Je gagne toujours à la fin

In: Bouillon de culture - Wednesday 30 January 2008 @ 15:49 - Comments (0)

Bon alors comment aborder le personnage Tristan-Edern Vaquette. Pas simple, car cet homme déroute autant qu’il séduit. Toujours vêtu de rouge, cultivant une allure de Méphistophèles déglingué et une manière de s’exprimer qui oscille entre la grossièreté et un raffinement extrême de la langue française. On ne peut pas passer à côté du personnage Vaquette tellement cette créature est indissociable de l’homme qui se trouve en-dessous. Car s’il a écrit le roman Je gagne toujours à la fin, Tristan-Edern Vaquette est avant tout performer avec une vie sur scène déjà assez remplie. Et à dire vrai, il est plus que conseillé de connaitre le personnage avant d’aborder Je gagne toujours à la fin.

En fait, dans une époque où on parle à tout bout de champ d’autofiction dans la littérature, on peut dire que Vaquette se la réapproprie avec panache. Il se met en scène dans un roman qu’il situe durant la Seconde Guerre Mondiale et plus précisemment la Résistance, truffer son récit d’anachronismes potaches, de digressions que ne renierait pas Pierre Desproges, écrit des dialogues qui sont franchement réjouissants et se déplace flanqué de deux acolytes assez improbables, Bixente – montagne de muscles au verbe gouailleur – et Artémise, caissière désabusée qui quitte son mari pour l’occase. Le verbe haut et le courage en bandoulière, Vaquette traverse la Résistance et impose à tous son implacable réthorique et philosophie de vie notamment dans un long procès qui clôt le roman… Ah non ce qui clôt le roman c’est ce “Je gagne toujours à la fin” qui claque!

Roman assez inclassable donc. Et pas toujours évident à appréhender. Les fameuses digressions et les ajouts (en gros là, il peut très bien s’amuser à dire “ami lecteur et si tu faisais le croquis du lieu dont je te parle pour mieux visualiser et si tu me l’envoyais ensuite à cette adresse mail” ou “merde on va encore dire que je suis misogyne à faire chialer comme mes personnages féminins” mais aussi des réflexions plus intelligentes que je préfère vous laisser découvrir par vous-même quand vous le lirez) dont Vaquette adore parsemer son texte sont parfois plombants parce qu’ils en freinent l’élan. Pourtant cet aspect foutraque s’il peut être parfois casse-pieds est absolument nécéssaire, sinon nul doute qu’on en ressentirait un manque. Car Vaquette a écrit un roman qui lui ressemble de bout en bout, un bouquin megalo, franchement attachant et jubilatoire. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un manuel de philosophie libertaire simplifié à l’usage des ignorants, mais tout de même. Il se dégage des axes de réflexion tout au long de la lecture qui, s’ils sont amenés par des situations complètement cocasses et des dialogues – là encore – complètement desprogiens, sont plus que percutants. Le genre de trucs qui ne se contente pas de vous faire marrer à la lecture, mais qui apporte un supplément d’âme, même si je sais, l’expression est un peu galvaudée. Comment conclure donc? Bah pour rester dans le desprogien, je dirai que Tristan-Edern Vaquette est coupable, mais son avocat vous en convaincra mieux que moi !

Je gagne toujours à la fin - Tristan-Edern Vaquette

Je gagne toujours à la fin, Tristan-Edern Vaquette, Editions du Diable Vauvert, 2003, 356 pages

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