Naissance des pieuvres

In: Cinoche and dividi - Thursday 16 August 2007 @ 10:00 - Comments (4)

En 2000 sortait Fucking Amal film scandinave de Lukas Moodysson, chronique hyper attachante et étonnante de justesse sur l’adolescence et ses premiers émois (homo)sexuels à travers l’histoire d’Elin et Agnes, deux ados aussi dissemblabes que complémetaires. En 2006, sortait Melissa P., 15 ans film italien de Luca Guadagnino où l’adolescence était évoquée avec une violence et une sensualité troublante, frappante car encore une fois d’une incroyable justesse à travers le superbe personnage de ladite-Melissa. En 2007 sort Naissance des pieuvres film français de Céline Sciamma, qui explore les premiers désirs de l’adolescence et l’angoisse qui s’y lie inextricablement en suivant les personnages de Floriane, Marie et Anne.

L’été en banlieue parisienne. Marie (Pauline Acquart) ado frêle et silencieuse, tombe sous le charme de Floriane (Adèle Haenel) toute moue boudeuse et yeux clairs, lors d’un spectacle de natation synchronisée où son amie Anne (Louise Blachère) entraine les débutantes. Les trois jeunes filles vont se chercher, se découvrir, se révéler entre promenades nocturnes, couloirs de piscine et ennui d’un été qui n’en finit pas.

Les émois adolescents sont décidemment une question qui agite toujours autant les jeunes cinéastes qui en font souvent le sujet de leur premier film, voir Sofia Coppola avec Virgin Suicides ou ceux cités plus haut. Celui de Céline Sciamma a ceci de novateur et parfois agaçant qu’il est dans un traitement quasi-onirique et contemplatif qui en fait presque une vision fantasmée de son sujet. On ne voit jamais les parents des jeunes filles, leurs chambres sont quasi-exemptes de décoration, elles évoluent dans un décor totalement neutre et sans repères. Où la fameuse piscine devient le catalyseur des désirs qui nouent la gorge et l’estomac, du ballet des corps et des regards. Oui car dans Naissance des pieuvres, on ne parle presque pas – ou pour ne pas dire grand-chose de franchement significatif – tout passe dans les gestes et les silences. A cet égard les trois personnages remplissent parfaitement leur rôle: Marie, dont le corps est plus celui d’une enfant, qui se cache sous une mine éternellement renfrognée, Floriane jolie qui le sait et en joue, tout en étant pétrifiée par un pouvoir de séduction qu’elle ne contrôle pas, et entre les deux Anne, boulotte et déjà presque adulte réduite à jouer le role de trait d’union entre les deux filles et qui à défaut de mieux couche avec le soupirant de Floriane. Pourtant dans Naissance des pieuvres aucune violence dans les sentiments passionés des trois filles, tout n’est que douceur aquatique et languissante accompagnée d’une partition electro aérienne qui n’est pas sans rappeler celle de Air pour… Virgin suicides de Sofia Coppola. Tiens donc. Film fantasmatique donc mais fort peu crédible sur les tourments de l’adolescence. Céline Sciamma a un déjà un regard, une vraie patte de réalisatrice, quel dommage donc qu’elle n’ait pas voulu s’autoriser à pousser à fond les méandres de son sujet.

Naissance des pieuvres, Céline Sciamma, 2007

4 Comments »

  1. en voila un sujet qui est recurrent chez toi et bien plus que chez les cineastes que tu dénonce ::freedent::
    baleine sous gravillons tout ca hu hu

    Comment by nightmarica — Thursday 16 August 2007 @ 10:49

  2. A l’occasion, jette un coup d’oeil sur le charmant (et pas mièvre du tout) Lola Doillon, “Et toi, t’es sur qui ?”

    Comment by Bricabrac — Thursday 16 August 2007 @ 11:11

  3. Il me semble que c’est à cet âge que se concrétise notre être profond, que prennent racines les “thèmes” de ce qui sera notre existence.
    Un peu comme si l’enfance était une observation, l’adolescence un choix et l’âge adulte un combat pour défendre ces choix…
    :-)

    Comment by filaplomb — Friday 17 August 2007 @ 11:16

  4. dans cette même thématique, avait été fameux aussi “Summer of Love”, sorti au Royaume-Uni en 2004 puis ici en 2005.
    Et aussi Conte d’été d’Eric Rohmer (1996 ?).
    Toutefois, une différence majeure avec ces 2 films comme avec Fucking Amaal ou Melissa P, c’est que dans Naissance des pieuvres, c’est une femme qui est aux commandes

    Comment by Jef (20six) — Monday 20 August 2007 @ 11:13

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