De l’origine d’un fétichisme

In: Arts Grafiques & Vidéos - Sunday 7 March 2010 @ 20:37 - Comments (3)

En fait, ça doit venir de ce magazine sur les photographes des années 80 qui a trainé si longtemps à la maison quand j’étais gamine. De cette page que j’ai regardé tellement de fois, relisant l’anglais sans le comprendre et la traduction en me laissant guider par la délicatesse des phrases françaises. Ca me fait tellement plaisir de pouvoir enfin mettre un nom sur l’auteur de cette image dont je ne me lasse jamais et ce texte calligraphié comme une lettre amoureuse et vibrante.

Traduction approximative: “Le plus beau dans le corps de l’homme – Je crois bien que c’est là/ où le torse se pose sur les hanches/ ces courbes jumelles et déliées/ féminines dans la grâce/ suivant le tronc/ guidant les yeux vers le bas à leur intersection/ le point de plaisir.” (Version plus grande de la photo)

C’est la partie de son corps que je préfère. Ce qu’il a de plus émouvant. Ce n’est sans doute pas un hasard (que son corps ressemble tant à cette fascinante image de mon enfance).

Peaceful

In: What's up today Dahlia? - Monday 1 March 2010 @ 22:13 - Comments (2)

Ayé, l’écriture et les corrections du livre de commande est enfin terminé. Je vais donc m’octroyer au moins une semaine de détente absolue avant de me remettre à l’écriture d’Améthyste avec ses personnages qui sont toujours bloqués dans un concert de rock industriel au Bikini depuis un mois. Et puis peut-être reprendre une vie sociale normale aussi parce que le trip de l’écrivain autiste, ça va cinq minutes. Mais tout de même… je me sens bien.

[Ciné] Critiques express #3

In: Cinoche and dividi - Saturday 27 February 2010 @ 18:41 - Comments (0)

Penelope

Christina Ricci, affublée d’un groin de cochon, de deux oreilles pointues et recourbées est habillée comme une poupée de Mark Ryden (ça tombe bien, le réalisateur s’est inspiré de ses tableaux pour faire le film) et évolue dans un conte de fées prétendûment fun et subversif mais en vérité complètement cucul la prâline. Suite à une malédiction jetée par une sorcière sur sa famille depuis des générations (l’arrière-arrière-grand-père était un queutard qui a poussé au suicide une servante qu’il avait engrossée), la première qui naitra de la descendance aura un visage de cochon. Sa mère cherche désespérement à lui trouver un mari et naturellement, tous s’enfuient en hurlant. Mais un accro du poker payé des paparazzis pour se faire de l’argent va peut-être faire pencher la balance. En vingt minutes la cause est entendue: Penelope a seulement une prothèse ridicule, elle est une métaphore du “les autres doivent t’accepter comme tu es même si t’as l’air monstrueuse”, les gens sont beaux dedans et pas dehors, tu dois apprendre à t’émanciper le tout enrobés de tous les attributs guimauve à l’avenant (musique niaise, trop bons sentiments, effets “comiques” désastreux). Notons que Penelope est la fille-cochon la moins influencée qui soit par son état: elle mange beaucoup mais ne s’empiffre jamais, ne se roule pas dans la boue… Elle aurait aussi bien pu avoir un bec-de-lièvre (humour foireux). A réserver aux gamines prépubères qui commencent à découvrir Tim Burton.

Une vieille maitresse

Regarder un film de Catherine Breillat relève souvent du sacerdoce. Elle confond souvent cours magistral et cinéma et réalise donc des oeuvres à l’avenant: déclamatoires et horripilantes d’autant qu’elles tournent presque autour du même sujet (les femmes sont des créatures prisonnières de leur sexe et asujetties aux hommes, grosso modo). Bonne surprise, le film en costumes fait plutôt du bien à Breillat: ce qui peut être empesé chez d’autres donne plus de légèreté à ses obsessions habituelles. Adaptant un roman de Barbey d’Aurevilly, elle met en scène le jeune Ryno de Marigny, un libertin désargenté de trente ans qui s’éprend d’une belle héritière. Mais il entretient depuis près de dix ans une liaison tumultueuse avec La Vellini, une demi-mondaine dont il a eu une fille morte accidentellement en bas âge. Bien décidé à abandonner sa vie libertine pour se ranger, Ryno rompt avec la Vellini la jeune Hermangarde après s’être acquitté du récit de sa vie auprès de son intrigante grand-mère. La référence aux Liaisons dangereuses est avouée dès le début et Breillat se délecte des marivaudages et des intrigues de ses personnages avec une aisance évidente, ce qui lui a souvent fait défaut avant. Le siècle du romantisme donne plus de poids à ses névroses et le choix de Fu’ad Ait Aattou (quel nom!) pour incarner son Ryno est savoureux: glabre, mince et gueule d’ange, mais regard insoutenable et voix profonde et vibrante. On ne peut pas en dire autant du reste du casting qui se résume presque à un défilé de stars (Lio en chanteuse, Claude Sarraute et Yolande Moreau en rombières caquetantes, Amira Casar en comédienne, Michael Lonsdale parfait mais quasi absent) où Asia Argento est comme d’habitude incapable d’articuler correctement deux mots de français et oblige à tendre perpétuellement l’oreille pour savoir ce qu’elle raconte (déjà qu’elle a une voix horrible…). Le film décline sérieusement au moment du mariage de Ryno et la ravissante Hermangarde, mais il a un charme de sucrerie empoisonnée tout à fait délectable.

Precious

Precious c’est d’abord une vision saisissante. Le corps obèse de l’actrice Gabourney Sidibe, véritable boule humaine emmurée en elle-même, énorme carapace inapte à parler autrement qu’à voix basse et en baissant les yeux. Precious, c’est elle, cette adolescente de 16 ans, violée par son père, déjà mère d’une enfant trisomique et enceinte d’un deuxième enfant, tous deux de son père. Quasi-analphabête, elle vit avec sa mère à Harlem à la fin des années 80, une mère qui la déteste, la frappe et se sert d’elle pour obtenir plus facilement de l’argent des aides sociales. Precious n’épargne rien au spectateur du calvaire de son héroïne: cuisant jour après jour de la malbouffe mijotant dans la graisse pour elle et sa mère, encaissant les coups, les vexations et les abus, c’est à se demander si un jour cette gamine va avoir une porte de sortie et enfin droit au bonheur. Difficile avec un sujet pareil d’éviter le pathos et les facilités: quand Precious s’évade en pensée, elle se représente comme une star adulée de tous et dôtée d’un petit copain mince et adorable ou se voit dans la glace blonde, blanche et très mince. Pour nous représenter son apprentissage à l’école alternative, le réalisateur Lee Daniels ajoute une énorme pendule dont les aiguilles s’emballent avec au centre une Precious qui découvre l’histoire des noirs américains sur plusieurs écran plasma. Il y a plus subtil et surtout moins surligné qu’un tel procédé. Il est toujours difficile de filmer et raconter l’insoutenable, et si la réalisateur pêche donc parfois en forçant à tout prix la larme, les interprètes se sont jetés à coeur et corps perdus dans cette histoire de survie, Gabourney Sidibe et Mo’Nique en tête. Transpirants la haine et l’incompréhension mutuelles, elles tiennent Precious de bout en bout, plus encore qu’un scénario qui sur le sujet de la survie des femmes noires en Amérique donne surtout envie de revoir le chef-d’oeuvre qu’est La couleur pourpre.

Pour en finir avec BHL

In: Et pendant ce temps-là à Vera Cruz - Friday 26 February 2010 @ 18:44 - Comments (0)

Bravo à French Carcan pour ce montage subtil qui remet le personnage à sa juste valeur. Tombée là-dessus en cherchant quelques images du nanar à Nanar, je n’ai pas été déçue. C’est de haute volée. Presque autant que lorsqu’il défend un copain romancier-cinéaste pour le remercier de lui avoir tressé des couronnes de laurier en 1996 pour la sortie de son propre film.

(Je ne me lasse pas de ce qui se passe à 7 minutes 5 secondes… Arielle, si tu n’existais pas, il faudrait t’inventer.)

Anges

In: Bouillon de culture - Wednesday 24 February 2010 @ 13:45 - Comments (3)

Les livres dit de littérature chez Albin Michel ont tous une couverture type. Entièrement blanche, d’un blanc de neige, dépouillé à l’extrême, parfois agrémenté d’un bandeau avec la tête de l’auteur ou carrément une jaquette entière. Si on s’appelle Amélie Nothomb, on a même droit à sa tête photographiée par Mondino, Harcourt ou Pierre&Gilles qui prend toute la place de la jaquette. Mais dans l’ensemble, c’est l’épuration totale. C’est un peu l’effet que m’a fait le contenu du premier roman de Julie Grelley. Un texte blanc, dépouillé, épuré. Et là en l’occurrence, cela n’a rien, mais alors rien d’un compliment. C’est blanc comme le vide en fait.

La narratrice de Anges s’appelle Colline. Plus précisément, la narratrice c’est parfois Colline et parfois sa folie, personnage à part entière. Quand elle avait 14 ans, Colline a été Miss, puis elle a eu la chance de taper dans l’oeil du directeur d’Elite qui passait par là, on l’a rebaptisée Lynn, elle a été illico bombardée New Face et pendant un an, elle s’est fait une montagne de pognon en posant aux quatre coins du monde. Que s’est-il donc passé entre sa majorité et les jours présents où Colline porte des lentilles pour cacher ses yeux bleus, de la teinture pour dissimuler sa blondeur, pèse 120 kilos à force de se goinfrer de sachets protéinés, arbore un bec de lièvre arrangé au couteau à pain, un nez cassé au marteau et des dents jaunies à l’acide chloridrique? Colline a décidé d’être enfin aimée pour elle-même. C’est simple en somme: elle devient très laide, c’est la première étape. Ensuite, elle va se trouver un petit garçon (avant ses 12 ans, c’est fatidique sinon, comme pour les nymphettes d’Humbert Humbert) et le purifier, comme ça il n’aura plus de désir, donc il aimera avec un coeur pur. Et quand on dit purifier, ça veut dire “couic couic, je te les coupe” comme le petit chaperon rouge de Hard Candy. La première fois, elle s’est fait surprendre par sa famille, donc elle a fait quelques années de prison. Toujours suivie par son contrôleur judiciaire, Colline n’a rien oublié de sa mission divine, quasi christique et tout en le bernant, reluque du côté de la pension de jeunes garçons celui qu’elle va enlever pour en faire son ange.

Bon tout cela promet un thriller sanglant, du malaise à toutes les pages qu’on lirait mi-fasciné, mi-dégoûté, avec une étrange délectation. Mais, mais… Comment dire. Julie Grelley n’y va pas avec le dos de la cuillère sur les symboles lourdingues. Colline est une campagnarde qui vit à la ferme avec ses parents et elle devient une star dans l’univers du paraitre. Elle ne subit aucune violence sexuelle ou autre, mais tout de même, elle ne supporte pas ce qu’elle inspire aux hommes qui l’entoure. Du désir puissance mille. Il convient donc de se débarrasser de tout ça vite fait bien fait en devenant très très vilaine et en apprenant à souffrir comme une religieuse en pleine découverte de la mortification de la chair. Elle bosse dans un magasin d’outils coupants et contondants. Et bien sûr, elle castre des petits garçons avant leur puberté. Pourquoi des petits garçons et pas des petites filles? Parce que Colline est hétéro d’une part et puis le syndrome petit chanteur à la croix de bois, ça marche bien. On peut se dire pourquoi pas, après tout, son personnage est complètement cinglé et ne fait pas a prori dans la dentelle.

Mais il y a cette manière de compresser le tout sur pas même 200 pages et donc d’ôter toute tentative de profondeur à tous les aspects abordés dans le texte. La ferme familiale est réduite à un décor, idem pour l’agence Elite et ses intervenants, tous plus caricaturaux les uns que les autres. Il y avait pourtant matière à raconter, développer, avancer par touches pour construire un univers faisant lentement monter la sauce et la tension du malaise qui anime Colline. Mais tout cela nous est refusé, tout comme la case prison. Il est certain qu’on ne doit pas tout mâcher au lecteur, qu’il doit être capable de construire aussi l’univers qu’on lui donne à voir, mais là trop d’éléments manquent pour donner du crédit à cette tueuse totalement fabriquée jusque dans sa façon de parler. Car le procédé stylistique qui consiste à mélanger première et troisième personne du singulier est par trop voyant pour fonctionner: chaque phrase commence par Colline (le personnage) et se termine par “je” (la folie) et vice-versa. C’est totalement épuisant et laisse une sensation de systématisme inutile. Notamment dans les passages qui constituent les flash-backs de Lynn la mannequin, qui a priori n’était pas cintrée à l’époque: là aussi, on mélange allègrement la première et la troisième personne du singulier dans les phrases sans que cela totalement justifié. Julie Grelley avoue qu’elle souhaitait régler son compte à l’univers de la beauté et de la vacuité de façon radicale à travers ce roman. Radical, oui c’est le mot. Jusqu’à à en rajouter dans le charcutage et l’effroi avec un art consommé du remplissage comme si elle biffait sur une liste toutes les horreurs qu’elle pourrait infliger à sa narratrice comme ça, pour le plaisir. J’ai eu un pénible souvenir de la lecture de Corpus Christine, qui là aussi cherchait à tout prix les effets grand-guignol (obésité, torture, rapport de domination, manipulation du lecteur assez grossière). Son auteur est d’ailleurs citée dans les remerciements d’Anges

Les nombreuses références blibliques qui donnent un parfum de roman sérieux au tout (on est tous des pécheurs, la rédemption, c’est la mort du désir, Saint-Michel et Jesus-Christ donnez-moi la force de guider mon puissant bras vengeur) ne soutiennent en rien sa structure narrative, sa langue relativement pauvre et ses procédés littéraires trop faciles pour être honnêtes. Faire un livre sur la folie meurtrière, surtout en se glissant dans la peau du narrateur, ce n’est pas si évident que ça. Surtout quand ça se veut un tout petit peu crédible et dénonciateur.

Anges, Julie Grelley, Editions Albin Michel, 2010, 184 pages

Twilight : Fascination [le film]

In: Cinoche and dividi - Tuesday 23 February 2010 @ 12:17 - Comments (2)

L’autre soir, après s’être déchirés pendant deux heures dans un sympathique petit bal du côté de Tournefeuille avec chéri, on s’est dit en rentrant qu’on allait terminer la soirée en regardant un truc bien décérébrant sous la couette (après le punk musclé, c’est tout ce dont on était capables de toutes façons). Et quoi de mieux que Twilight qui attend depuis un mois sur le bureau? On va pas refaire l’histoire, tout le monde la connait: Isabella Swan (super subtil le nom de famille) doit quitter sa maman hippie et le Texas ensoleillé pour aller chez son père (plus amibe que lui tu meurs), dans un coin de pays tellement nuageux qu’on a l’impression que c’est une dimension parrallèle. Bella (comme la poupée) a du mal à s’acclimater à sa nouvelle vie, mais elle rencontre soudain le beau ténébreux du lycée (c’est un terme générique, il n’est pas si beau et pas super ténébreux non plus), l’énigmatique Edward Cullen. Il se déplace toujours avec tous ses frères et soeurs, ils mangent tous à la même table et se fringuent en blanc histoire de rester discrets. Bref Bella tombe sous le charme d’Edward, le garçon qui a les yeux qui changent de couleur et la sauve à chaque fois qu’elle tombe dans un plan foireux (ce qui lui arrive assez souvent).

Il est assez difficile de décrire l’état de consternation qui saisit à la vision de Twilight. Mais aussi des innombrables fou-rires, le plus souvent involontaires que provoque ce teen movie pour lequel Catherine Hardwicke a du mouiller la chemise en se débattant avec un scénario profondément médiocre et semble-il un budget retaillé à la barbare. Déjà il faut se taper un filtre bleu dégueulasse tout le long, si bleu que c’est àa se demander si les objectifs n’ont pas été tartinés à l’Harpic WC comme David Hamilton vaselinait le sien dans les 70’s. C’est insupportable, vous avez envie de jouer à photoshop pour leur donner un peu de couleur à tous ces personnages qui sont déjà bien insipides en l’état. Mais pourquoi se marre-t’on autant dans Twilight? Parce que tout est foireux et donc tout prête à rire.

Tout d’abord les incohérences scénaristiques (apparement déjà dans le livre ce qui prouve qu’un très mauvais livre n’est pas forcément transcendable par la grâce de l’écran). Edward entend les pensées de tout le monde sauf celles de Bella sans qu’il n’y ait aucune raison à cela. Et il semblerait que cela soit la seule raison pour laquelle il s’intéresse à elle, même si son statut de petite nouvelle à l’odeur de chair fraiche doit aider. Edward est l’être mystérieux le plus insipide qui soit. Alors qu’il est dans l’incapacité de dormir et de vieillir depuis plus de cent ans, il donne l’impression de n’avoir strictement rien lu, vécu, appris et correspond en tous points à l’idée qu’on peut se faire d’un petit branleur de 17 ans qui n’a pour lui qu’une chose: sa belle petite gueule. Par contre il a les super-pouvoirs les plus cons de la terre: il court dans les arbres comme dans Tigre et Dragon, comme ça il peut discuter avec Bella sur leurs cimes et la porter sur son dos. Et surtout, quand il se met au soleil, il lui arrive un truc dément: sa peau brille comme s’il s’était saupoudré aux paillettes en baril de chez Jenyfer! Il brille dans un effet bling-bling dignes des plus belles coques de portables des pétasses r’n'b! Il faut vraiment avoir un cerveau de midinette malade pour vouloir décrédibiliser à ce point la figure du vampire, la créature la plus suprêmement dangereuse et sexuelle à la fois de la littérature fantastique! Mais Edward fait aussi du base-ball avec sa famille seulement les jours d’orage (pourquoi? en fait on ne sait pas vraiment pourquoi, ils courrent déjà vite et sont très forts sans avoir besoin des éclairs dans le ciel) et quand d’autres méchants vampires (tu m’étonnes, un blond à cheveux longs, un noir et une rousse, c’est forcément des méchants vampires) se pointent, ils proposent de se battre en se joignant à la partie. On croit rêver.

Il est à noter que la famille d’Edward se comportent comme au plus bas de l’échelle sociale des vampires, un truc qui fait que s’ils étaient dans un roman d’Anne Rice, ils ne seraient que des merdes et des lopettes: ils se nourrissent uniquement de sang animal. Bordel, même dans Buffy contre les vampires, c’est considéré comme une hérésie. Parlons-en justement de Buffy. Comme nous étions tous contents quand la blondinette se décidait enfin à jeter sa gourme en passant de l’insipide Angel au monstre de sexualité qu’est Spike. Mais dans Twilight, les hormones, le sexe, tout ce qui parait normal à la fois pour des adolescents et pour un film de vampires se doit d’être évacué au profit de plans que ne renieraient pas les vieilles opérettes à propos de l’amour courtois: à peine un petit baiser car sinon Edward pourrait avoir l’envie saugrenu de passer à l’acte. Donc Edward et Bella discutent beaucoup. Tout le temps même. Il lui joue du piano comme dans un clip des années 80. Il la protège tout le temps car elle n’est jamais foutue de se débrouiller par elle-même. Il grogne quand il la voie bavarder avec d’autres, notamment Jacob. Ce dernier se révèle apparement être un loup-garou dans le tome 2, coupe ses cheveux et gagne 14 kilos de muscles. Pourtant les fans bavent toujours autant devant l’endive qu’est Edward. C’est assez manifeste d’un certain âge ceci dit. Ma soeur à 15 ans était dingue de Legolas dans Le seigneur des anneaux ce qui me consternait (moi forcément je ne voyais qu’Aragorn). Trois ans plus tard, elle finit par me dire que finalement Legolas était un peu fade et que Aragorn avait quand même plus de charisme. Ouf, elle n’était pas complètement perdue.

Bref tout ça pour dire que Twilight est un nanar de facture tout à fait honorable: mal joué, mal filmé, mal monté, effets spéciaux réduits au minimum (wouah comme on les voit bien les lentilles d’Edward!) et surtout où il ne se passe RIEN PENDANT DEUX HEURES! Même le petit combat final avec le méchant vampire qui veut boire le sang de Bella est foutu en l’air par l’arrivée de la famille Cullen, Edward ne la transforme pas et préfère aspirer le venin infusé dans ses veines et ça se termine sur un bal de fin d’année ridicule où ils dansent dans un kiosque à musique envahi de fleurs et de bougies (clichééééééééé). Non ce qui s’est grave c’est que cette merde puisse passer pour une “variation intéressante à propos des vampires”. Mon dieu. Revoyez plutôt La sagesse des crocodiles, ça c’était une véritable variation sur le thème du vampirisme. Quand nous étions ados, nous étions fascinées par Lestat et Louis. Même en n’étant pas gothiques, on pleurait devant l’histoire d’Eric Draven et Shelly Webster et on voulait toutes êtres les sorcières de The craft. Et en grandissant, on a frissonné de plaisir devant Les prédateurs ou le génial Vampires. Parce que n’oublions pas qu’un film de vampires, ça ressemble quand même essentiellement à ça:

Plutôt que Meyer, je vais plutôt lire Mayo. Ca me remontera presque le moral de savoir qu’une bonne partie de la jeunesse est pervertie par ce torchon tendance bible belt.

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