Les Invincibles

In: Cinoche and dividi - Wednesday 28 April 2010 @ 14:03 - Comments (2)

Ca parait presque incroyable, mais il y a quelques temps de cela, Arte a diffusé une série. Une série qu’elle co-produite, sur une idée de base rachetée aux canadiens qui savent parfois créer de sacrés succès du genre (Le coeur a ses raisons ou Un gars, une fille) nommée Les Invincibles. Le but avoué était de rajeunir quelque peu l’image de la chaîne, conquérir de nouvelles parts de marché, surfer sur l’intérêt que représente une bonne série télé en tant qu’identité forte. Comme me l’ont dit les filles du stand Arte au Salon du Livre “C’est tout ce qui est à l’opposé de l’image d’Arte.” Louable envie que de se dire qu’on va réussir à séduire un public trentenaire accro aux séries américaines, mais avec les moyens du bord. Ce genre d’initiative est toujours salutaire, la circonspection n’empêche en rien d’applaudir et d’avoir envie d’y regarder de plus près.

Les invincibles sont quatre garçons de Strasbourg (co-production Arte oblige). A l’initiative du plus casse-couilles des quatre (François-Xavier dit FX), ils décident de faire un pacte. Le soir même à 21h (pour l’occase, ils se voient remettre d’horribles montres digitales en plastique bleu électrique, mais on n’a pas droit à une réplique du genre “Synchronisons nos montres!” à la Mission impossible), ils doivent tous les quatre quitter leur copine du moment et ainsi redécouvrir les joies du célibat, faire des trucs de oufs, profiter de leur jeunesse et ne rien regretter quand ils seront devenus des vieux cons. Bien entendu rien ne se passe comme prévu. Hassan, le gentil ramasseur de couches-culottes usagées en crèches et maisons de retraite est en couple avec une emmerdeuse qu’on a envie de passer par la fenêtre dès les premières minutes (d’autant qu’elle a un côté flippant avec ses yeux exhorbités pour surjouer l’hystérique) et il n’ose pas la quitter. Mano, le rockeur raté qui bosse chez un disquaire (un VRAI disquaire avec des bacs en bois, des CD et des vyniles tout ça) est tellement connard qu’il trouve le moyen de se faire devancer par sa copine (Lou Doillon qui décidément bénéficie super bien de la profession de ses parents) qui le jette avant même qu’il ne puisse lui dire quoi que ce soit. Vince, c’est le beau gosse libidineux pété d’oseille qui bosse au parlement européen et trouve le moyen de jeter sa nana quand elle apprend que sa grand-mère est dans le coma. Et enfin FX, le cerveau de l’affaire, le fils à papa qui justement vit toujours chez son père dans son grand pavillon et termine ses études tout en s’occupant de louveteaux (les Scouts de France, pas les animaux) qui quitte sa blonde au prénom allemand en pleine séance de cinéma. S’ensuivent la revanche des exs qui s’accrochent ou veulent se venger, les parents dépassés par les évènements, les plan culs plus ou moins foireux et les clauses du pacte à respecter totalement délirantes (réunions du quatuor toutes les semaines à quatre heures du mat’, ramener la brosse à dents de la fille qu’on a levé pour prouver qu’on se l’est faite chez elle sans s’engager etc.)…

Tout ça fleure bon la virile camaraderie, saupoudré d’esprit geek qui existe par un deuxième niveau de narration visuel. Hassan, qui collectionne les figurines des Chevaliers du Zodiaque et de Dragon Ball est aussi dessinateur de mangas à ses heures perdues. Du coup, le récit est sans cesse coupé par les planches dudit manga qui se résume à des dessins pourris et une animation flash dégueulasse où nos quatre héros sont des héros qui évoluent dans un monde heroic-fantasy d’opérette raconté par une voix off pas très inspirée. Là déjà ça coince. Plutôt que de payer de bons dessinateurs, voire de se fendre d’animation 3D, de dessins animés, ils ont préféré ça. Soit. Après ce n’est pas là que se situe l’histoire, donc penchons-nous sur la structure narrative. Le format pour ce qui se veut une série de comédie est un réel problème: 52 minutes par épisode quand les meilleures sitcom n’excèdent jamais 25. Une durée qui convient beaucoup mieux à des séries dites à suspense ou dramatiques mais pas vraiment à ce qui exige du ressort comique. Par conséquent la première saison compte 8 épisodes. De fait, le démarrage des Invincibles se révèle incroyablement lent et pénible: il faut attendre l’épisode quatre (la moitié de la première saison!) pour commencer à se prendre un minimum à l’intrigue avec des personnages dans l’ensemble pas très attachants ni très charismatiques. Et quand on n’a pas la prétention de faire une série “à intrigue”, il faut travailler les dialogues et les gimmicks de ses personnages…

Ce qui manque aux Invincibles, c’est du punch et du fun et ce malgré la présence de la fine équipe de La chanson du dimanche à l’écriture de l’adaptation française qui en profite pour signer le générique de la série. Pourtant les archétypes sont là: la minorité visible qui bosse dans le nettoyage, le rockeur cynique, le business-man qui découvre les joies de l’échangisme et de la bisexualité, et l’étudiant en psycho égocentré insupportable. Quant aux filles, ce ne sont plus des archétypes mais carrément des caricatures qui représentent ce qui peut se faire de pire dans le genre féminin, voire humain: hystériques, calculatrices, menteuses, chiantes… Ou maladroites, lourdes… Très vite, la série passe du ressort comique à celui du drame, tout ce petit monde se ment, pleure, se pique les exs et se fâchent à tout jamais, notamment Hassan qui est incapable de dire à sa copine qu’il doit la larguer et finit par se faire renier par ses potes qui découvrent qu’ils vont carrément se marier. Le problème principal de la série, c’est sans doute le fait qu’elle copie à l’identique la série originale dans les moindres détails: caractères des personnages, déroulement des situations, rebondissements etc etc.

Quelque part, ça m’emmerde de me dire qu’il faut qu’Arte adapte au détail près le concept pour se sentir capable de tenir la route. Et à part ça, ce qui me gonfle dans Les Invincibles, c’est que ça correspond à tous points à des vies de trentenaires merdiques, pas drôles, la vie de mecs qui sont obligés de se fixer un pacte complètement crétins pour avoir l’impression qu’ils vont se libérer pour vivre des choses extraordinaires et qui au final vivent des trucs encore plus merdiques tout en faisant du surplace absolu. Sans doute, suis-je pervertie par le fait que tous les trentenaires que je fréquente ne ressemblent pas à ça. Même ceux qui sont en couple depuis longtemps et en ont en apparence une vie rangée sont mille fois plus heureux que les connards qu’on nous montre là-dedans (Marshall et Lily, au passage, ça leur dit quelque chose à tous ces scénaristes?). Les trentenaires que je vois autour se déchirent à des concerts, cuisinent des bouffes monstrueuses entre potes, peuvent avoir autant de discussions pour savoir si Jim Profit est un personnage mille fois plus pervers et inquiétant que Dexter Morgan que de débats passionnés pour savoir si les mairies de gauche sont encore plus chiantes que les mairies de droite quand il s’agit de lâcher des subventions pour la culture, sont capables de ne pas tout sacrifier à leur boulot tout en gagnant leurs vies décemment, j’en passe et des meilleures. Bizarrement j’ai tenu jusqu’à l’épisode 8. Puis entre-temps, j’ai fait plein d’autres trucs et… j’ai jamais eu envie de regarder l’épisode 8. Et ça ne m’a pas manqué. Et sans doute quelque part, tout est dit…

Cadence

In: Bouillon de culture - Sunday 25 April 2010 @ 20:14 - Comments (3)

Il existe beaucoup de procédés littéraires qui peuvent se révéler gavants au possible dans un roman. De ceux qui vous gâchent la lecture parce que vous ne voyez que ça et cela vous empêche de prendre le tout un minimum au sérieux. Dans Cadence de Stéphane Velut, il y en a un dès la première page. Il y est écrit que toutes les pages que vous allez sont issues d’un cahier que l’auteur (on suppose) a retrouvé dans une petite maison en 1999, que c’était une écriture serrée, confuse et pleine de renvois et de ratures. Mais sinon rien n’a été changé ou modifié, à part le nom de la rue munichoise où a vécu l’auteur du récit. Voilà l’entrée en matière. Donc logiquement les pages qui suivent sont des avertissements du type qui écrit un journal en étant persuadé qu’il sera retrouvé, que ses écrits lui survivront, que si vous l’avez entre les mains, c’est que lui est sans doute déjà mort, mais il est mort en assumant sa perversité et ses bizarreries. Et le détail a son importance, puisque le roman se déroule en 1933, en Allemagne et à Munich. Ces teutons de l’époque nazie, infoutus d’être autre chose que des tarés apparemment.

Nous ouvrons donc un faux journal intime qu’on voudrait faire passer pour vrai et qui raconte comment le peintre-narrateur se fait passer commande pour réaliser un tableau d’une enfant qui puisse représenter au mieux la grandeur de la nouvelle Allemagne, une enfant pure et resplendissante, qui doit toucher tout le monde et surtout le peuple. On lui envoie donc un modèle, une blonde aux yeux clairs plus tout à fait une enfant, mais pas exactement une adolescente. Une fille aux yeux tristes et résignés. Le peintre n’en fait pas un modèle, il en fait un jouet. Une chose qu’il serre dans un carcan articulé spécial qui la transforme en monstrueuse poupée vivante, qui tourne la tête et les yeux selon un mécanisme précis et se déplace mécaniquement dans l’appartement-atelier.

La forme du faux journal imprime une forme curieusement factice et ampoulée au texte. Le narrateur prend le lecteur à témoin et ne cesse de se mettre en scène avec l’arrogance du type sûr de son bon droit, qui écrit comme on déclame et se vautre avec joie dans l’exhibitionnisme (”oh j’écris un journal pour la postérité, j’ai l’air de me flageller, mais en fait je jouis littéralement de savoir que quelqu’un tombera un jour dessus!”). En ayant recours à cette construction, Stéphane Velut amoindrit considérablement la sensation d’horreur qu’il veut de toutes évidences apporter à Cadence. Son narrateur est un comédien narcissique qui surjoue et c’est triste, mais l’acte de torture qu’il inflige à sa ravissante “pensionnaire” glisse sur le lecteur comme l’eau sur les plumes d’un oiseau.

A mi-parcours, le texte se modifie et vient enfin l’aspect véritablement troublant de Cadence. Le narrateur voit sa réalité se distordre autour de lui. Sa pensionnaire devient progressivement “la mante”, et n’est plus qu’un insecte aux mandibulles plus ou moins abimées par les sangles et les plastrons que le narrateur et sa domestique Felice resserrent sur son corps. Et le narrateur, à force de se terrer dans son atelier/appartement, bourrelé de peur à l’idée que les nazis qui viennent de temps à autre vérifier la bonne marche du projet puissent se douter de la manière dont il s’occupe de la jeune enfant, se voie, se ressent comme un rat. Non pas un rat fourré et majestueux, mais une créature sorti d’un roman d’épouvante: poil crasseux, longue queue, dents acérées, prompt à mordre et saigner à blanc quiconque voudrait lui retirer sa créature. Le texte semble être sous influence et commence à faire douter… Si le narrateur dérive à ce point, peut-être que tout ce qu’il a dit dès le départ était faux et pure fabrication de son esprit. D’autant que Stéphane Velut ne cherche pas à donner un aspect crédible pour un texte soi-disant confus qui de fait est rédigé de manière impeccable, propre, c’est du travail bien fait, y compris dans le glissement progressif vers une folie hallucinée qui apparait, en dépit d’une fascination certaine, ordonné et presque attendu.

La montée du nazisme en toile de fond qui cherche à purifier l’Allemagne de l’Art Dégénéré en lui imposant l’art héroïque écrase le parcours de cet étrange narrateur presque trop didactique, ce qui fait de Cadence un roman modérément scandaleux. Il y a de la cruauté, de la soumission, des nazis, une poupée vivante, une écriture où le narrateur n’en finit plus d’aller chercher le lecteur pour le dégoûter, lui faire horreur, le tenir par les tripes et il résulte pourtant du roman de Stéphane Velut une curieuse impression d’objet littéraire trop bien calibré pour être réellement honnête et impérissable.

Cadence, Stéphane Velut, Christian Bourgois Editeur, 2009, 190 pages

Spéciale dédicace au Docteur Cox

In: Et pendant ce temps-là à Vera Cruz - Saturday 17 April 2010 @ 15:01 - Comments (2)

L’original:


Fat boy slim – Weapon of choice
envoyé par la_fleur_du_mal. – Regardez d'autres vidéos de musique.

La copie:

Ouais, quand même…

Jérôme Attal va faire de vous un héros (ou pas ?)

In: Bouillon de culture - Friday 16 April 2010 @ 18:23 - Comments (0)

Jérôme Attal est un habitué des pages de Discordance et nous avons toujours suivi avec attention l’univers artistique du chanteur-romancier qui est un véritable stakhanoviste de l’écriture. Quand il n’écrit pas des romans, il écrit des chansons. Quand il n’écrit pas des chansons pour lui ou pour ses romans, il en écrit pour d’autres (Eddy Mitchell entre autres). Quand il n’écrit pas de chansons, il noircit des pages entières de HTML sur son site, à la section « journal intime ». Quand il n’alimente pas son journal intime, il en invente d’autres en se glissant dans la peau d’Andy Warhol ou écrit des nouvelles pour la revue littéraire Bordel. Et comme si ça ne suffisait pas, il co-écrit même des scénarios pour la télévision.

Alors quand Jérôme Attal décide de publier un roman « dont vous êtes (peut-être) le héros« , on va y regarder de plus près. Ca donne Pagaille monstre, objet littéraire ludique et pop, de sa couverture inspirée des affiches hitchcockiennes à ce héros étudiant en cinéma qui voue un culte à Jess Franco et rêve de faire une course-poursuite sur la musique du film Bullit. Sur le principe des chapitres s’achevant sur des issues à choix multiples (allez au numéro 68 si vous décidez de répondre au sms de votre ex ou continuez au 54 si vous rentrez chez vous sans rien faire), Jérôme Attal circonscrit le genre à ce dont il parle le mieux: les histoires d’amour teintées de mélancolie et d’humour discret. Si l’exercice se révèle parfois bancal (un héros parisien jusqu’au bout des ongles parfois difficile à discipliner même en refaisant plusieurs fois l’histoire!), le goût du jeu qu’a eu Jérôme Attal en écrivant Pagaille monstre se transmet aux lecteurs dès les premières pages. Pari gagné donc!

Pour lire mon interview de Jérôme Attal, rendez-vous dans Discordance !

[Ciné] Critiques express #4

In: Cinoche and dividi - Thursday 15 April 2010 @ 18:44 - Comments (0)

Maléfique

Quatre détenus dans une cellule d’une prison imaginaire. Marcus, le transsexuel aux nibards qui tombent et qui fait consciensieusement sa muscu avant d’enfiler sa perruque bon marché (Clovis Cornillac avant qu’il devienne bankable!). Lassalle, le prof de philo qui a trucidé sa femme au petit dèj un beau matin. Pâquerette, le cinglé adepte de la torture pour pouvoir faire des petits séjours réguliers à l’infirmerie. Et Carrère, chef d’entreprise inculpé pour malversations, le dernier arrivé au moment où débute Maléfique. Tous apprennent à cohabiter avec le nouveau détenu entre regards noirs et menaces de troc forcé, avant de trouver un étrange livre caché derrière une pierre branlante du mur de la cellule. Un livre bien entendu… maléfique. Pour son premier film, Eric Valette mise sur les références à Lovecraft et au Necronomicon dans un univers carcéral crapoteux, crasseux et franchement déglingué. Plus grindhouse que Maléfique tu meurs : personnages dégénérés ou carrément pleutres, image poussiéreuse, dialogues cash, bonne dose de fantastique bien saucée de gore (c’est simple, ça gicle, ça suinte, les membres sont tordus, tranchés…). Série B. fauchée mais pas si mal troussée, Maléfique réussit surtout la prouesse d’être un film d’horreur prenant alors qu’il ne s’y passe presque rien (allez quelques scènes-choc), que les dialogues restent très réduits et qu’on ne quitte jamais l’univers carcéral. Assez pour qu’on se dise, qu’est-ce qui a manqué à ce film? Plus de budget? Un scénario plus consistant? Une société de production qui n’a pas le mauvais goût de lâcher son réa après s’être gaufrée sur des films super nanardesques? Peut-être tout ça à la fois. En attendant, sans être réussi, on ne peut pas dire que Maléfique soit un film raté.

Le roi de l’évasion

Inclassable, insaisissable Roi de l’évasion! Hallucinant ce film qui dynamite tous les codes, toutes les situations, c’est un joyeux n’importe quoi rural et hédoniste! Armand, pédé quadra qui vend des tracteurs dans la campagne du Tarn est un gros nounours sympa qui veut seulement qu’on le laisse avoir des avantures avec des hommes, de surcroit plus vieux que lui et mariés. Manque de bol, il croise la route de Curly (comme les gâteaux apéro), 16 ans, qui manque de se faire vraiment emmerder par une bande de jeunes. Refusant de se battre, il y va pour 200€ de sa poche pour qu’on fiche la paix à la gamine, qui se prend d’amour pour lui et le poursuit envers et contre tout pour batifoler joyeusement dans les herbes… Armand finit par se dire que ça serait bien finalement qu’il essaie au moins une fois. Mais le père de Curly, c’est son concurrent direct à la vente de tracteurs, celui qui lui casse les pieds qu’il ne dépasse pas son territoire, il se met donc à le courser, aidé par les gendarmes du coin. Armand décide donc de prendre la clé des champs avec Curly… Un pitch improbable, un film entièrement tourné dans la campagne noyée de soleil de Midi-Pyrénées, une frénésie sexuelle des plus politiquement incorrectes (les corps sont fripés, gras, vieux, blancs ou bronzés, et suprême sacrilège, tous les pédés du film sont loin d’être de jeunes éphèbes!), où l’on apprend que le lubrifiant “Sensation fraicheur” de Durex (6€ à Intermarché) c’est vraiment trop bon et que la Dourougne est une racine qui fait super vite, rend super malin et donne une putain de libido. La première moitié du film peine à trouver son rythme, difficile de savoir où cette histoire veut aller (Armand qui traque les hommes mariés, qui fait du vélo sur les routes de campagne, Curly qui râle parce qu’elle a plus le droit de sortir) et enfin vient l’évasion tant attendue qui donne sacrément envie de faire la même chose et d’aller baiser tranquille sous les arbres en mangeant des tomates croque-sel! Jusqu’à un final touchant et néanmoins très drôle impossible à raconter pour ne pas gâcher l’effet euphorisant qu’il procure. C’est pas un immense film, mais c’est cochon, inattendu, gourmand et très marrant.

L’arnacoeur

Oh le film qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une comédie romantique française de merde! Vanessa Paradis, Romain Duris, un scénario cousu de fil blanc (en apparence)… Et pourtant. Alex Lippi est briseur de couples. Un pro secondé par sa soeur et son beau-frère, ils font en sorte de casser les romances où les femmes sont malheureuses sans s’en rendre compte et restent avec un beauf, un crétin, ou un type qui s’occupe mal d’elles. La fine équipe est toujours engagé par un proche qui n’en peut plus de voir ce gâchis. Les méthodes sont bien rodées et infaillibles, tant grâce aux talents de comédien d’Alex qu’à l’ingéniosité de ses acolytes. Mais là, la mission est de taille: il doit briser le couple de Juliette Van Der Beck, une riche héritière parfaitement heureuse et épanouie avec un anglais richissime et bien sous tous rapports. C’est contre son éthique, mais il a une dette énorme à honorer, donc il accepte le contrat. Sauf que Juliette a du caractère et elle semble décidée à se débarasser de lui. Dans L’arnacoeur, tout est improbable, rien n’est crédible. Et pourtant, tout fonctionne, tout surprend, tout est drôle. Très proche des comédies américaines des années 50 où toutes les situations pétillent et rebondissent jamais là où on les attend, une comédie dont les gags et les éclats de rire surgissent avec une spontanéité dévastatrice, c’est déjà beaucoup, c’est même énorme. Les hommages détournés aux maitres-étalon de la comédie romantique (les scènes géniales ou intervient Dirty dancing, la façon dont les deux héros se cachent contre la vitre de la voiture pour faire du play-back sur George Michael et garder leur dignité) sont des plus réussis mais la grande force de L’arnacoeur, c’est qu’il sait s’éloigner des codes et de la parodie pour construire sa propre dynamique séduisante en diable. Et que dire des rôles secondaires, si bien écrits et interprétés qu’ils feraient totalement capoter la qualité de l’ensemble s’ils n’y étaient pas? Julie Ferrier et François Damiens, le second couple du film craquants, touchants, drôles, Helena Noguerra, la copine rock’n'roll petit diable sur l’épaule qui catapulte le petit ange pour s’y mettre, même le petit ami de Juliette irréprochable, au point qu’on aurait presque de la peine pour lui… Une vraie réussite qui donne envie d’espérer une nouvelle école de réalisateurs français de cette trempe!

Laurent Binet entre dans l’H(h)istoire

In: Bouillon de culture - Wednesday 7 April 2010 @ 16:34 - Comments (0)

Tout romancier qui s’empare de faits historiques aisément identifiables et vérifiables est souvent pris d’un cas de conscience: ai-je le droit de raconter l’Histoire à ma manière ? Est-ce trahir que de le faire avec ma sensibilité ?

Quand on raconte une période historique a posteriori, n’est-on pas tenté de plaquer ce qu’on pense et d’imaginer au lieu d’en rester à la vérité des faits ? A l’heure où la polémique Haenel-Lanzmann gagnait du terrain sur le sujet avec des discussions enflammées à propos de Jan Karski, Laurent Binet sortait HHhH, un premier « non-roman » de plus de 400 pages sur un fait de la Deuxième Guerre Mondiale en apparence isolée : l’assassinat de Reinhard Heydrich par deux parachutistes, Gabcik et Kubis (l’un est Tchèque, l’autre Slovaque). Un attentat en apparence raté, mais qui aura une influence considérable sur l’accélération et le dénouement du conflit.

Laurent Binet, professeur de français en banlieue parisienne, et déjà auteur de la très pince-sans-rire Vie professionnelle de Laurent B. parue en 2004, obsédé par cette histoire (un service militaire en Slovaquie va précipiter le tout !) décide d’écrire un livre pour en parler. Mais une fois confronté aux zones d’ombre et aux manques, comment résister à l’envie d’une forme exclusivement romanesque pour donner du corps à une histoire déjà en soi extraordinaire ? HHhH (qui a failli s’appeler Opération Anthropoïde, vrai nom de code pour l’attentat, mais titre jugé trop « science-fiction) est une plongée passionnante dans cette lutte incessante chez l’auteur et produit un texte d’une grand richesse qui dynamite tous les codes du roman, de l’essai et même du document historique. Un texte notamment adoubé par… Claude Lanzmann et qui vient d’être couronné par le Prix Goncourt du premier roman.

Pour lire mon interview de Laurent Binet, rendez-vous sur Discordance !

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