Les trucs les plus drôles dans le porno quand on y réfléchit bien, ce ne sont pas les dialogues cons, les acteurs qui jouent mal ou les situations à peine crédibles. Non en fait, pour un paquet de pornos, ce sont les pratique sexuelles mises en scène qui sont hilarantes. Parce que très souvent, elles correspondent très peu à ce qui se fait dans la vraie vie: la double pénétration ultra-acrobatique où la fille prise en sandwich prie pour ne pas s’effondrer alors que ses deux partenaires tentent de bouger chacun leur tour. Ceux qui jouent un couple marié dans le film mais qui utilisent des capotes pendant la pénétration. Ou ceux qui mettent une capote à l’écran mais qui l’enlèvent juste avant de jouir pour éjaculer goulûment sur leur partenaire. Ou les sodomies quasi sans préparation où tout rentre pile-poil en deux secondes. Et la liste peut être étendue à l’aise. Ca n’existe donc pas un film avec des scènes de sexe explicites proches d’une certaine réalité?
Si.

J’ai beaucoup aimé Ovidie quand j’avais 20 ans, puis beaucoup moins parce que le côté féminisme pro-sexe m’a passé avec le temps, au point de ne plus m’y reconnaitre du tout. Autant dire que ces Histoires de Sexe(s), j’y suis plutôt allé avec pas mal de préjugés sur le message d’une part, sur la qualité de la réalisation d’autre part. Aucune envie de voir forcément un truc super militant, super guerrier. Le cinéma qui s’affiche engagé me gonfle, le porno ne fait pas exception. A priori si c’est bien fait, si c’est bien écrit, le message doit passer tout seul sans qu’on ait besoin de le surligner à gros traits.
Histoires de Sexe(s) reprend la structure du Déclin de l’Empire Américain, à savoir deux dîners qui se déroulent simultanément: d’un côté les garçons, de l’autre les filles et dans les deux dîners, certains sont en couple, d’autres non. Ces deux dîners sont autant d’occasions de parler de sexe, sans fard (ou tant que possible sans fard). Le sexe à l’écran est donc explicite, mais sans le crescendo et les figures imposées du porno qui doivent s’enchainer de façon à ce que le spectateur puisse balancer la purée. Tout est visible à l’écran (pénétrations, pipes, cunnis, jeu avec des sex-toys etc) mais ces scènes sont plus là pour illustrer ce que racontent les personnages et sont donc souvent prises sur le vif, en cours d’action, sans la montée en puissance obligatoire du porno (cunni-pipe-pénétration-éjaculation). Impossible donc de le confondre avec un porno à branlette, même si l’ensemble émoustille sans conteste le spectateur. Construit comme une comédie avec des dialogues dans l’ensemble très drôles (surtout ceux des garçons qui déclenchent des fous rires presque automatiques), Histoires de Sexe(s) prend le parti de démonter de nombreux clichés du porno tout en jouant sur les codes du porno, avec un casting d’acteurs et d’actrices porno pour offrir la vision d’une sexualité réaliste. Est-ce que ça marche?
De ce côté-là, oui. Quand la plus jeune du film croit faire plaisir à son petit ami plus âgé en essayant de lui faire une pipe comme décrite dans un magazine féminin pour être une experte du sexe, il l’arrête au bout d’un moment en lui disant “mais attend au lieu de chercher à faire comme dans ton magazine, tu crois pas que tu pourrai me demander à moi comment j’aimerai que tu me la fasses et comment j’aime ça?“. Et elle insiste, s’ensuit ce dialogue: “C’est comme la sodomie, il parait que c’est le fantasme de tous les hommes – Mais demande-moi àmoi si c’est mon fantasme. – Pourquoi? T’aimes pas ça? – Non! Parce que c’est long, c’est laborieux…”. Le couple échangiste du film qui invite un autre couple pour s’amuser sont confrontés au cas du type qui ne bande pas malgré tous les efforts de sa compagne, mais qui font comme si ça avait quand même été super génial. Il y a aussi le gars qui baise sa maitresse et ne peut s’empêcher de lui parler sans arrêt pendant l’acte à coups de “Ouh tu es toute serrée! Tu me sens bien, là! C’est le coup du siècle hein!” et qui ne voit pas qu’elle finit par se marrer alors qu’il s’agite derrière elle! Dans Histoires de Sexe(s), il y a les ratés mais aussi le sexe ludique, tendre et puis l’adrénaline du sexe au cinéma avec un inconnu, avec un ami dans la voiture entre deux ruelles… Le film est fun, très drôle mais aussi franchement réaliste même s’il privilégie la vision d’une sexualité ultra-hétéro, très peu déviante (ça sera peut-être prévu pour un deuxième volet) et qui par moments correspond vraiment à certains clichés habituels sur le sexe (le sex-toy, symbole de la nouvelle femme libérée par exemple.
En fait ce qui pêche réellement dans Histoires de Sexe(s) c’est le manque de moyens et ça se voit à l’écran. L’image vidéo très peu travaillée, les lumières trop froides et parfois crues, des décors réalistes mais souvent trop impersonnels… Et par moment les acteurs eux-mêmes. Il est indéniable que la direction d’acteurs a été prise au sérieux et dans l’ensemble ils sont plutôt bons, mais dans plusieurs séquences on sent que les tics du porno reviennent à fond: quand Sandrine se rend au cinéma porno, s’installe et finit par emballer l’unique spectateur masculin de la salle, ses petits regards et sourires en coin sont tellement ceux du porno qui ça frôle la caricature. Ce sont les seules fautes formelles d’un film par ailleurs très plaisant et plutôt inhabituel. A se demander si ce n’est pas ça qu’on devrait diffuser dans les structures du planning familial et les cours d’éducation sexuelle au collège et lycée pour montrer que le sexe dans la vraie vie, c’est pas comme dans les films pornos…
Et pour finir, on peut visionner la bande-annonce, de nombreux extraits et le making-of ou aller carrément à la VOD sur le site dédié du film.