Jérôme Attal va faire de vous un héros (ou pas ?)

In: Bouillon de culture - Friday 16 April 2010 @ 18:23 - Comments (0)

Jérôme Attal est un habitué des pages de Discordance et nous avons toujours suivi avec attention l’univers artistique du chanteur-romancier qui est un véritable stakhanoviste de l’écriture. Quand il n’écrit pas des romans, il écrit des chansons. Quand il n’écrit pas des chansons pour lui ou pour ses romans, il en écrit pour d’autres (Eddy Mitchell entre autres). Quand il n’écrit pas de chansons, il noircit des pages entières de HTML sur son site, à la section « journal intime ». Quand il n’alimente pas son journal intime, il en invente d’autres en se glissant dans la peau d’Andy Warhol ou écrit des nouvelles pour la revue littéraire Bordel. Et comme si ça ne suffisait pas, il co-écrit même des scénarios pour la télévision.

Alors quand Jérôme Attal décide de publier un roman « dont vous êtes (peut-être) le héros« , on va y regarder de plus près. Ca donne Pagaille monstre, objet littéraire ludique et pop, de sa couverture inspirée des affiches hitchcockiennes à ce héros étudiant en cinéma qui voue un culte à Jess Franco et rêve de faire une course-poursuite sur la musique du film Bullit. Sur le principe des chapitres s’achevant sur des issues à choix multiples (allez au numéro 68 si vous décidez de répondre au sms de votre ex ou continuez au 54 si vous rentrez chez vous sans rien faire), Jérôme Attal circonscrit le genre à ce dont il parle le mieux: les histoires d’amour teintées de mélancolie et d’humour discret. Si l’exercice se révèle parfois bancal (un héros parisien jusqu’au bout des ongles parfois difficile à discipliner même en refaisant plusieurs fois l’histoire!), le goût du jeu qu’a eu Jérôme Attal en écrivant Pagaille monstre se transmet aux lecteurs dès les premières pages. Pari gagné donc!

Pour lire mon interview de Jérôme Attal, rendez-vous dans Discordance !

[Ciné] Critiques express #4

In: Cinoche and dividi - Thursday 15 April 2010 @ 18:44 - Comments (0)

Maléfique

Quatre détenus dans une cellule d’une prison imaginaire. Marcus, le transsexuel aux nibards qui tombent et qui fait consciensieusement sa muscu avant d’enfiler sa perruque bon marché (Clovis Cornillac avant qu’il devienne bankable!). Lassalle, le prof de philo qui a trucidé sa femme au petit dèj un beau matin. Pâquerette, le cinglé adepte de la torture pour pouvoir faire des petits séjours réguliers à l’infirmerie. Et Carrère, chef d’entreprise inculpé pour malversations, le dernier arrivé au moment où débute Maléfique. Tous apprennent à cohabiter avec le nouveau détenu entre regards noirs et menaces de troc forcé, avant de trouver un étrange livre caché derrière une pierre branlante du mur de la cellule. Un livre bien entendu… maléfique. Pour son premier film, Eric Valette mise sur les références à Lovecraft et au Necronomicon dans un univers carcéral crapoteux, crasseux et franchement déglingué. Plus grindhouse que Maléfique tu meurs : personnages dégénérés ou carrément pleutres, image poussiéreuse, dialogues cash, bonne dose de fantastique bien saucée de gore (c’est simple, ça gicle, ça suinte, les membres sont tordus, tranchés…). Série B. fauchée mais pas si mal troussée, Maléfique réussit surtout la prouesse d’être un film d’horreur prenant alors qu’il ne s’y passe presque rien (allez quelques scènes-choc), que les dialogues restent très réduits et qu’on ne quitte jamais l’univers carcéral. Assez pour qu’on se dise, qu’est-ce qui a manqué à ce film? Plus de budget? Un scénario plus consistant? Une société de production qui n’a pas le mauvais goût de lâcher son réa après s’être gaufrée sur des films super nanardesques? Peut-être tout ça à la fois. En attendant, sans être réussi, on ne peut pas dire que Maléfique soit un film raté.

Le roi de l’évasion

Inclassable, insaisissable Roi de l’évasion! Hallucinant ce film qui dynamite tous les codes, toutes les situations, c’est un joyeux n’importe quoi rural et hédoniste! Armand, pédé quadra qui vend des tracteurs dans la campagne du Tarn est un gros nounours sympa qui veut seulement qu’on le laisse avoir des avantures avec des hommes, de surcroit plus vieux que lui et mariés. Manque de bol, il croise la route de Curly (comme les gâteaux apéro), 16 ans, qui manque de se faire vraiment emmerder par une bande de jeunes. Refusant de se battre, il y va pour 200€ de sa poche pour qu’on fiche la paix à la gamine, qui se prend d’amour pour lui et le poursuit envers et contre tout pour batifoler joyeusement dans les herbes… Armand finit par se dire que ça serait bien finalement qu’il essaie au moins une fois. Mais le père de Curly, c’est son concurrent direct à la vente de tracteurs, celui qui lui casse les pieds qu’il ne dépasse pas son territoire, il se met donc à le courser, aidé par les gendarmes du coin. Armand décide donc de prendre la clé des champs avec Curly… Un pitch improbable, un film entièrement tourné dans la campagne noyée de soleil de Midi-Pyrénées, une frénésie sexuelle des plus politiquement incorrectes (les corps sont fripés, gras, vieux, blancs ou bronzés, et suprême sacrilège, tous les pédés du film sont loin d’être de jeunes éphèbes!), où l’on apprend que le lubrifiant “Sensation fraicheur” de Durex (6€ à Intermarché) c’est vraiment trop bon et que la Dourougne est une racine qui fait super vite, rend super malin et donne une putain de libido. La première moitié du film peine à trouver son rythme, difficile de savoir où cette histoire veut aller (Armand qui traque les hommes mariés, qui fait du vélo sur les routes de campagne, Curly qui râle parce qu’elle a plus le droit de sortir) et enfin vient l’évasion tant attendue qui donne sacrément envie de faire la même chose et d’aller baiser tranquille sous les arbres en mangeant des tomates croque-sel! Jusqu’à un final touchant et néanmoins très drôle impossible à raconter pour ne pas gâcher l’effet euphorisant qu’il procure. C’est pas un immense film, mais c’est cochon, inattendu, gourmand et très marrant.

L’arnacoeur

Oh le film qui ressemble comme deux gouttes d’eau à une comédie romantique française de merde! Vanessa Paradis, Romain Duris, un scénario cousu de fil blanc (en apparence)… Et pourtant. Alex Lippi est briseur de couples. Un pro secondé par sa soeur et son beau-frère, ils font en sorte de casser les romances où les femmes sont malheureuses sans s’en rendre compte et restent avec un beauf, un crétin, ou un type qui s’occupe mal d’elles. La fine équipe est toujours engagé par un proche qui n’en peut plus de voir ce gâchis. Les méthodes sont bien rodées et infaillibles, tant grâce aux talents de comédien d’Alex qu’à l’ingéniosité de ses acolytes. Mais là, la mission est de taille: il doit briser le couple de Juliette Van Der Beck, une riche héritière parfaitement heureuse et épanouie avec un anglais richissime et bien sous tous rapports. C’est contre son éthique, mais il a une dette énorme à honorer, donc il accepte le contrat. Sauf que Juliette a du caractère et elle semble décidée à se débarasser de lui. Dans L’arnacoeur, tout est improbable, rien n’est crédible. Et pourtant, tout fonctionne, tout surprend, tout est drôle. Très proche des comédies américaines des années 50 où toutes les situations pétillent et rebondissent jamais là où on les attend, une comédie dont les gags et les éclats de rire surgissent avec une spontanéité dévastatrice, c’est déjà beaucoup, c’est même énorme. Les hommages détournés aux maitres-étalon de la comédie romantique (les scènes géniales ou intervient Dirty dancing, la façon dont les deux héros se cachent contre la vitre de la voiture pour faire du play-back sur George Michael et garder leur dignité) sont des plus réussis mais la grande force de L’arnacoeur, c’est qu’il sait s’éloigner des codes et de la parodie pour construire sa propre dynamique séduisante en diable. Et que dire des rôles secondaires, si bien écrits et interprétés qu’ils feraient totalement capoter la qualité de l’ensemble s’ils n’y étaient pas? Julie Ferrier et François Damiens, le second couple du film craquants, touchants, drôles, Helena Noguerra, la copine rock’n'roll petit diable sur l’épaule qui catapulte le petit ange pour s’y mettre, même le petit ami de Juliette irréprochable, au point qu’on aurait presque de la peine pour lui… Une vraie réussite qui donne envie d’espérer une nouvelle école de réalisateurs français de cette trempe!

Laurent Binet entre dans l’H(h)istoire

In: Bouillon de culture - Wednesday 7 April 2010 @ 16:34 - Comments (0)

Tout romancier qui s’empare de faits historiques aisément identifiables et vérifiables est souvent pris d’un cas de conscience: ai-je le droit de raconter l’Histoire à ma manière ? Est-ce trahir que de le faire avec ma sensibilité ?

Quand on raconte une période historique a posteriori, n’est-on pas tenté de plaquer ce qu’on pense et d’imaginer au lieu d’en rester à la vérité des faits ? A l’heure où la polémique Haenel-Lanzmann gagnait du terrain sur le sujet avec des discussions enflammées à propos de Jan Karski, Laurent Binet sortait HHhH, un premier « non-roman » de plus de 400 pages sur un fait de la Deuxième Guerre Mondiale en apparence isolée : l’assassinat de Reinhard Heydrich par deux parachutistes, Gabcik et Kubis (l’un est Tchèque, l’autre Slovaque). Un attentat en apparence raté, mais qui aura une influence considérable sur l’accélération et le dénouement du conflit.

Laurent Binet, professeur de français en banlieue parisienne, et déjà auteur de la très pince-sans-rire Vie professionnelle de Laurent B. parue en 2004, obsédé par cette histoire (un service militaire en Slovaquie va précipiter le tout !) décide d’écrire un livre pour en parler. Mais une fois confronté aux zones d’ombre et aux manques, comment résister à l’envie d’une forme exclusivement romanesque pour donner du corps à une histoire déjà en soi extraordinaire ? HHhH (qui a failli s’appeler Opération Anthropoïde, vrai nom de code pour l’attentat, mais titre jugé trop « science-fiction) est une plongée passionnante dans cette lutte incessante chez l’auteur et produit un texte d’une grand richesse qui dynamite tous les codes du roman, de l’essai et même du document historique. Un texte notamment adoubé par… Claude Lanzmann et qui vient d’être couronné par le Prix Goncourt du premier roman.

Pour lire mon interview de Laurent Binet, rendez-vous sur Discordance !

L’enfer d’Henri-Georges Clouzot

In: Cinoche and dividi - Sunday 4 April 2010 @ 20:28 - Comments (0)

L’enfer, le film qui a sonné le glas de la carrière de Clouzot. Il ne fit que deux films après ce naufrage absolu. Il faillit mourir d’une crise cardiaque sur le tournage. Il ne survivra que treize ans à cet échec personnel. L’enfer, LE film maudit du cinéma français, presque l’égal du Don Quichotte de Welles, celui sur lequel tous les cinéphiles ont fantasmé pendant des dizaines d’années, qui a nourri d’immenses regrets, de nombreux mythes, alimenté par le souvenir de la personnalité tyrannique et obsessionelle de Clouzot et l’immense talent de Romy Schneider. Les bobines que la veuve du cinéaste gardait précieusement allaient-elles définitivement pourrir au fond d’une cave, perdues pour l’éternité? Grâce à une rencontre qu’on croirait presque fabriqué tant elle est romanesque et fortuite (Serge Bromberg, le réalisateur du documentaire a réussi à arracher le morceau en restant par hasard coincé trois heures dans un ascenseur avec Inès Clouzot!), L’enfer est sauvé pour un documentaire qui compile souvenirs de tournage et reconstitution des rushes (sans le son original malheureusement), et fait réinterpréter quelques scènes manquantes par Jacques Gamblin et Bérénice Béjo.

Ce qui est frappant quand se termine ce documentaire, c’est une étrange mise en abyme. Car il s’agit là d’un documentaire sur un film inachevé, parsemé de manques flagrants et qui à part les fameux rushes totalement inédits depuis plus de cinquante ans ne raconte presque rien que l’on ne sache déjà sur le tournage et le film. La faute à l’absence de la plupart des personnes impliquées dans l’aventure, parce qu’ils sont morts depuis trop longtemps (Romy Schneider et Serge Reggiani), parce qu’on n’a pas été les chercher (Dany Carrel, l’autre femme du casting entre autres, Jean-Louis Trintignant qui avait remplacé Reggiani au pied levé après le début de sa maladie) ou sans doute parce qu’ils ont refusé (pourquoi la veuve de Clouzot a-t’elle enfin accepté de donner les rushes? Mystère…). Résultat, tous ceux qui sont présents racontent ce que presque tous les cinéphiles qui se sont un peu documenté connaissent déjà: Clouzot cinéaste précis et pointilleux pousse ses acteurs à bout, exige trois équipes sur le tournage, filme et refilme à l’infini des scènes déjà tournées… Le scénario devient dans le documentaire pur prétexte et on insiste bien plus sur les prouesses plastiques et esthétiques que réalise Clouzot que sur l’écriture des dialogues et sa mise en scène alors qu’il a toujours réussi à allier à la perfection ces trois éléments.

Alors quoi, L’enfer était donc un film mineur dans la carrière du cinéaste qui ne valait que pour ses belles images quasi-expérimentales pour l’époque (1964)? Le scénario de Clouzot part d’un postulat simple: Marcel et Odette, couple marié et en apparence heureux sont gérants d’un hôtel au bord d’un lac entouré de montagnes et surplombé d’un viaduc où les trains passent plusieurs fois par jour. Marcel, fou amoureux de sa femme, s’enfonce dans une jalousie pathologique et violente: persuadé que sa femme le trompe, il la suit, la harcèle, soupçonne toutes les femmes et les hommes qui l’entourent d’être ses amants ou maitresses. Quand tout va bien, le film est noir et blanc, quand la jalousie ronge Marcel, ses visions fantasmatiques sont en couleurs et prennent l’allure de cauchemards malades et psychédéliques…

De ce côté-là, c’est plus que bluffant. Ces délires où la lumière tourne à l’infini sur les corps enduits d’huile ou de paillettes, les figures géométriques répondent aux miroirs, l’inversion des couleurs transforme un lac en étendue d’eau rouge sang pulsent le malaise et la névrose absolue du personnage et même du cinéaste. Clouzot travaillait même sur le son pour accompagner ces images en téléscopant les élucubrations de Marcel avec des bruits sifflants et crachotants, essais dont il reste une simple bobine. Le cinéaste de la vieille école tenait à montrer qu’il pouvait encore en remontrer à tous les petits jeunes de la Nouvelle Vague pressé de ringardiser le cinéma à la papa. C’est tout ce qui surnage de ce documentaire qui se permet même d’oublier totalement de parler de l’adaptation que Claude Chabrol tourna du scénario inachevé en 1994, et qui en fit un thriller de nature à glacer le sang. Peut-être même plus que la mise en scène parfois trop didactique de Clouzot (noir et blanc contre couleur, délires visuels contre extrême sobriété). Car L’enfer compte parmi les meilleurs films de Claude Chabrol. Il sut s’affranchir du matériau d’origine pour manipuler le spectateur avec une maestria et une perversité rarement retrouvée chez lui par la suite. Le couple est toujours gérant d’un hôtel, le mari est toujours persuadé que sa femme le trompe, mais le spectateur ne parvient jamais à déterminer si Nelly est une belle salope qui s’envoie tout ce qui bouge ou une femme fidèle victime d’un mari fou et violent. Même ces rires, ces voix que l’on entend parfois sont-ils seulement le fruit de l’imagination de Paul ou existent-ils vraiment?

Le documentaire de Serge Bromberg est un joli témoignage d’admiration un peu vide, qui permet au moins de sauver une partie de l’oeuvre d’un homme qui fut l’un des plus grands cinéastes français, mais accuse bien trop de manques et d’oublis pour en faire un objet d’études véritablement satisfaisant à la fois sur le film et le cinéaste dont il parle, ce qui est un comble quand on le titre L’enfer d’Henri-Georges Clouzot. C’est à voir par curiosité. Mais sans doute pas à conserver. Dommage.

[Bouquins] Critiques express #7

In: Bouillon de culture - Thursday 1 April 2010 @ 16:12 - Comments (0)

Heffa Lump a 17 ans. Elle est brune, a le teint pâle, est profondément égocentrée et tête-à-claques et elle peine à retrouver un statut d’héroïne depuis l’époque où elle trônait sur la couverture de Heffa a tout ce qu’elle veut. Elle part donc pour l’université de Spatula, la ville où il pleut tout le temps pour apprendre les techniques narratives qui lui permettront de devenir cette héroïne de teen-novel super populaire. Sur place, elle rencontre Teddy, un garçon beau, parfait, qui ne mange que de la viande rouge crue dont elle tombe éperduemment amoureuse et Joe Cahontas, un ado grunge qui vend des herbes euphorisantes et est très poilu… Hallucinations est la parodie de Twilight qui a le bon goût de condenser sur 300 pages les 1000 des quatre volumes de l’indigeste saga de Stephenie Meyer. Pointant impitoyablement les incohérences narratives du texte original, Stephfordy Mayo grossit le trait en faisant d’Heffa-Bella un être narcissique, toujours prête à taper du pied quand l’attention n’est pas assez centrée sur elle et se pâmant de bonheur dès qu’on se plie en quatre pour la sauver comme une fleur fragile. Par moments très poussif – le lot de tous les ouvrages parodiques – Hallucinations (New Moan en anglais, to moan signifiant geindre, chougner) se révèle sacrément jouissif quand il démonte l’abus de deus ex machina, les hormones en folie de la narratrice qui n’arrive jamais à faire fléchir son bellâtre aux dents pointues (jusqu’à un dialogue final des plus croustichauds), joue avec les codes des contre-cultures (une bande de gothiques enlève Heffa et la force à écouter Sisters Of Mercy pour la guérir de My Chemical Romance), et fracasse le romantisme en carton de Twilight (voir comment Heffa est incapable de dire pourquoi elle veut rester avec Teddy pour l’éternité et va jusqu’à regretter de ne pas avoir son dico des synonymes sous la main pour décrire sa parfaite beauté!). Excellent!

Hallucinations, Stephfordy Mayo, City Editions, 2010 (2009 pour l’édition originale), 300 pages

Un commercial dans les produits pharmaceutiques jouisseur pour ne pas dire queutard est prêt à tout pour écraser les concurrents quand il a un marché potentiel sous la main. Surtout à se taper les décisionnaires quand elles sont des filles ou du moins quand elles peuvent faire pencher la balance auprès de leurs responsables. Mais quand Bad business commence, le narrateur est mis dans une posture pour le moins fâcheuse: sa dernière cible stratégique clamse sous ses yeux alors qu’elle est train de lui prodiguer une pipe incroyable. A peine le temps pour notre héros de reprendre ses esprits et de se rafraichir dans la salle de bains, le corps disparait mystérieusement. Impliqué malgré lui, il va entrainer collègues et copains pour résoudre le mystère, beaucoup baiser, courir de grands dangers… Que voilà un beau bouquin de mec! Toute la fantasmatique de la super-virilité est là-dedans: de très longues scènes de cul où les femmes sont toutes enclines à dire au héros qu’elles mouillent comme des folles dès qu’elles le voient, des potes géniaux qui s’apostrophent tous en s’appelant “ma poule”, un narrateur qui ne nous épargne rien de son goût pour les bons alcools, les costumes de prix, la bonne bouffe… jusqu’au plaisir qu’il prend à aller pisser (détaillé en presque trois paragraphes)! Toute l’intrigue policière (péniblement étirée et même perdue en route entre deux saillies et séances de drague entre potes) n’est qu’un prétexte à mettre en scène un personnage de mâle absolu qui a tout pour faire rêver y compris une secrétaire aux petits soins pour lui qu’il traite comme une tendre petite soeur. Gin privilégie l’efficacité avant tout. Son Bad business est chaud-bouillant, par moments franchement invraisemblables (la plupart des personnages sont des deus ex machina personnifiés et tombent toujours à point pour aider le héros quand ça coince pour lui), raconté dans une langue outrancière totalement assumée de bout en bout. Un bon divertissement, c’est sûr. De là à dire qu’il s’agit d’un nouveau San-Antonio…

Bad business, Gin, Au Diable Vauvert, 2006, 376 pages

Mytho est un menteur pathologique qui fuit un secret et une rupture douloureuse. Il quitte son appart de dandy parisien pour LadySongSolo, la ville de la deuxième chance. Entre-temps, il raconte un mensonge à chaque personne qu’il croise sur sa route. Puis il rencontre Sophie (Fatale forcément comme chez Tarantino). Ils tombent amoureux, font l’amour, mais Mytho ment toujours autant, donc ça se termine avant la révélation finale dans la tristesse et le sang avec Georgina, la meilleure amie de Sophie. Près de trois ans après le consternant Viens là que je te tue ma belle et l’invisible Nous sommes cernés par les cibles, Boris Bergmann décide de se la jouer sérieux. Fini les conneries sur les soirées avec Naast et les Second Sex au Baron et au Gibus, fini l’écriture de Skyblog, Boris est un écrivain, un vrai. Du moins, il s’y croit. Pour faire écrivain, il la joue symbolique (le prénom du héros, subtil) et surréaliste (ça commence à Paris et on échoue dans une ville imaginaire d’opérette avec bien sûr des caves de jazz enfumées tendance image d’épinal de St-Germain-Des-Prés). Les mensonges que racontent Mytho ne sont qu’un alignement de lieux communs sur la vie, l’amour, l’amour, les gens riches, d’ailleurs tous les personnages qui les entendent réagissent en conséquence: ils s’en branlent royalement. Le gros souci de Bergmann, c’est qu’il veut à tout prix faire écrivain. Tous les grands thèmes de la littérature (romantique serai-je tentée d’ajouter) y sont: l’amour, la fuite, la femme absente, l’inceste, le suicide… Le tout raconté avec un langage entièrement fabriqué, faux et ampoulé, en mettant en scène des personnages qui ne sont que concepts et pures abstractions. Mytho est une idée, LadySongSolo un décor à peine esquissé et les enjeux de ce texte sont inexistants. Le premier livre de Boris était un concept marketing fumeux (un “journal imaginaire” raconté par “le plus jeune auteur de la rentrée littéraire”, 15 ans à l’époque), son deuxième n’a même pas existé et ce troisième livre étale de façon plus éclatante encore l’échec de l’auteur en dépit de ses modèles à qui il a piqué les tics en les caricaturant honteusement (Bergmann dédie le livre à Georgina et Mathieu, on se demande s’il s’agit bien du Mathieu qui a publié cette Georgina-là…).

1000 mensonges, Boris Bergmann, Editions Denoël, 2010, 117 pages

I will set your world on fire

In: Bouillon de culture - Friday 26 March 2010 @ 21:45 - Comments (0)

Quelle est la perception d’un roman quand il arrive enfin entre les mains de son public ? Surtout quand il s’agit d’un premier roman, destinée à la jeunesse même s’il est ici question de jeunes adultes, ainsi que les anglo-saxons nomment les 16-25 ans ?

Antoine Dole a vécu ce baptême du feu dans des conditions qui ont de quoi effrayer le moindre auteur avec Je reviens de mourir : critiques violentes qui passent à côté du texte, volonté de censure sur le livre pour l’empêcher d’atteindre son public car l’auteur parle de suicide, de sexe et d’amour déçu sans fards… Deux ans plus tard, Antoine Dole ne lâche rien et publie Laisse brûler chez le même éditeur : un triangle où se croisent et s’entrechoquent trois personnages. Noah, anéanti par une rupture et un secret depuis plus de six ans, Maxime qui n’a su le retenir et nourrit rancoeur et incompréhension et Julien qui se réveille ligoté dans une cave, incapable de se souvenir comment il est arrivé là.

Trois personnages aux trajectoires liées et divergentes qui se croisent dans un espace-temps où chacun se noie, flotte et s’embrase et où l’on retrouve les problématiques chères à l’auteur: la difficulté à aimer, la peur de l’échec et de s’ouvrir à l’autre, un univers cru, rageur entre vitalité et désespoir. Une des nombreuses facettes d’Antoine Dole, qui prépare également la sortie d’une bande dessinée Bad Romance, et Fly girls, co-écrit avec la rappeuse Sté Strausz à propos des filles du Hip-hop.

Pour lire mon interview avec Antoine Dole, rendez-vous sur Discordance !

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