éviter la mort par hémorragie et gangrène – l’ampute des deux jambes. Puis progressivement des deux bras pour la posséder et la contraindre à l’aimer. Un scenario qui a de quoi rebuter une comédienne ayant une conscience aigue de son intégrité physique. En désespoir de cause, Jennifer Lynch se tourne vers Sherilynn Fenn qui tenait le rôle d’Audrey Horne dans la série Twin Peaks. On n’est jamais aussi bien servi que quand on travaille en famille !

Pourquoi ce scenario fascinant qu’on croirait imaginé par Polanski, Cronenberg ou risquons-le Lynch père ne passe pas l’épreuve de l’écran ? Tout simplement parce que Jennifer Lynch veut trop bien faire. Bonne élève appliquée, elle croit que l’usage des métaphores lourdes, de la musique lourde et de laisser ses acteurs principaux jouer en roue libre va servir son film. Quelle erreur de débutante… Histoire de faire comprendre la maladresse et les attitudes pataudes de Nick, Jennifer glisse en abondance des flash-backs d’une mère castratrice, belle, froide dont il n’a jamais réussi à attirer l’attention. En somme, Helena est un substitut maternel malsain, juste au cas où on aurait pas compris. Pour montrer à quel point Helena est libre et libérée, Jennifer la fait même danser toute habillée dans une fontaine, et la filme au ralenti sur fond de musique violonneuse dégoulinante de mièvrerie, tandis que Nick l’observe les deux mains posées théâtralement sur la poitrine et le regard transi :

Quand Nick installe Helena fraîchement amputée de ses deux jambes chez lui, son visage transpirant d’angoisse se pose un long moment sur un oiseau qui tournoie enfermé dans une cage, le tout au ralenti. Quelle belle métaphore, là encore on aurait pas pigé tout seuls. Mais histoire d’être sûre que ses spectateurs ne perdent pas le fil, elle filme aussi plusieurs fois une reproduction de la Venus de Milo. Tout le monde a compris la symbolique ? Et à part ça, c’est tout. Le film est risible, ennuyeux, ampoulé, un pur nanar prétentieux auquel même les acteurs ne croient pas. Alors qu’elle devrait être au désespoir de sa nouvelle condition de femme tronc, Sherilynn Fenn hurle, vocifère sans aucune subtilité de jeu. A ses côtés Julian Sands compose un amoureux particulièrement empoté, on n’arrive jamais à déterminer si c’est un simple d’esprit – ce qui paraît peu crédible pour un chirurgien renommé – ou quelqu’un de particulièrement cinglé. Quant à la fin, je ne peux la dévoiler pour les courageux qui voudraient tenter le visionnage du film, mais elle est particulièrement crispante. Pour la sortie du film Jennifer devient Jennifer Chambers Lynch comme pour se démarquer de son père tout en ne reniant rien de sa filiation. Peine perdue, sur les affiches françaises par exemple, c’est le nom de Lynch qui apparaît en très gros. Le film récolte une critique désastreuse, et aucun succès public, Jennifer obtient même l’année suivante le Razzie Award de la pire réalisatrice…

[Suite: Jennifer Lynch ou l’ombre du père Part.2 : Surveillance]

Musical Mood

In: Défonce-moi le tympan - Sunday 22 March 2009 @ 18:06 - Comments (5)

Dès qu’il recommence à faire beau, je ressors cette madeleine fabuleuse qu’est Prefab Sprout. Je suis toujours étonnée d’avoir souvent l’impression d’être une des seules personnes de mon âge à connaitre ce groupe. Y a vraiment que ma maman qui écoutait ça quand j’étais môme?

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