Polichinelle

In: Bouillon de culture - Friday 30 October 2009 @ 23:16 - Comments (2)

L’an passé, les trois jeunes primo-romanciers (27 ans tous les trois) qui ont décroché la timbale en termes de succès critique (de là à dire que les ventes ont suivi c’est un autre sujet dont je n’ai pas vraiment connaissance) pour leur première rentrée littéraire (la plus chiante, celle de septembre), c’était Tristan Garcia, Jean-Baptiste Del Amo… Et donc Pierric Bailly. Les trois ont déclenché des enthousiasmes à peine croyables chez les critiques qui ont tous écrits au choix, “qu’ils n’avaient jamais rien lu de tel”, “que c’était formidable de vitalité”, “que c’était si rare ces auteurs qui évitent l’autofiction pour leur premier roman” etc etc. A ce tiercé, j’en ai déjà écrémé deux non sans énervement, avec cette sensation que je m’étais faite berner, tromper sur la marchandise. Est-ce que Pierric Bailly résiste à cet engouement un an après la sortie de son Polichinelle? Je voulais l’aimer ce livre, je voulais l’aimer parce que le sujet me parlait, parce que l’ambiance évoquée partout me tentait et ça m’a énervée de me trouver une fois encore face à un texte surestimé et complètement hermétique.

Les personnages de Polichinelle sont tous des ados qui s’emmerdent. Ni en ville, ni en banlieue mais au fin fond du Jura, ambiance Marly-Gomont de Kamini en plus trash. C’est l’été, un été brûlant qui suit la fin du bac pour les un(e)s et la super glande pour les autres, entre écoutes frénétiques de rap américain et virées au Shopi pour les bières et le nesquik du petit dèj. Et puis y a le lac pour se baigner, l’abribus pour s’assoir et pis les fêtes de village et pis les “barbares”, ces types du village voisin qui viennent faire chier la petite bande en les traitant de bouseux… Voilà pour le propos, reconstitué à partir des papiers déjà lus ça et là. Il n’est pas dit que j’y serai arrivé avec la seule lecture de Polichinelle, roman fermé sur lui-même où seul le style tient lieu de prouesse, un style craché comme un mauvais rap, aux dialogues souvent incompréhensibles, aux situations non-identifiables. Un roman hallucinant d’opacité. Ce qui a donc enchanté les critiques c’est “la langue, le style” certains se sont même risqués à dire “le flow” voilà il suffisait qu’on leur mette du roman-rap sous les yeux pour qu’ils aient l’impression de lire quelque chose d’exceptionnel. Comme le disait un commentateur déçu sur internet, les livres “exercice de style” font rarement les bons romans. Paradoxal en apparence. Mais en y réfléchissant bien, c’est souvent à cause d’eux que l’on subit les plus grandes souffrances de lecteur. L’histoire, l’intrigue, les personnages, les enjeux, les intentions, la substantifique moelle tout ceci semble s’effacer derrière le travail acharné sur la seule manière d’écrire.

Quand vous lisez ce roman, vous avez l’impression que l’auteur passe son temps à faire son malin. Lui il sait de quoi il parle. Et nous vachement moins. Au bout de trente pages à peine, Polichinelle tourne totalement à vide, on attrape quelques noms connus shopi, Missy Elliot, Dr Dre, Orangina, TTC (et une grosse partie des paroles de Girlfriend) et pourtant, ce livre ne signifie rien. Oui les jeunes dans les campagnes se font chier autant que dans les tés-ci et les banlieues pavillonaires et donc la tentation du fait divers tendance Bully des campagnes va finir par pointer son nez (dans les dernières pages, dimension choc à imprimer je suppose), mais jamais Polichinelle ne fouille le bide, entraine, secoue. D’aucuns diront que ce livre n’est pas fait pour être lu mais “entendu” et cet extrait lu par son auteur pour Libé va dans ce sens. Mais la chose écrite, ce n’est pas la chose orale, l’oralité à l’écrit c’est l’enfer à restituer, très peu en sont capables et là… ça ne marche pas du tout. Ah si seulement les critiques avaient pu faire le même pont d’or au Tourville d’Alex D. Jestaire tout juste un an auparavant… En voilà un putain de bouquin qui a du flow, qui transcende la légende de la ville paumée et morte où il va se passer des trucs dingues, des jeunes en apparence sans repères mais qui bouffe de la contre-culture à tous les repas, un roman-monstre génial et revigorant. Et dont l’apparente oralité témoignait d’un sens très aigu de l’écriture. Mais bon Tourville, ça faisait 700 pages et c’était publié au Diable Vauvert, pas chez P.O.L…

Polichinelle, Pierric Bailly, Editions P.O.L, 2009, 234 pages

Mojo

In: What's up today Dahlia? - Tuesday 27 October 2009 @ 23:01 - Comments (0)

Ca fait plusieurs jours que j’ai un milliard de trucs à écrire sur MWOTH, sérieux, mais qu’est-ce que je manque de temps. Et le meilleur c’est que c’est pour la bonne cause. Disons que lorsqu’on écrit, le travail est une chose, l’inspiration en est une autre mais trop souvent ces deux-là sont vraiment d’une incompatibilité totale. Quand je dis travail, je ne parle pas de celui qui me fait survivre, quoique les idées moulinent à plein régime quand on est train de récurer les baignoires ou repasser des chemisiers. Je parle du fait de s’assoir à son bureau (ou sur son lit, ou dans son café préféré etc) face à son bloc de feuilles doubles à petits carreaux (je n’écris bien qu’avec ça) et d’être capable de sortir à peine une demie-page à la journée. Et que contre toute attente, ce blocage ait l’air de s’intensifier au fil des jours. Pourtant le texte travaille en interne, on dort avec, on bouffe avec, on va au sport avec, on cuisine avec, on baise avec (ça non, quand même un peu de tenue :D). C’est ce qui s’est passé quelques semaines. Le manuscrit était non seulement plus fuyant, mais cette sensation de douter de la qualité de la moindre ligne qu’on est en train d’écrire, même quand on vous a seriné que-c’est-le-métier-qui-rentre-que-c’est-bon-signe, c’était franchement le plus désagréable, le plus désagréablement obsédant. Parce qu’on le sait pourquoi on fait un boulot qu’on qualifie de petit dans tous les sens du terme, c’est justement éviter qu’il empiète sur le territoire de l’autre boulot, celui qui rend moins difficile le fait de se lever le matin. Et ça aurait pu durer comme ça un certain temps encore à voir l’empressement que je mettais à reprendre mes stylos. Jusqu’à ce samedi matin. Je faisais trainer un autre projet depuis le mois de juillet, un appel à textes de La Musardine par manque d’inspiration, manque d’envie, trouille aussi. La nouvelle érotique, j’ai assez répété que c’était le genre le plus difficile de la terre pour pas avoir la mega trouille de m’y essayer pour de vrai aussi. Et puis aucun des sujets imposés ne me parlait assez pour en tirer dix pages construites. Il y a bien ce thème en particulier qui… Quelques idées venaient mais… Enfin bref rien de concluant et j’avais presque mis un gros coup de sparadrap sur la question. Et donc samedi matin, le magma imprécis prend forme. J’ouvre Word. En une heure trois pages sont noircies en Times New Roman. Je les fais lire à M. (qui ne veut plus que je l’appelle chéri en ces lieux, ah merde, désolée, c’était la dernière fois!) qui les trouve très bonnes. Et pas parce que c’est lui, mais parce que pour la première fois je dis “je” dans un texte de fiction. Et ce “je” est un garçon. Un homme même. J’avais la conviction que libérer la fiction en disant “je” serait à ce prix, et le sentiment de liberté est grisant. Le soir même, le manuscrit reprenait tout seul, comme doté d’une vie propre. Le cahier à spirales annexe se couvre à nouveau de prises de notes, bribes de dialogues, construction du plan. Et je noircis à nouveau mes copies doubles à petits carreaux.

Depuis quelques semaines, j’ai lu un monceau de livres (et des bons en plus, ça me change), (re)découvert plusieurs groupes, même été au cinéma toutes les semaines. J’ai l’énergie et l’envie d’écrire tout un tas de choses à leurs sujets. Mais… Je crois que ça attendra malgré tout. Un peu en tout cas. *avec un grand sourire*

Putain de sacrilège

In: Défonce-moi le tympan - Friday 23 October 2009 @ 19:28 - Comments (1)

Relax de Frankie Goes To Hollywood. Clip outrancier, décadent, pédés cuir, orgie romaine, balbutiments du sida, irremplaçable, indémodable. Un morceau qui donne la fièvre au corps dès les premières mesures, qu’il n’est nul besoin de toucher tant il est puissant à l’état brut.

2009. Sortie du best of FGTH en novembre. Pour l’occase, nouveau clip, nouveau remix. Avec le chanteur en guest…

Monde de merde.

Il valait encore mieux en rester à Powerman 5000

Corps complexes

In: Bouillon de culture - Saturday 17 October 2009 @ 18:31 - Comments (1)

Marc Montval vit à Paris et a publié de nombreux livres… Sous un autre nom!” Voici la notice biographique qui orne la quatrième de couv’ de Corps complexes de Marc Montval. Une façon comme une autre d’attirer l’attention sur un livre qui n’en mérite pas tant, son seul intérêt résidant justement dans l’éventuelle recherche de l’auteur “connu” qui décide de prendre un pseudo pour raconter ses turpitudes sexuelles…

Encore que turpitudes soit un mot bien trop gaudriole pour qualifier les chroniques réunies ici. Souvenirs érotiques? Tu parles! Ces Corps complexes sont surtout la preuve éclatante que quiconque a une vie sexuelle dite déviante s’imagine que prendre la plume pour la raconter, cela va forcément donner un livre disons… intéressant. Qu’avons-nous donc ici? De l’échangisme, de l’infidélité, un peu de sm, du ménage à trois mais uniquement la combinaison fille-fille-garçon. Pour donner à tout cela un accent historique, voire sociologique, Marc Montval insiste sur le fait que tout cela se déroule dans la décade 1968-1978, mais pour dire quoi au juste? La libération sexuelle, le fait qu’à l’époque les secrétaires étaient en minijupe et c’était émoustillant de les voir taper à la machine les cuisses découvertes? Mais tout cela, bien d’autres l’ont fait avant lui et avec mille fois plus de conviction, de gourmandise, d’ironie, de plaisir tout simplement! Dans Corps complexes, aucun cliché propre à ce type de confessions ne nous est épargné. Les femmes sont forcément habitées de cet incroyable paradoxe de respirer l’innocence tout en étant de sacrées salopes, elles ont toutes une bonne propension à la soumission masochiste, des corps pleins et déliés, des seins lourds, la peau dorée ou si blanche qu’elle semble briller sous la lumière.

Il n’y aucun ton propre, aucun fil conducteur, aucun semblant d’émotion, aucun détail qui humanise un tant soit peu les figures féminines qui non contentes d’être exposées sous la plume de Marc Montval, le sont aussi par des photos de sa collection personnelle. Des photos d’amateur sans grâce ni imagination (unetelle à quatre pattes courbée contre un lit, unetelle à poil en train de tourner les boutons d’une radio), qui plus est reproduites dans une qualité d’impression déplorable qui les font ressembler à des publications de petites annonces de sites échangistes, la couleur en moins. On veut nous faire croire que l’auteur réussit à faire preuve d’impudeur sans l’exhibition (en gros, pas de vulgarité ici, rien que beauté et respect). Ce qui m’amène à m’adresser à cet auteur connu, choisissant ici de parler sous pseudo. Soyez assuré que ce vous livrez, le comité de lecture de La Musardine vous l’aurait sans doute déjà renvoyé avec une belle lettre-type. Puisque vous avez choisi l’angle érotique. Vous auriez cherché à le faire publier ailleurs sous ce nom, il n’est même pas dit qu’on aurait concédé la lettre-type. Vous me trouvez dure? Comprenez-moi, j’ai horreur qu’on m’escroque, surtout quand il s’agit d’érotisme dans la littérature, même s’il s’agit d’autobiographie. C’est le genre le plus difficile à renouveller, le plus difficile à manier, le plus exigeant qui soit, où le lecteur ne pardonne pas grand-chose. S’il veut de la pure pornographie, il lira la collection media-mille ou Esparbec. Là j’ai lu une petit collection de souvenirs roses d’un auteur vieillissant, qui écrit de façon datée (même pas surrannée, cela au moins, ça a du charme, du cachet même) tout en restant dans l’instantané grossier des photos qui accompagnent les portraits de femmes que vous dressez. Je ne sais pas ce que vous écrivez habituellement, mais de grâce, laissez l’érotisme de côté. “Je m’enfonçais dans le ventre de cette femme parfaitement réveillée à son tour, en quête, non pas d’un égoïste plaisir, de la jouissance d’un instant, mais des portes donnant accès aux cercles successifs de la connaissance.” Le style des exergue de vos chapitres dont vous êtes également l’auteur aurait dû me mettre sur la voie…

Corps complexes, Marc Montval, Editions Jean-Paul Bayol, 2009, 133 pages

Philip-Lorca DiCorcia: la photographie est une oeuvre de fiction

In: Arts Grafiques & Vidéos - Wednesday 14 October 2009 @ 23:54 - Comments (1)

A force d’amasser d’énormes quantités de livres chez moi, je finis par en oublier certains sur mes étagères, que je tente de tout empiler et faire tenir tant bien que mal. Alors qu’à côté un estimé collègue parle si bien de la notion “d’images d’images” dans la photographie à travers son premier roman, je me demandais comment appréhender les photos de Philip-Lorca DiCorcia dont j’ai retrouvé un opuscule dans le bordel de mes monographies. J’essaie de me souvenir de ce qui m’avait séduite à l’époque où j’ai acheté ce tout petit ouvrage (le prix sur Amazon est ahurissant, à l’époque, j’ai payé ça dix euros). Il me semble que j’étais en plein dans ma période Edward Hopper, dont la grande picturalité formelle, parfois rigide et toujours mélancolique (un artiste de la Haute Solitude) ont amenés des universitaires a établir de nombreuses correspondances entre ses peintures et le cinéma de David Lynch… Ce à quoi je serai tentée de dire, le cinéma tout court tant il est vrai que chacune des images d’Hopper raconte une histoire, en dépit d’un aspect parfois figé.

Philip-Lorca DiCorcia se sert de la photographie de la même manière: la haute picturalité pour raconter une histoire en une seule image.

Même quand il utilise le simple angle du polaroïd en vue d’une exposition, il a le souci de composer une image qui réunit ce paradoxe d’être fabriquée, artificielle (potentiellement haïssable donc, surtout qu’il est photographe dans la mode et la pub à la base :D) dont la grande beauté plastique n’éclipse ni la sensibilité, encore moins la sensorialité.

Pour la suite du plaisir des yeux, c’est ici

L’Etincelle ne brille plus

In: Life is a bitch - Monday 12 October 2009 @ 23:15 - Comments (2)

C’était une institution de la rue Bayard. Une institution toulousaine tout court. Le vrai bar-brasserie qu’on jurerait figé dans les années 70 avec ses boxes à moleskine rouge, ses murs jaune limite pisseux, son comptoir énorme, ses serveuses gueules cassées, ses boss hauts en couleur. Un endroit que Bertrand Blier aurait utilisé comme décor pour ses films époque Depardieu/Dewaere sans problèmes. C’était l’endroit où on mangeait 24/24, 7/7 de la vraie bouffe de brasserie: oeufs mayo, saucisses frites, tartes aux pommes, bon gros steacks, même à 5h du mat’. On pouvait être assis à côté de fêtards ou de clochards qui avaient amassé assez de pièces pour boire un coup et se restaurer. Il y avait un portier qui surveillait et on devait malgré tout montrer patte blanche. Les bagarres de la rue Bayard devait rester sur le trottoir, pas à l’intérieur. L’Etincelle c’était à peu près ça. La dernière fois que j’y ai mangé, c’était fin mai avec un ami de passage à Toulouse. Il était presque une heure, c’est à dire très tôt pour ce lieu, pourtant la salle était terne et quasiment éteinte quand on est entrés et qu’on a demandé si on pouvait encore nous servir quelque chose.

On pouvait, mais vite, car les nouvelles mesures de la préfecture obligeait à fermer à 2h et ce tous les jours de la semaine désormais. La serveuse semblait résignée en dépit de sa jovialité. Tout comme les autres clients qui taillaient le bout de gras accoudés au zinc. Le glas a désormais bien sonné sur l’Etincelle. Hier soir, j’achetais du pain à cette fameuse boulangerie qui pratique le 24/24, 7/7 elle aussi. Et puis en remontant vers la gare, je ne vois pas les néons de l’Etincelle. Enfin ils sont toujours là mais désespérement éteints. En m’approchant des vitres, je me rend compte que les boxes de moleskine ont déjà été enlevés. Des cagettes trainent partout. Le lieu est désert, entre l’abandon et le changement radical qui se profile lentement mais sûrement.

Je ne sais pas encore ce qui s’est passé, ce qu’il va advenir du lieu, si tout cela participe à une tentative de “réhabilitation” de la rue Bayard, réputée chaude, voire carrément coupe-gorge. De l’extérieur, ça parait sans doute exagéré de se sentir affecté par la fermeture d’un lieu comme celui-ci. La dernière fois que le quartier a vécu cela, c’est quand on a détruit le bar-concerts Les trois petits cochons pour y construire des immeubles de bureaux et des appartements. A l’époque, j’étais ado, mais la façon dont mes parents avaient pris position contre cette fermeture m’avait bigrement impressionnée. Aujourd’hui, ça me fait aussi quelque de voir disparaître un endroit qui réunissait tant de personnes disparates et différentes comme un petit ilot de vie qui ne s’arrête jamais. Attendons la suite…

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