Cashback
Sean Ellis, photographe et désormais réalisateur d’origine anglaise se dit un jour: “J’ai fait un super court-métrage qui s’appelle Cashback, vu qu’il a vachement bien marché dans les festivals et même remporté des prix, pourquoi ne pas l’étirer comme du chewing-gum pour en faire un long-métrage qui passera beaucoup plus facilement dans les salles de cinéma et avec lequel je vais me faire un super nom?”. C’est une idée un peu con vu que son scénario est somme toute très pauvre et le propos esthétique peu propice à tenir la distance sur plus d’une heure trente. Pourtant il le fait.
Se servant de ses propres souvenirs, Sean Ellis raconte comment Ben Willis, étudiant aux Beaux-Arts plaqué par sa petite amie Suzy perd progressivement le sommeil. Quitte à ne pas rester éveillé pour rien et éviter de penser sans arrêt à son ex, il se fait engager chez Sainsbury et travaille dans l’équipe de nuit. Là, il se rend compte qu’il a un don extraordinaire: celui d’arrêter le temps et de pouvoir figer ce qui l’entoure et le contempler à sa guise, surtout la beauté, ah l’insaisissable beauté.
Le beau film esthétisant en toc que voilà! Un vrai, assumé de bout en bout, niais, neuneu, du prêt-à-s’extasier “c’est sublime”! Sublime? Bon voyons. Sean Biggerstaff, si fluet et ectplasmique qu’on se demande comment il a pu emballer une fille aussi belle que Michelle Ryan est un artiste qui ne peint que des super belles gonzesses, que s’il les prenait en photo, à coup sûr ça donnerait du David Hamilton. Comme il peut figer le temps, il dénude les clientes du supermarché ou il bosse (enfin il relève leurs tee-shirts et remonte leurs jupes, les croque vite fait et hop il les rhabille avant de remettre le temps en place), fait quelques gags genre déplacer son supérieur complètement stupide dans la trajectoire d’une bouteille de lait que se lancent ses deux collègues, il peut aussi détailler jusqu’à plus soif la belle Sharon (jouée par Emilia Fox) sa jolie collègue caissière. Dans le même temps, il débite tout un tas de lieux communs sur la beauté (qui bien sûr ne se trouve que dans les nichons parfaitement moulés de ses modèles), qu’on ne peut retenir, si éphémère et donc tellement fragile. Sharon ira même jusqu’à lui dire “Ah j’ai toujours rêvé de connaitre un peintre… J’ai souvent pensé qu’ils avaient la capacité de voir la beauté dans tout ce qui les entoure.”
Sean Ellis se laisse entièrement étouffer par le degré zéro de son ancien métier de photographe de mode là où l’on espérait qu’il apporte une vision beaucoup plus élaborée que le simplisme ambiant des jolies vignettes de supermarché (c’est le cas de le dire). Cette alternance de philosophie à la con sur l’amour qui peut s’en aller du jour au lendemain et les scénettes pseudo-drôles avec des personnages secondaires lourdingues dont les running-gag tiennent lieu de personnalité (le meilleur ami de Ben qui se fait systématiquement jeter son verre à la figure par ses conquêtes) achève au piolet ce qui est déjà foutu. Cashback le long ne vaut sans doute pas Cashback le court: 18 minutes pour exposer une idée aussi minimaliste soutenue à grand-peine par du photoshopage de cinéma, c’était sans doute largement suffisant. Pire, ce Cashback accrédite l’idée insupportable que la seule beauté, c’est celle des visages féminins parfaitement lisses, figés, dénués de toute trace de pulsations ou de vie. Détestable.
Au fait Dahlia, je poste cette question sans rapport avec ton billet ici parce que je n’ai pas trouvé de lien “contact” et pour plus de visibilité par rapport au billet d’origine qui est largement descendu, je me demandais “où” tu avais trouvé le film d’Ovidie que tu chroniquais il y a quelques jours? Je l’ai cherché et n’ai trouvé qu’une version payante pour 24h. Est-ce celle-là que tu as visionnée, ou y’a-t-il moyen d’acheter le dvd ou de le télécharger?
Merci, et désolée pour le hors-sujet :)
Comment by Kalys — Tuesday 26 January 2010 @ 12:27
Bien d’accord. Quelle terrifiante vacuité. Tout à fait contemporaine ceci dit… J’ai zappé l’affaire au bout de 15 min. Allez, 20.
— eh t’es con toi, c’est ça la fashion mec ! T’es pas trendy ! Réveille toi Louison…
Comment by NLR — Wednesday 27 January 2010 @ 14:23
@Kalys: c’est particulier, on l’a vu dans le cadre d’un colloque sur la pornographie et ses industries à Bordeaux en novembre dernier (tu peux d’ailleurs trouver une partie de l’intervention d’Ovidie retrsancrite sur ce lien:
http://www.quelsexe.com/article.php?ar=44)... Le mieux est encore de la contacter directement sur son site ou aller sur le site de Jack Tyler pour savoir s’ils ont en place un autre système de VOD que celui qui dure seulement 24h…
@NLR: ah c’est absolument imbuvable. Je ne sais même pas comment j’ai tenu jusqu’au bout. En fait, ça doit être parce que je faisais la cuisine en même temps, ça m’a distrait.
Comment by Dahlia — Friday 29 January 2010 @ 19:14
Merci!
Comment by Kalys — Saturday 30 January 2010 @ 15:18