Quand nous serons heureux

In: Bouillon de culture - Wednesday 20 January 2010 @ 12:22 - Comments (6)

L’autre jour, je voyais une fille dans le métro qui lisait le recueil de nouvelles d’Anna Gavalda. Again. L’auteur par excellence dont on dit que si on l’aime tant, c’est qu’elle parle des vrais gens (et surtout pas parce que ses bouquins ressemblent à des comédies françaises de première partie de soirée sur TF1). A ce moment-là, j’étais moi-même en train de lire Quand nous serons heureux de Carole Fives (un recueil de fictions comme précisé sur la page de titre), réalisant le contraste. Car on est tenté de dire que Carole Fives écrit elle aussi sur la vraie vie des vrais gens. Mais c’est peut-être le pire livre à lire dans le métro. Parce qu’avec lui, c’est bien votre vraie vie qui vous saute à la gueule dans ce qu’elle a de plus névrosé, noir, mesquin, insupportable en fait.

Parce qu’elle choisit de parler de tout ce qui fait mal au quotidien, tout ce qui étouffe à force de rester enfoui sous la surface, Carole Fives écrit Quand nous serons heureux avec une violence sous-jacente perpétuelle. Plus on tourne les pages, plus on voudrait s’arrêter, demander de l’air, crier grâce. Impitoyable avec ses personnages qu’elle fait tournoyer dans un ballet de pantins désarticulés, d’âmes à la dérive, elle dessine au fil des pages des existences où on ferait n’importe quoi pour attirer l’attention d’un père jusqu’à oublier d’exister par soi-même, où il est plus facile de transformer des coups ou un viol en acte d’amour pour le supporter. Les artistes y sont des fumistes qui veulent se donner des airs de profondeur trompeuse, ou des rmistes qui en chient pour travailler leurs oeuvres et justifier de leur situation à l’assitante sociale de la CAF. Les femmes crèvent de solitude parce qu’elles ne sont plus assez belles pour le mari qu’elles ont épousé ou crèvent de désespoir de n’avoir pu surmonter leur absence d’estime d’elles-mêmes en se faisant raboter jusqu’à l’âme par un chirurgien esthétique. Les fictions de Quand nous serons heureux sont autant de gouttes de noir poison qu’il convient de prendre à petites doses pour éviter d’avoir envie de se flinguer dans la foulée.

Resserrant ses textes sur deux à quatre pages en moyenne, choisissant les instantanés, Carole Fives n’évite pas la complaisance ou l’invraisemblable (la femme qu’on marie et voile de force qui aligne toute la symbolique de la femme iranienne à la limite du cliché, deux fans de David Bowie qui commettent des meurtres pour rencontrer leur idole et arrivent à leurs fins sans être inquiétées). Jusque dans le texte final, qui force la main au lecteur sur ce qu’il est sensé ressentir alors qu’il va refermer le livre. Pourtant, la cohérence, la régularité de ces fictions où les personnages se répondent et même se croisent d’une histoire à l’autre force le respect. Un premier livre dont on sent qu’il en appelle d’autres.

Quand nous serons heureux, Carole Fives, Le Passage Editions, 2010, 156 pages

6 Comments »

  1. “(et surtout pas parce que ses bouquins ressemblent à des comédies françaises de première partie de soirée sur TF1)”…
    Oh nooon ! tu peux pas dire ça ! je suis souvent d’accord avec tes critiques bouquins, ou musique, mais là…Ah non, ce n’est pas possible ! J’adore Ana Gavalda ! Et pas parce qu’elle parle des vrais gens, non, je n’ai pas l’impression de regarger une femme d’honneur en lisant ses bouquins ! je ne suis pas non plus adepte du juste prix et pas non plus fan de Cauet ! Ana Galvada, je l’aime parce que c’est simple, et souvent juste.

    Comment by halo — Wednesday 20 January 2010 @ 14:43

  2. Gavalda n’a écrit qu’un recueil de nouvelles, qui a en fait pratiquement relancer la mode de la nouvelle à lui tout seul. Et les thèmes traités dans ce recueil n’ont rien de particulièrement roses non plus; la femme violée qui castre son agresseur, le mec rock star dopé, paumé, celle dont je me souviens qui était très drôle, c’était celle du sanglier qui défonce la voiture. Cependant cela donne très envie de lire Carole Fives, qui est très douée elle aussi.

    Comment by AK. — Wednesday 20 January 2010 @ 17:51

  3. Relancé!

    Comment by AK. — Wednesday 20 January 2010 @ 17:52

  4. ca donne envie de lire en effet!!

    Comment by nightmarica — Sunday 24 January 2010 @ 18:36

  5. @halo: les livres d’Anna Gavalda c’est du bonheur fade. Sans risque disons. Y a qu’à lire Je l’aimais pour s’en rendre compte, et c’est exaspérant.

    @AK: je ne sais pas, il y a toujours eu des amateurs pour les recueils de nouvelles sans attendre Gavalda non…?

    @nightmarica: je te l’amènerai à notre prochaine bouffe ensemble ^^

    Comment by Dahlia — Monday 25 January 2010 @ 01:41

  6. Je n’ai pas du tout aimé Je l’aimais. Mais son recueil de nouvelles m’a éblouie complètement. Et oui, je crois bien que c’était la première fois qu’un recueil s’est autant vendu., 2 millions d’exemplaires ou presque. Elle était alors complètement inconnue. Mon préféré dans les nouvelles, c’est bien sûr Truman Capote.

    Comment by AK — Monday 25 January 2010 @ 01:56

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