[Ciné] Critiques express #2
Midnight Meat Train
Curieux destin pour ce Midnight Meat Train, balloté pendant deux ans dans les festivals d’horreur et de fantastique, sorti hyper discrètement en juillet 2009 et semble-il encore trop ignoré aujourd’hui. Adapté de Clive Barker, il part d’une réflexion autour de l’art (Leon Kaufman, photographe, est poussé par une galeriste à prendre des clichés sur la réalité des dangers de la faune nocturne new-yorkaise afin de lui ramener une matière plus intéressante pour ses riches clients) pour aboutir à un film d’horreur dérivant tranquillement vers le fantastique savamment orchestré et délicieusement amoral. Leon croise un soir la route d’un étrange passager qui attend toujours le dernier métro sur le quai pour y monter. Massif, toujours muet, vêtu d’un complet gris et une énorme mallette, l’homme travaille le jour dans un abattoir. Leon se rend alors compte qu’il représente sans doute plus qu’un excentrique, d’autant qu’il y a une recrudescence de personnes disparues dans le métro depuis plusieurs semaines déjà. Le réalisateur Ryuhei Kitamura construit son film comme un thriller branché (lumières métallisées, couleurs froides) et s’en éloigne progressivement pour entrer dans la tradition du cinéma gore de belle facture: il multiplie les angles de vue tourbillonnants, les plans qui giclent et dégoulinent jusqu’à arriver à un final inattendu qui repousse toutes les craintes d’un slasher à la petite semaine. La vraie faute de goût du film revient à la romance entre Leon et sa petite amie qui jouent à fond sur le thème “oh chéri, pourquoi as-tu tellement changé, je t’en prie parle-moi”, petite amie dont la présence ne se justifie que pour la scène finale et qu’on ne dévoilera pas ici.
Mes stars et moi
Mon dieu, mon dieu mais qu’est-il arrivé à Laetitia Colombani? On la laisse avec un premier film génialement construit en dépit d’un casting opportuniste avec un scénario et des trouvailles de montage à l’avenant, où aucun détail n’était le fruit du hasard, un film qui, malgré son histoire “à twist” se laisse revoir avec plaisir comme un tiroir dont on continue à découvrir les double-fonds. C’était hautement prometteur. Et voilà, tout cela auto-saboté au profit d’un deuxième film en forme de comédie poussive, vulgaire, surtout pas drôle et qui en première partie de soirée à la télé ferait zapper même les plus indulgents. Là on ne parle même plus de casting opportuniste avec le super-bankable Kad Merad qui devient le Clovis Cornillac de la comédie (au point que ça donne des idées à certains), les cautions Deneuve et Béart (qui font tout ce qu’elles peuvent pour maintenir un prétendu second degré sur leurs rôles) et des caméos affligeants de nullité scenaristique (Dominique Besnéard qui joue le rôle d’un agent prénommé… Dominique Bhé). Cette histoire de gentil stalker qui veut faire le bien de ses actrices préférés et qui se retrouve pris à son propre piège s’enraye au bout d’un quart d’heure et c’est assez vilain pour un film qui dure quand même une heure et demie…
L’été meurtrier
On regarde L’été meurtrier comme un vestige d’un temps révolu du cinéma français. Ce cinéma qu’on dit si friand de drames, d’hystériques, de gens qui se déchirent laissait éclater là tout l’art qu’il avait à les mettre en scène. Elle jouée par une Adjani au sommet de son potentiel de sex-symbol farouche, petite cousine bi-polaire de la Juliette de Et Dieu créa la femme qui contrebalance ses desseins meutriers et névrotiques sous ses faux ongles et robes à volants prisunic. Souchon en Pin-Pon, pompier volontaire nonchalant et amoureux fou de la première sans imaginer une seconde le drame et l’échaffaudage monstreux qu’elle construit autour de lui. Une réalisation d’une précision froide et coupante qui déguise sa violence dans des images noyées de soleil, de couleurs vives et la si jolie Provence. Elle, la semi-orpheline rongée le drame de ses parents qui n’est pas si facile à oublier dans la France campagnarde de l’après-guerre – Sébastien Japrisot le scénariste situe le tout au milieu des années 70 – dévastant tout sur son passage en entrant dans la vie de Pin-Pon, traversant le film au son d’un piano mécanique dont les notes finissent par glacer le sang. Tous les personnages qui oscillent entre stéréotypes à première vue faciles, à première vue seulement tant ils savent détourner ce que l’on pense d’eux. Fascinant et intemporel.