Threesome (deux garçons, une fille, trois possibilités)

In: Cinoche and dividi - Saturday 28 November 2009 @ 17:54 - Comments (4)

Il est comme ça des films qui marquent la jeunesse, au point qu’on redoute de les revoir. C’est vrai, ce qu’on a kiffé quand on était môme ou adolescent, est-ce que ça marche toujours passé un certain âge? Je me souviens d’un souvenir terrifié d’une Dernière séance avec Soleil vert et avoir été super dépitée dix ans plus tard en découvrant un film vieilli, daté, risible parfois, en décalage total avec les images que j’en avais gardé dans mon petit coeur d’enfant. Pour un peu, on leur en voudrait, n’est-ce-pas?

Le teen-movie, même si le terme de student-movie serait plus approprié, qui a sans doute le plus marqué ma vie de jeune adulte est le Threesome (horriblement traduit Deux garçons, une fille, trois possibilités en français) d’Andrew Fleming, sorti en 1994 et qui a miraculeusement gardé toute sa fraicheur depuis. Eddy Howe débarque avec armes et bagages sur le campus d’une grande université pour commencer ses études. Il partage sa chambre avec Stuart, son opposé complet: l’un est bosseur, l’autre jouisseur, l’un fait les devoirs de l’autre, tandis que cet autre lui apprend à boire. Eddy est discret et se cherche, Stuart baise à tout va et tente de montrer à son coturne la vraie vie d’un étudiant (rien branler ou presque). Ca marche un temps, précisément jusqu’à ce qu’Alex débarque dans la chambre vacante de leur petit appart de résidence universitaire. Sauf qu’Alex est une fille au caractère bien trempé, qu’elle commence à en pincer pour Eddy, qui lui-même se demande s’il est plus attiré par Stuart que par Alex, Stuart voulant à tout prix se faire Alex qui n’en a rien à cirer… Commence une amitié explosive mêlée d’ambiguité, parfois cruelle mais toujours sincère entre les trois.

Ce film est sorti depuis plus de quinze ans. Pourtant en le revoyant, je réalise qu’Andrew Fleming avait toutes les cartes en main pour devenir un grand du teen-movie, ce que The Craft avait laissé entrevoir deux ans plus tard (mais on en reparlera). Il y a dans Threesome tout le piquant, le sexy, le degré d’identification, l’humour qui navigue entre la blague débile et l’acide, la BO bien cool qu’on attend de ce type de film. Andrew part de stéréotypes avoués (le studieux à tendance pédé, le queutard tendance crétin, la future comédienne accro aux histoires compliquées) et en fait des personnages à part entière, ceux qui sont attachants et crédibles parce qu’ils reflètent tous à un moment un pote qu’on a connu, une fille avec qui on est sorti ou ce qu’on a pu être (les trois propositions pas forcément au passé d’ailleurs).

Ce qui fait le sel de Threesome, c’est de montrer que ce qui fait qu’on se souvient de sa vie étudiante, ce ne sont pas les cours, les devoirs, les profs mais bien tout ce qui se met en place autour: les gens qu’on côtoie, les fêtes, les expériences, les longues discussions où on descend des bières, s’empiffre de pizzas et fume des monceaux de clopes (car dans ce film, on fume, on boit, on baise, on bouffe!). C’est aussi cette période où l’amitié peut atteindre un degré d’exclusivité pire encore qu’au lycée, car elle se teinte d’une séduction sexuelle bien plus affirmée. “If Alex and Stuart were genetically merged into one person, he or she would’ve been the love of my life.” Quand Alex ramène un amant potentiel dans sa chambre, Stuart et Eddy se sentent trahis et transforment le tout en jeu en pourrissant son rendez-vous: ça commence en blagues au téléphone “On va se commander une pizza, vous en voulez? – VA AU DIABLE!” et se termine en bataille de crème à raser dans les couloirs. Le jeu est cruel car chacun rêve de baiser l’autre à un moment ou un autre et jouer avec le feu n’a qu’un temps. Dans Threesome, la fameuse scène, LA scène où tous trois vont finir par se retrouver dans le même lit est filmée sans grands effets, une musique tranquille et discrète, aucune parole échangée, pas de cris énormes, une forme de simplicité dépouillée de vision fun, mais O combien émoustillante et émouvante. La scène de sexe qui se passe avec tant de naturel qu’on rêve tous de la vivre telle quelle un jour.

Le triangle amoureux d’Alex, Eddy et Stuart se consume et Andrew Fleming montre que dans Threesome, l’âge de la fac est aussi celui où les gens qui comptent plus que tout dans cette période peuvent nous échapper complètement quand la parenthèse se ferme et parfois ne plus du tout nous manquer. “I wonder how some people could be such a necessary part of one’s life one day and simply vanish the next. Isn’t it supposed to last?” se demande Eddy alors qu’il brise le nain de jardin volé lors d’une escapade du trio à la montagne, vestige d’une amitié brutalement interrompue. Un thème qui est repris presque à l’identique par Chuck Klosterman dans une des chroniques de Sexe, drogues et pop-corn, en prenant l’exemple du “paradoxe de Tori” dans la série Sauvés par le gong: le personnage de Tori devient la meilleure copine de la bande de Zack Morris (qui sont à la fac dans la saison concernée), dans le même temps Jessie et Kelly disparaissent (les deux actrices avaient des engagements extérieurs qui les empêchaient de tourner) et la bande ne se demande même pas où elles sont passées. Par contre, à la remise des diplomes Tori disparait, personne ne s’en inquiète, Jessie et Kelly réapparaissent et tout le monde semble trouver cela très normal.

En tout cas, Threesome fonctionne toujours à plein tube aujourd’hui, compte à l’aise son lot de répliques-culte, se bonnifie presque avec le temps. Pour les courageux qui auraient envie de mater le film en entier (ou les flemmards qui n’ont pas envie d’acheter le dvd), le film est visionnable en intégralité sur cette playlist en VO non sous-titrée sur YouTeub. Ceci dit, le son est un peu dégueu, à vos risques et périls (et il faut s’incrire, les scènes légèrement dénudées ont été signalées comme interdites aux mineurs :D):

Une histoire intime du rock

In: Bouillon de culture - Wednesday 25 November 2009 @ 17:07 - Comments (0)

C’est un véritable parcours du combattant que Patrick Bénard a vécu avec ses Chroniques frénétiques. Un livre qui avait tout pour devenir sinon culte, du moins estimé, reconnu et qui a bien failli tomber aux oubliettes de la littérature rock, entassé avec tous les bouquins de commande sur le sujet que Scali a produit à la pelle il fut une époque.
Lauréat du concours de manuscrits Technikart qui vit son texte devenir un supplément du hors série d’été du magazine, Patrick Bénard n’en retira pourtant quasiment aucun avantage. Deux ans plus tard, il a tout misé sur l’auto-édition – et surtout pas le compte d’auteur ! – et décidé de réhabiliter son texte où se côtoient plus de trente ans de musique rock, pop, électro et new wave, car être fan n’empêche en rien la qualité littéraire et la force d’évocation du matériau dont il est le plus difficile de parler : la musique.

Pourquoi avoir attendu trois ans pour redonner vie à tes Chroniques frénétiques et surtout pourquoi ce choix de l’auto-édition plutôt que d’aller démarcher des éditeurs ?

C’est une longue histoire. À l’origine le manuscrit qui date de fin 2004 était destiné aux Éditions Nykta qui avaient sorti mon précédent bouquin Les Iles du Désert et qui est un polar. Comme tout ce qui concerne la petite édition, l’argent est capital, si je puis dire, et l’éditrice me conseilla de tenter ma chance ailleurs. En consultant le site du Salon du Livre de Paris 2006, je vois que la revue Technikart organise un concours de manuscrits, prometteur sur le papier. Je connaissais de réputation et j’avais parcouru quelques numéros de la revue en me disant que le côté rock and roll pourrait avoir son rôle à jouer. Il restait à peine une semaine avant la clôture des inscriptions. Alors, je l’ai envoyé… et le responsable des pages littéraires m’appelle un après-midi en me disant que les Chroniques… avait séduit tout le monde à la rédaction et notamment le premier lecteur : le big chief music de la rédac. [...]

Pour lire la suite de mon interview de Patrick Bénard, rendez-vous sur Discordance !

Abberline – Lone ranger

In: Arts Grafiques & Vidéos, Défonce-moi le tympan - Tuesday 24 November 2009 @ 21:49 - Comments (0)

Des nouvelles d’Abberline! A l’époque où j’écrivais ce qui leur sert maintenant de communication presse et concert pour décrire le groupe et sa musique, je parlais de Phantom of the Paradise et d’icônes décadentes. Rien n’est plus justifié quand on découvre le clip réalisé pour la chanson Lone ranger. Je mettrai juste un bémol sur l’utilisation de la couleur pour les scènes de poursuite dans les bois… L’effet dramatique s’en trouve curieusement amoindri.

Abberline’s Lone Ranger from Romain Ficat on Vimeo.

(Et une photo de presse réalisée par Dounia Chemsseddoha)

[Autour de Adore] A deux doigts du Prix Sade 2009

In: Publications & Star-system - Monday 23 November 2009 @ 21:17 - Comments (9)

Voici la sélection finale du Prix Sade 2009

ADORE de Dahlia, Editions Léo Scheer

L’HYPER JUSTINE, Simon Liberati, Editions Flammarion

ELOGE DES FETICHISTES, Pierre Bourgeade, Tristram

CADENCE, Stéphane Velut, Christian Bourgois Editeur

LA MONDAINE, Véronique Willemin, Hoëbeke Editions

Nous savons (j’espère ne pas trahir le secret des délibérations) que Adore de Dahlia, publié dans la Collection M@nuscrits aux E.L.S., a séduit le jury, tout particulièrement Catherine Robbe-Grillet, ce qui représente un bel encouragement pour l’auteur de ce premier roman.

Finalement, le Prix Sade 2009 a été attribué à Stéphane Velut pour son roman Cadence, Editions Bourgois, à l’unanimité du jury.

Le Prix 2009 est une création de Christophe Brunnquell.

Un prix spécial du jury a été attribué à Pierre Bourgeade pour son ouvrage posthume :Eloge des fétichistes, Tristram et en hommage au membre fondateur et fidèle juré du Prix Sade, décédé le 12 mars 2009.

Le Prix Sade 2010 connaîtra, pour ses 10 ans, un jury renouvelé : Lionel Aracil, Catherine Corringer, Eric Dahan, Marie L, Catherine Millet, Ruwen Ogien, Emmanuel Pierrat, Catherine Robbe-Grillet, Jean Streff et Laurence Viallet.

Songeant cette même année à l’inauguration de la plaque commémorative, au 9 rue de Condé, l’hôtel particulier où est né Donatien-Alphonse-François de Sade le 2 juin 1740.”(Léo Scheer)

J’ai appris la chose un peu au dernier moment. Je n’y croyais pas beaucoup, même si ça fait quelque chose d’espérer juste un peu. J’étais déjà ravie d’être dans la dernière sélection, je suis surtout très émue d’apprendre que c’est Catherine Robbe-Grillet qui m’a le plus ardemment défendu. Même si je n’ai aucunement l’impression d’avoir dépassé les bornes de la morale et de la bienséance avec ce roman (si, si!), je suis vachement contente d’avoir été dans la sélection d’un prix tel que celui-ci pour mon premier roman.

Café Flesh

In: Cinoche and dividi - Sunday 22 November 2009 @ 12:01 - Comments (6)

C’est parfois difficile de se souvenir qu’il fut une époque où le porno avait certaines prétentions artistiques, se tournait en 35mm, était diffusé sur grand écran, était pour la plupart, considéré comme du cinéma de genre. J’ai parfois tendance à l’oublier, je suis née l’année où il a commencé à anticiper sa chute avec terreur en subissant l’arrivée de la vidéo (si bien racontée dans Boogie nights). Aussi c’est peu dire que la vision de Café Flesh est un choc qui ébranle le spectateur habitué au porno-post-seventies.

D’abord le scenario. Après l’apocalypse nucléaire, l’humanité se divise en deux: 99% de population sont des Négatifs, atteint d’une forme de dégénérescence de la libido. Ceux qui tentent de faire l’amour sont pris de malaises et de vomissements incontrôlables. Ils sont réduits à vivre leur sexualité par procuration en se délectant du spectacle des Positifs, le 1% de la population qui peut encore faire l’amour et dont le devoir est de se produire sur la scène de théâtres érotiques dont le mythique Café Flesh tenu par “Maman” une noire sculputurale et dont les tableaux vivants sont présentés par Max Melodramatic, un monsieur loyal qui aime se moquer des Négatifs. Chaque soir les habitués reviennent au Café Flesh notamment Lanna et Nick, un couple plus que jamais torturé par ses désirs.

Café Flesh ne correspond en rien au film porno dit “masturbatoire” dont le scénario prétexte ne servirait qu’à filmer de vigoureuses scènes de sexe les unes à la suite des autres. L’ambiance est lourde, poisseuse, presque anti-érotique par moments, opposant des Négatifs aux visages ternes, presque gris aux Positifs dont les joues roses et les corps rougissants baisent avec un plaisir qui n’est pas exempt d’une certaine mollesse. Le réalisateur Stephen Sayadian construit Café Flesh comme un étouffant huis-clos, à l’univers visuel marqué par une esthétique New Wave – les looks et maquillages des Négatifs, le second tableau avec son arrière-plan fait de derricks et marteaux géants frappant inlassablement alors qu’une secrétaire nue tape à la machine le regard vide – disco – les coiffures, rouge à lèvres et costumes des Positifs – et même expressioniste quand on observe l’outrance du personnage de Max Melodramatic et même le premier tableau où une mère de famille se fait trousser par le livreur de lait, un homme mi-souris mi-cheval. A l’image de la BO aux musiques hybrides et étranges.

Les scènes de sexe sont fort peu nombreuses, d’ailleurs elles n’interviennent que lors des “tableaux” et sont bien différentes du porno actuel tel qu’on le connait: pas de “gros plans gynécologiques” durant les pénétrations, beaucoup de 69 et de filles léchées, pas de sodomie… Ces scènes sont si courtes par rapport à ce qu’on connait ou même ce qu’on attend d’un porno “lambda” qu’elles font de Café Flesh un film de genre underground aux scènes de sexe certes explicites mais totalement éloignées des images à branlette. Quand Lanna emportée par son désir face au Positif Johnny Rico décide de le rejoindre sur scène – et se révèlera Positive – Stephen Sayadian filme le tout en forme de séquence onirique proche de la lenteur des films de zombies, notamment dans les attitudes des Négatifs qui l’entourent:

On comprend qu’à l’époque le film ait été un bide en salles: pas assez porno pour les amateurs du genre et trop ghettoïsé pour les amateurs de cinéma traditionnel… Pourtant Café Flesh, que ce soit par sa bande-son, son esthétique, pour ne pas dire sa plastique, ses intentions artistiques évidentes et totalement abouties est un film tout court. Cela fera sans doute hurler pas mal des “travailleurs du sexe” actuels et qui bossent dedans qui aiment à répéter qu’ils font du cinéma, du cinéma de genre certes, mais du cinéma avant tout. La plupart auraient grand intérêt à revisionner ce film pour se rendre de ce qu’on peut faire des moyens conséquents, même un Dorcel qui peut claquer des sommes ahurissantes dans ses films sans jamais les faire réellement décoller d’un point de vue cinématographique. Si on pousse, on pourrait presque voir une parabole étrange et inversée à propos du sida quand on voit la date de sortie de Café Flesh, 1982… N’ayant pas vu la suite qui fut réalisée quinze ans plus tard, je me garderai de porter un avis dessus, mais tout laisse à penser qu’on en a fait un porno beaucoup plus conforme aux canons que nous connaissons maintenant.

A la croisée des chemins

In: Bouillon de culture - Wednesday 18 November 2009 @ 16:31 - Comments (0)

L’ex-député-maire François Heurtevent est en pleine dépression. Voici quelques semaines qu’il a perdu la mairie de Perisac aux élections alors qu’il en était député-maire depuis des dizaines d’années. Ni sa femme qui est Chef dans un restaurant étoilé, ni sa fille adolescente, ni le reste de ce qui l’entoure ne lui redonne le sourire.
D’autant qu’il a l’impression que cette victoire ne lui a pas échappé, elle lui a été volée par son concurrent, sans qu’il puisse expliquer pourquoi. Décidant de mettre un peu d’ordre dans ses cartons, il retrouve une photo de lycée et se demande ce que sont devenus tous ses camarades de classe au fil des années… Cette quête qui va le ramener un temps à Paris dans l’appartement d’André Dercours (son mentor en politique et père putatif), ouvrir un placard secret, le pousser à se faire aider par Armand-du-renseignement (un copain qui travaille dans les services secrets) sera un accélérateur de découvertes sur son passé. Ses anciens copains, les éléments de la vie de Dercours et les révélations autour d’un possible complot qui lui aurait perdre Perisac, c’est tout ce qui attend François Heurtevent quand il file avec cette simple photo dans la poche…

Pour la suite de ma critique de Carrefour des nostalgies d’Antoine Laurain, rendez-vous sur Discordance!

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