Viens là que je te tue ma belle
Toute rentrée littéraire est friande de phénomènes hybrides qui sont super cools à exhiber sur les plateaux de télé et sur les couv’ de magazine. Je pensais qu’avec Ariane Fornia, on avait passé le fameux quota de “jeune prodige des lettres” mais j’avais tort. Car il y a aussi Boris Bergmann.

Notez le bandeau “le plus jeune auteur de la rentrée littéraire” qui accréditerait ce cliché que la valeur n’attend pas le nombre des années. Boris Bergmann donc, 15 ans et toutes ses dents, signe ce Viens là que je te tue ma belle comme étant un “journal imaginaire” que je suppose être un nouveau terme dérivé pour autofiction. Mais bon je vais laisser la quatrième de couverture parler et je remercie amazon.fr pour ces infos:
“Présentation de l’éditeur
Clac, clac, clac, clac,… J’adore écouter le bruit du talon de mes boots sur le marbre blanc de mon hall d’entrée. Quand je passe devant le miroir, je croise mon doux reflet, glacé dans l’immensité argentée, qui se répète… Qui se répète… Jusqu’à l’infini. Je reste quelques secondes à me regarder. Puis, quand tout est parfait, quand mes cheveux brillent à la lueur des derniers rayons du soleil couchant, quand le khôl noir sous mes yeux fait disparaître les traces de cernes des nuits dernières… Et seulement à ce moment… Je commence à m’admirer. Je dois être parfait.
Biographie de l’auteur
Boris Bergmann est né en 1992. À treize ans, en quatrième, il découvre le rock’n'roll et sa littérature : Alain Pacadis, Patrick Eudeline, Lester Bangs… Bientôt, il a le droit de sortir. Concerts, nuits blanches, amitiés, amours et transgressions. Deux ans plus tard, Boris n’est plus le même. Comme pour toute une génération française, le rock’n'roll a changé sa vie. Viens là que je te tue ma belle est le récit imaginaire de ces deux années initiatiques. Pour Boris, rien ne sera plus comme avant. Il vient d’avoir quinze ans. Et, c’est sa première rentrée littéraire. Grâce au rock’n'roll. ”
Donc Boris, non content de suinter l’autosatisfaction m’enfin on a tous eu quinze ans, a des parents permissifs, il découvre qu’on peut boire et éventuellement se droguer, faire des nuits blanches et des concerts de rock total transfigurants tu vois. Mais au fait, c’est quoi le rock pour Boris? C’est là que le résumé de evene.fr plus précis fout vraiment les jetons:
“L’immersion d’un adolescent dans le monde du rock français à l’occasion des tournées de Naast, des Second Sex, des Plasticines et des Shades. Premier sentiment de liberté et de puissance, premier amour, mais surtout histoire universelle de l’adolescence occidentale sur fond de rock’n’ roll, de myspace et de MSN. ”
Donc le rock pour Boris c’est d’aller voir des groupes qui sont l’exact opposé de ce qu’on peut imaginer de rock (ah si dans le livre il cite quand même les White Stripes et les Sex pistols). Des mômes friqués qui achètent leurs fringues chez Colette, font le son le plus propre, le plus insipide, le plus néantissime qui soit et qui de toutes façons vont se coucher tôt puisqu’à leurs ages, ils ont lycée le lendemain. Ptet pas pour les Plasticines mais en tout cas pour Naast c’est sûr. Ah vraiment bravo Philippe Manoeuvre et Patrick Eudeline (ce dernier je le rappelle est allé se ridiculiser dans le très mauvais Tel père, telle fille avec Vincent Elbaz mais surtout aux côtés des Second sex), on peut dire que vous n’aidez pas à relever le niveau des jeunes crétins parisiens. On ne peut pas en vouloir à un môme de quinze ans de ne pas encore tout connaître au rock, mais pour fréquenter assidûment le forum de Punish Yourself – il est dans mon blogroll pour les curieux – j’ai vu bien des ados arriver avec un niveau culturel proche du zéro et maintenant approcher tranquillement la vingtaine en ayant des références et des connaissances proprement démentes. Car on a la chance d’avoir certes un mec comme Vx qui est déjà à lui seul un puit de science passioné mais surtout qui sait parler de ce qu’il veut faire découvrir de façon passionante, mais aussi tout un tas de vieux de la vieille qui s’ils regardent les ptits jeunes qui n’en veulent avec indulgence, ont surtout le plaisir de nous faire partager leurs références littéraires, musicales et cinématographiques.
Pourtant, quand on écoute ce jeune homme raconter son livre – c’est d’ailleurs lui qui en parle le mieux – c’est loin d’être catastrophique, ça serait genre le film Thirteen de Catherine Hardwicke mais avec des jeunes garçons à la place des jeunes filles et ça se passerait à Paris au lieu d’être une banlieue des Etats-Unis:
Et l’extrait qu’il lit, pas mal hein? Y a pas à dire ça claque. Ceci dit, manque de bol pour vous si vous comptiez acheter le livre, Boris vient de vous lire le meilleur extrait. Pour le reste, c’est un livre malheureusement affligé de tous les tics à la fois de l’adolescence mais aussi de l’époque. Ecrire plein de phrases en majuscule pour montrer qu’on gueule comme sur un forum. Mettre plein de bouts de phrases en anglais et des extraits de paroles de chansons. Ecrire de façon complètement décousue parce que visiblement l’introspection c’est plus important que travailler un minimum l’intrigue… C’est pour ça que ce récit s’appelle un “journal imaginaire”? Et surtout parler des groupes qu’on aime et de son univers comme des colifichets et amulettes qui sont en surface, seulement en surface. C’est très très adolescent, c’est comme faire des listes de j’aime/j’aime pas ou mettre le maximum de saloperies clignotantes et images pour tuner sa page MySpace. Technikart toujours à renifler la branchouille-attitioude lui consacre une longue interview dans le numéro de ce mois-ci où le jeune garçon qui exhibe fièrement le même type de costume gris que Justin Timberlake dit “Fuck les trentenaires!” sur la couv’! Car Boris est aussi un dandy qui lit aussi Lautréamont, Jean Cocteau, ne jure que par la classe dont selon lui, notre tranche d’age est lamentablement dépourvue. Ah impétueuse jeunesse. Boris Bergmann c’est un peu le petit frère à qui vous filez une tarte dans la gueule quand il se prend un peu trop pour le nombril du monde, soit vous lui ébourrifez d’un geste de la main sa tignasse savamment coiffée car il sait être attendrissant malgré tout, même quand il tente de t’expliquer comme tout bon newbie qui se respecte toute l’histoire du rock, alors que hum c’est pour ainsi dire toi qui lui a servi sur un plateau parce que tu veux aider à son éducation. Bah oui, quand on se découvre dandy voire romantique, on s’imagine le Holden Caulfield parisien arpentant les trottoirs mouillés et les nuits sans fin où l’on boit l’aube à sa source. Bref rien de grave, Boris est inoffensif, juste je comprend que ça fasse bander la presse branchée de voir un môme de 15 ans plébisciter Patrick Eudeline et dire que le rock des seventies c’est génial (et il y a des choses géniales à cette époque quoi que ce ne sont pas toujours celles que les medias aiment à brandir) mais c’est somme toute une manière comme une autre de rester bien au chaud dans ses pantoufles et de surtout éviter de prendre des risques. En tout cas, j’espère que le jeune Boris va mettre ses droits d’auteur à profit pour aller dans de “vrais” concerts de rock, d’ailleurs s’il passe ici je l’invite grandement à venir s’inscrire sur le forum de Punish Yourself… Les membres se feront un plaisir de revoir son éducation musicale et culturelle huhu.
[EDIT] Han j’avais pas vu mais l’ami Boris a un site [EDIT]
Jamais entendu parler de B.B. avant ton post Dahlia. Et pas le temps de le lire. C’est vraiment malheureux cette idée de bandeau, cet argument de vente ! A quand “Le plus vieil auteur de la rentrée littéraire” ?
“Jeanne Vigouroux est né en 1902. À 103 ans, en maison de retraite, elle découvre sur le tard le rock’n’roll et sa littérature : Alain Pacadis, Patrick Eudeline, Lester Bangs… Bientôt, elle a des permissions de sortie. Concerts, nuits blanches, amitiés, amours et transgressions. Deux ans plus tard, Jeanne n’est plus la même. Comme plusieurs générations françaises, le rock’n’roll a changé sa vie. Viens là que je t’euthanasie est le récit imaginaire de ces deux années initiatiques. Pour Jeanne, rien ne sera plus comme avant. Elle vient d’avoir cent cinq ans. Et, c’est sa première rentrée littéraire. Grâce au rock’n’roll. ”
Comment by joe — Thursday 18 October 2007 @ 04:07
Je veux bien être la première belle qu’il va tuer :( Ce qui me fout en rogne, c’est pas le jeune homme… Ce sont ses éditeurs. Quand je pense à tous les gens (comme moi :) qui se cassent le cul à écrire un bon livre, avec une vraie intrigue et des personnages qui n’ont rien à voir avec notre nombril… A quoi ça sert puisque désormais même un môme de quinze ans sans aucune expérience de l’écriture et incapable d’écrire autre chose qu’un journal (bon dieu, un journal… je suis sûre que le mien est mieux écrit!) peut être publié. Je croyais qu’on devenait éditeur par amour de la littérature… J’suis con. Plus ça va, plus on plébiscite la médiocrité. Ca me rend dingue.
Joe : mdr
Comment by Kalys — Thursday 18 October 2007 @ 09:44
Que dire? ils ont trouvé un produit a vendre a tous les mécheux,bottine,slim , ca fait potentielement
beaucoup d’argent. il ny a pas de litterature la dedans, juste du business! et c est comme pour les emissions de merde a la télé ,si on arretait de les acheter ils arreteraient d’en fabriquer….
Comment by nightmarica — Thursday 18 October 2007 @ 10:04
@Joe: oh tu ne perds rien… si ce n’est ce plaisir coupable de ricaner sur cette jeunesse “décadente” qui croit avoir des choses à nous apprendre et s’y prend de curieuse manière pour le faire :D
@Kalys: figure-toi que j’ai appris sur la toile (ceci dit, j’aurai pu m’en douter) que Patrick Eudeline est directeur de collection chez Scali, qui édite donc le bouquin de Boris… Je serai mauvaise langue, je dirai qu’il n’y a pas de hasard.
@nightmarica: tu met sur le doigt sur ce que me confiait Second Flore hier, à savoir que c’est presque du produit dérivé pour génération slim-meyche comme Lolita Pille l’était pour la jeunesse dorée.
Ah au fait histoire de rigoler et de constater que cette publication ne doit rien au hasard voici la copie d’un truc que j’ai trouvé sur la toile:
“Boris Bergmann est le plus jeune auteur de cette fameuse rentrée littéraire. 15 ans. Sa qualité principale et son défaut dominant. Il y a un an et demi, Boris traînait comme un cliché dans le docu d’Ariel Wizman, les bébés rockeurs. Aujourd’hui, son livre Viens là que je te tue ma belle est publié chez Scali et déjà réédité. Explication du phénomène.
Le foulard noué sur une marinière impec, le mocassin de saison et la touffe de cheveux estampillée poète, Boris Bergmann a du style. D’ailleurs, il le revendique : « Il y a deux ans, je mettais des slims, on me crachait dessus et on me traitait de PD. Maintenant tout le monde en met. Je ne veux pas dire que c’est nul. Si tout le monde peut s’habiller bien et écouter de la bonne musique : c’est mieux ».
La musique et le style, c’est de cela que traite le livre de Boris : Comment un jeune garçon promis au jogging jaune poussin Lacoste et aux inepties de 50 cent, découvre la culture et le bon goût via le rock.
Et sa quête du graal n’a pas été longue. « Je me rappelle de journées où je découvrais Georges Bataille, Jean Genet, et Henry Miller dans la même journée. J’avais douze ans, je lisais Le Tropique du cancer, et je me disais c’est juste fou. ». A quinze ans, Boris a déjà une solide culture classique et paraît être le chef de file d’une nouvelle génération de romantiques décadents. Etudier Lautréamont et Barbey d’Aurevilly en classe de seconde est un rêve et le petit est déjà listé au Prix de Flore. Pas mal.
Pour autant, Boris a tout de l’ado « normal » : classe de seconde, nul en maths, restau entres potes et maman bobo, qui a bien pris la publication du livre (le livre, journal plus ou moins fictif, nous raconte que Boris s’est payé du bon temps dans le dos de maman).
Pour être l’ado à la mode, il suffirait donc de s’enquiller les pages de nos auteurs du XIXe et de s’habiller vintage ? Pas seulement, et c’est là que réside le paradoxe Bergmann. ”
Ce texte est tiré de là:
http://obstyles.nouvelobs.com/article.php?rubrique=culture&id=256&page=1
Je pourrai commenter cet articulet idiot, mais je trouve qu’il parle pour lui-même… :D
Comment by Dahlia — Thursday 18 October 2007 @ 12:47
bonjour tout le monde, hé oui , c’est assez navant , mais ne croyez pas un mot de tout ce que vous allez lire voir et entendre sur le fameux Boris (dont l’oncle est Hedi Slimane, pour les fringues il n’a aucun souci à se faire, DIOR homme de la tête au pieds)..c’est exactement le même Topo que pour la propagande NAAST…moins con que guguss (ça c’est pas trop dur , umppf!), c’est lui qui reprend le flambeau…
15ans : faux, il a bcp plus!
vizmann, manoeuvre , eudeline , G . tacou,beigbeder, ext…sont bien introduits dans les médias.presse télés ext..
c’est encore une ruse , pour relancer cette “génération rock”…lançée par manoeuvre et ses potes et qui se casse la gueule vu que c’est de la merde!
boris est le meilleur pote de guguuss!
vous y avez cru au coup du 15 ans??
de toute façon quand on voit le planning promo sur son site ! il écume TOUS les pateaux télés et cela ne fait que commencer! qui peut , de nos jours avoir droit à une telle PROPAGANDE???
le livre est juste réédité, uniquement, pour le ressortir sans fautes d’othographes.(ça le fout mal pour le prix de flore!!)
franchement un peu ras le bol de cette clique nauséabonde , manoeuvre , R§F , tecnikart , et tous les autres.
le piston c’est pas nouveau , mais pour étouffer les gens de talents et nous présenter de la MERDE , Non MERCi!!
décidement les eudeline, manoeuvre, and co, on l’art de se fourrer dans des plans merdiques!!
ils n’attendent que ça la “polémique”, alors je crois que le meiux c’est d’être lucide sur ce COUP marketing ..et de parler de personnes de talents, et ce n’est pas ce qui manque!
votre chronique est vachement bien et votre blog aussi.
le BORIS va finir bouffé par la machine médiatique et c’est tout.
bref aucun intérêt. TOUT est du PIPEAU!
en fait le truc c’est d’être pipolisé , à tout prix!
salutations à vous tous.
Comment by propagande et pipo — Thursday 18 October 2007 @ 14:06
Etant une jeune fille particulièrement naïve, je suis triste d’en apprendre de si laides sur le compte de Patrick Eudeline, que j’aimais bien (en passant, comme ça, je ne le connais pas super non plus)
Comment by Kalys — Friday 19 October 2007 @ 16:16
toute la clique au complet dans le jury de “nouvelle star “2008 , manoeuvre dans le jury , la très classieuse (beurk ) LIO , et bien sur dans les amis toute l’équipe , eudeline , beigbeder , naast , BORIS ext..jetez un coup d’oeil , vous verrez, notez bien , que je ne trouvais pas l’émission désagréable à regarder ,MAIS là en effet ,ça sent la grosse fumisterie !
http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendID=236236740
Comment by pipolisation en vue — Thursday 25 October 2007 @ 22:32
J’ai lu ce livre que ma sœur ma gracieusement offert pour Noël. Lorsque je l’ai fini, j’ai regardé au dos de la couverture pour voir le prix, heureusement un coup de marqueur y avait été soigneusement déposé.
Pour faire bref, je dirais que, ce livre est sans intérêt, des chapitres (si on peut appeler ça des chapitres) de trois pages maximums, le même mot recopié sur une demi-page (peu être un effet de style que je ne connais pas).
Des passages du genre :
Je me hais
Je les hais
Je nous hais
Je vous hais
Stop
Fin
Aïe, je me meurs !
Souffrance, souffrance, aïe ! Je sui encore en vie
Elle court, elle me court après, aïe ! stop, suis-je encore là
Je l’embrasse, je ne la connais pas
Néant, silence
Je vous dégoûte
………….
En gros que de la merde
C’est pour dire à un moment je croyais lire une communication sur msn
J’ai même été assez surpris de ne pas voir des lol, pdr et mdr
Si dans ce livre les mots sont recopiés comme dans une punition, ce n’est pas par hasard ! Car pour cette année j’ai vraiment l’impression d’avoir été puni par le père Noël. Pour sur que l’année prochaine je serai gentil car plus jamais je l’espère, je ne trouverais en sortant de mon lit une bouse sur laquelle est marqué Boris (Bergmann)
Aussi égocentrique que notre ami Boris je vous laisse mon blog ou j’écris quelques conneries que je me permets d’appeler poésie.
Comment by pierre — Saturday 29 December 2007 @ 14:55
Qui etes vous pour juger a ce point ? Commenter, ok mais juger non ! La tolerance vous conaissez ? Vous n’avez que la critique a la bouche … Il ne se debrouille pas si mal le Boris, sauriez vous faire mieux ? C’est sure qu’il ne peut pas avoir la plume d’un Shakespeare, faut pas rever .
La bise.
Comment by Lau' — Tuesday 29 January 2008 @ 22:50