Maléfique
Quatre détenus dans une cellule d’une prison imaginaire. Marcus, le transsexuel aux nibards qui tombent et qui fait consciensieusement sa muscu avant d’enfiler sa perruque bon marché (Clovis Cornillac avant qu’il devienne bankable!). Lassalle, le prof de philo qui a trucidé sa femme au petit dèj un beau matin. Pâquerette, le cinglé adepte de la torture pour pouvoir faire des petits séjours réguliers à l’infirmerie. Et Carrère, chef d’entreprise inculpé pour malversations, le dernier arrivé au moment où débute Maléfique. Tous apprennent à cohabiter avec le nouveau détenu entre regards noirs et menaces de troc forcé, avant de trouver un étrange livre caché derrière une pierre branlante du mur de la cellule. Un livre bien entendu… maléfique. Pour son premier film, Eric Valette mise sur les références à Lovecraft et au Necronomicon dans un univers carcéral crapoteux, crasseux et franchement déglingué. Plus grindhouse que Maléfique tu meurs : personnages dégénérés ou carrément pleutres, image poussiéreuse, dialogues cash, bonne dose de fantastique bien saucée de gore (c’est simple, ça gicle, ça suinte, les membres sont tordus, tranchés…). Série B. fauchée mais pas si mal troussée, Maléfique réussit surtout la prouesse d’être un film d’horreur prenant alors qu’il ne s’y passe presque rien (allez quelques scènes-choc), que les dialogues restent très réduits et qu’on ne quitte jamais l’univers carcéral. Assez pour qu’on se dise, qu’est-ce qui a manqué à ce film? Plus de budget? Un scénario plus consistant? Une société de production qui n’a pas le mauvais goût de lâcher son réa après s’être gaufrée sur des films super nanardesques? Peut-être tout ça à la fois. En attendant, sans être réussi, on ne peut pas dire que Maléfique soit un film raté.
Le roi de l’évasion
Inclassable, insaisissable Roi de l’évasion! Hallucinant ce film qui dynamite tous les codes, toutes les situations, c’est un joyeux n’importe quoi rural et hédoniste! Armand, pédé quadra qui vend des tracteurs dans la campagne du Tarn est un gros nounours sympa qui veut seulement qu’on le laisse avoir des avantures avec des hommes, de surcroit plus vieux que lui et mariés. Manque de bol, il croise la route de Curly (comme les gâteaux apéro), 16 ans, qui manque de se faire vraiment emmerder par une bande de jeunes. Refusant de se battre, il y va pour 200€ de sa poche pour qu’on fiche la paix à la gamine, qui se prend d’amour pour lui et le poursuit envers et contre tout pour batifoler joyeusement dans les herbes… Armand finit par se dire que ça serait bien finalement qu’il essaie au moins une fois. Mais le père de Curly, c’est son concurrent direct à la vente de tracteurs, celui qui lui casse les pieds qu’il ne dépasse pas son territoire, il se met donc à le courser, aidé par les gendarmes du coin. Armand décide donc de prendre la clé des champs avec Curly… Un pitch improbable, un film entièrement tourné dans la campagne noyée de soleil de Midi-Pyrénées, une frénésie sexuelle des plus politiquement incorrectes (les corps sont fripés, gras, vieux, blancs ou bronzés, et suprême sacrilège, tous les pédés du film sont loin d’être de jeunes éphèbes!), où l’on apprend que le lubrifiant “Sensation fraicheur” de Durex (6€ à Intermarché) c’est vraiment trop bon et que la Dourougne est une racine qui fait super vite, rend super malin et donne une putain de libido. La première moitié du film peine à trouver son rythme, difficile de savoir où cette histoire veut aller (Armand qui traque les hommes mariés, qui fait du vélo sur les routes de campagne, Curly qui râle parce qu’elle a plus le droit de sortir) et enfin vient l’évasion tant attendue qui donne sacrément envie de faire la même chose et d’aller baiser tranquille sous les arbres en mangeant des tomates croque-sel! Jusqu’à un final touchant et néanmoins très drôle impossible à raconter pour ne pas gâcher l’effet euphorisant qu’il procure. C’est pas un immense film, mais c’est cochon, inattendu, gourmand et très marrant.
L’arnacoeur
Oh le film qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une comédie romantique française de merde! Vanessa Paradis, Romain Duris, un scénario cousu de fil blanc (en apparence)… Et pourtant. Alex Lippi est briseur de couples. Un pro secondé par sa soeur et son beau-frère, ils font en sorte de casser les romances où les femmes sont malheureuses sans s’en rendre compte et restent avec un beauf, un crétin, ou un type qui s’occupe mal d’elles. La fine équipe est toujours engagé par un proche qui n’en peut plus de voir ce gâchis. Les méthodes sont bien rodées et infaillibles, tant grâce aux talents de comédien d’Alex qu’à l’ingéniosité de ses acolytes. Mais là, la mission est de taille: il doit briser le couple de Juliette Van Der Beck, une riche héritière parfaitement heureuse et épanouie avec un anglais richissime et bien sous tous rapports. C’est contre son éthique, mais il a une dette énorme à honorer, donc il accepte le contrat. Sauf que Juliette a du caractère et elle semble décidée à se débarasser de lui. Dans L’arnacoeur, tout est improbable, rien n’est crédible. Et pourtant, tout fonctionne, tout surprend, tout est drôle. Très proche des comédies américaines des années 50 où toutes les situations pétillent et rebondissent jamais là où on les attend, une comédie dont les gags et les éclats de rire surgissent avec une spontanéité dévastatrice, c’est déjà beaucoup, c’est même énorme. Les hommages détournés aux maitres-étalon de la comédie romantique (les scènes géniales ou intervient Dirty dancing, la façon dont les deux héros se cachent contre la vitre de la voiture pour faire du play-back sur George Michael et garder leur dignité) sont des plus réussis mais la grande force de L’arnacoeur, c’est qu’il sait s’éloigner des codes et de la parodie pour construire sa propre dynamique séduisante en diable. Et que dire des rôles secondaires, si bien écrits et interprétés qu’ils feraient totalement capoter la qualité de l’ensemble s’ils n’y étaient pas? Julie Ferrier et François Damiens, le second couple du film craquants, touchants, drôles, Helena Noguerra, la copine rock’n'roll petit diable sur l’épaule qui catapulte le petit ange pour s’y mettre, même le petit ami de Juliette irréprochable, au point qu’on aurait presque de la peine pour lui… Une vraie réussite qui donne envie d’espérer une nouvelle école de réalisateurs français de cette trempe!