Jeudi dans la nuit, j’ai rêvé de mon ancien appartement. Quand j’avais 18 ans, j’ai quitté maman et frangine pour emmenager dans ce qui reste une sorte d’eldorado perdu, au même titre que la maison de l’avenue Jean Chaubet dans mon adolescence (que je ne désespère pas de racheter un jour quand je serai pleine aux as). J’habitais à Saint-Cyprien, un des meilleurs quartiers de Toulouse, sorte de village au coeur de la ville, dans un appartement à sol de tomettes rouges, trois mètres de hauteur de plafond, 30 mètres carrés, chauffé au gaz et au loyer proprement délirant de 1200 francs soit 180€. C’était l’appartement de mes deux premières années de fac, que j’ai du quitter la mort dans l’âme parce que mon propriétaire vendait et que j’avais pas les moyens de me mettre un crédit de 20 ans sur le dos pour l’acquérir. Donc il y a neuf ans de ça, j’ai atterri dans mon petit studio sur les hauteurs de Jolimont. 10 mètres carré de moins, 120€ de loyer de plus, un studio en mezzanine où j’ai du apprendre à gérer l’espace autrement et notamment me débarrasser régulièrement des bouquins, dvd, fringues dont je n’étais pas sûre de faire usage à nouveau au bout de quelques mois. Un studio que j’ai appris à détester avec le temps parce qu’il m’étouffait, qu’il était mal isolé, que j’ai piqué des crises de nerfs à entendre mes voisins dans le moindre détails de leur vie quotidienne, parce que du coup ça m’a rendu parano et empêché progressivement de réinviter des gens chez moi, qu’ils soient des amis ou des amants. Je suis restée pour le loyer, je suis restée par flemme de déménager, par peur aussi. De devoir faire des cartons, chercher ailleurs, dépenser des sommes folles pour se rééquiper, et puis une grosse dose d’irrationnel aussi. Donc jeudi dans la nuit, j’ai rêvé de l’appartement que j’avais il y a presque dix ans de ça, c’était génial, je le retrouvais, c’était lui sans être lui, la vie était belle, c’était un nouveau départ. Et en fait, me réveiller dans mon studio suite à ce rêve a été vraiment agréable, parce que je me suis souvenue que l’après-midi même, j’avais signé le bail pour un nouvel appartement avec chéri à mes côtés.
Voilà, dans un mois pile, je serai dans mon nouveau chez-moi. Un chez-moi plus grand, plus lumineux, et cerise sur le gâteau qui se trouve sur le même palier que l’appartement de chéri. Le truc qui intellectuellement m’a toujours fait rêver, vivre en couple, non pas dans le même appart, mais dans le même immeuble. Et c’est pour super bientôt. J’ai quasiment bouclé toutes mes démarches administratives pour les tranferts d’adresse et divers résiliations d’abonnements hier. Je vais bientôt pouvoir réfléchir aux meubles à racheter et à la déco. J’angoisse de faire mes cartons, le ménage à fond, décrasser neuf ans de vie, mais c’est une bonne angoisse, le coup de pied aux fesses qu’on réclame avec plaisir. C’est le pied de se dire que je vais bientôt avoir un espace où me faire un vrai bureau, héberger les amis de passage, faire des bouffes, avoir un coin salon digne de ce nom pour regarder des films. Et faire trois mètres pour aller chercher ma trousse de toilette si je l’oublie chez lui. Tout a été très vite, j’ai à peine eu le temps d’y réfléchir, c’était instinctif et c’est sans doute pour ça que c’est trop bon.