Threesome (deux garçons, une fille, trois possibilités)
Il est comme ça des films qui marquent la jeunesse, au point qu’on redoute de les revoir. C’est vrai, ce qu’on a kiffé quand on était môme ou adolescent, est-ce que ça marche toujours passé un certain âge? Je me souviens d’un souvenir terrifié d’une Dernière séance avec Soleil vert et avoir été super dépitée dix ans plus tard en découvrant un film vieilli, daté, risible parfois, en décalage total avec les images que j’en avais gardé dans mon petit coeur d’enfant. Pour un peu, on leur en voudrait, n’est-ce-pas?
Le teen-movie, même si le terme de student-movie serait plus approprié, qui a sans doute le plus marqué ma vie de jeune adulte est le Threesome (horriblement traduit Deux garçons, une fille, trois possibilités en français) d’Andrew Fleming, sorti en 1994 et qui a miraculeusement gardé toute sa fraicheur depuis. Eddy Howe débarque avec armes et bagages sur le campus d’une grande université pour commencer ses études. Il partage sa chambre avec Stuart, son opposé complet: l’un est bosseur, l’autre jouisseur, l’un fait les devoirs de l’autre, tandis que cet autre lui apprend à boire. Eddy est discret et se cherche, Stuart baise à tout va et tente de montrer à son coturne la vraie vie d’un étudiant (rien branler ou presque). Ca marche un temps, précisément jusqu’à ce qu’Alex débarque dans la chambre vacante de leur petit appart de résidence universitaire. Sauf qu’Alex est une fille au caractère bien trempé, qu’elle commence à en pincer pour Eddy, qui lui-même se demande s’il est plus attiré par Stuart que par Alex, Stuart voulant à tout prix se faire Alex qui n’en a rien à cirer… Commence une amitié explosive mêlée d’ambiguité, parfois cruelle mais toujours sincère entre les trois.
Ce film est sorti depuis plus de quinze ans. Pourtant en le revoyant, je réalise qu’Andrew Fleming avait toutes les cartes en main pour devenir un grand du teen-movie, ce que The Craft avait laissé entrevoir deux ans plus tard (mais on en reparlera). Il y a dans Threesome tout le piquant, le sexy, le degré d’identification, l’humour qui navigue entre la blague débile et l’acide, la BO bien cool qu’on attend de ce type de film. Andrew part de stéréotypes avoués (le studieux à tendance pédé, le queutard tendance crétin, la future comédienne accro aux histoires compliquées) et en fait des personnages à part entière, ceux qui sont attachants et crédibles parce qu’ils reflètent tous à un moment un pote qu’on a connu, une fille avec qui on est sorti ou ce qu’on a pu être (les trois propositions pas forcément au passé d’ailleurs).
Ce qui fait le sel de Threesome, c’est de montrer que ce qui fait qu’on se souvient de sa vie étudiante, ce ne sont pas les cours, les devoirs, les profs mais bien tout ce qui se met en place autour: les gens qu’on côtoie, les fêtes, les expériences, les longues discussions où on descend des bières, s’empiffre de pizzas et fume des monceaux de clopes (car dans ce film, on fume, on boit, on baise, on bouffe!). C’est aussi cette période où l’amitié peut atteindre un degré d’exclusivité pire encore qu’au lycée, car elle se teinte d’une séduction sexuelle bien plus affirmée. “If Alex and Stuart were genetically merged into one person, he or she would’ve been the love of my life.” Quand Alex ramène un amant potentiel dans sa chambre, Stuart et Eddy se sentent trahis et transforment le tout en jeu en pourrissant son rendez-vous: ça commence en blagues au téléphone “On va se commander une pizza, vous en voulez? – VA AU DIABLE!” et se termine en bataille de crème à raser dans les couloirs. Le jeu est cruel car chacun rêve de baiser l’autre à un moment ou un autre et jouer avec le feu n’a qu’un temps. Dans Threesome, la fameuse scène, LA scène où tous trois vont finir par se retrouver dans le même lit est filmée sans grands effets, une musique tranquille et discrète, aucune parole échangée, pas de cris énormes, une forme de simplicité dépouillée de vision fun, mais O combien émoustillante et émouvante. La scène de sexe qui se passe avec tant de naturel qu’on rêve tous de la vivre telle quelle un jour.
Le triangle amoureux d’Alex, Eddy et Stuart se consume et Andrew Fleming montre que dans Threesome, l’âge de la fac est aussi celui où les gens qui comptent plus que tout dans cette période peuvent nous échapper complètement quand la parenthèse se ferme et parfois ne plus du tout nous manquer. “I wonder how some people could be such a necessary part of one’s life one day and simply vanish the next. Isn’t it supposed to last?” se demande Eddy alors qu’il brise le nain de jardin volé lors d’une escapade du trio à la montagne, vestige d’une amitié brutalement interrompue. Un thème qui est repris presque à l’identique par Chuck Klosterman dans une des chroniques de Sexe, drogues et pop-corn, en prenant l’exemple du “paradoxe de Tori” dans la série Sauvés par le gong: le personnage de Tori devient la meilleure copine de la bande de Zack Morris (qui sont à la fac dans la saison concernée), dans le même temps Jessie et Kelly disparaissent (les deux actrices avaient des engagements extérieurs qui les empêchaient de tourner) et la bande ne se demande même pas où elles sont passées. Par contre, à la remise des diplomes Tori disparait, personne ne s’en inquiète, Jessie et Kelly réapparaissent et tout le monde semble trouver cela très normal.
En tout cas, Threesome fonctionne toujours à plein tube aujourd’hui, compte à l’aise son lot de répliques-culte, se bonnifie presque avec le temps. Pour les courageux qui auraient envie de mater le film en entier (ou les flemmards qui n’ont pas envie d’acheter le dvd), le film est visionnable en intégralité sur cette playlist en VO non sous-titrée sur YouTeub. Ceci dit, le son est un peu dégueu, à vos risques et périls (et il faut s’incrire, les scènes légèrement dénudées ont été signalées comme interdites aux mineurs :D):
